Réunis samedi 31 octobre à Dakar, dans le cadre du programme « Parlons JOJ », des jeunes, des élus locaux et des acteurs institutionnels ont échangé sur leur participation à la gouvernance locale. Plusieurs propositions ont été formulées pour passer d’une simple consultation à une véritable co-décision.
Être consultés ne suffit plus. Les jeunes veulent désormais prendre part aux décisions qui engagent l’avenir de leurs communes. C’est l’une des principales revendications exprimées lors du deuxième dialogue citoyen du programme « Parlons JOJ », organisé samedi 31 octobre par Polaris Asso, avec le soutien de l’Ambassade de Suisse au Sénégal, dans son espace jeunesse à Dakar.
« Parlons JOJ » est un programme de dialogues citoyens porté par Polaris Asso, en partenariat avec l’Ambassade de Suisse au Sénégal, dans le cadre des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026. Il vise à promouvoir les valeurs démocratiques, la participation citoyenne et l’engagement de la jeunesse à travers quatre dialogues réunissant des jeunes et des décideurs autour de propositions concrètes. Son ambition est de contribuer à un héritage durable des JOJ, fondé sur une jeunesse informée, engagée et pleinement associée aux décisions qui concernent son avenir.
La rencontre a réuni une quarantaine de jeunes, des élus locaux, des responsables institutionnels et des représentants de partenaires internationaux autour de la place de la jeunesse dans la gouvernance locale. À l’issue des échanges, plusieurs recommandations ont été formulées pour renforcer leur implication dans la gestion des affaires publiques.
Trois jeunes leaders ont notamment porté le plaidoyer autour de questions majeures : l’instauration de mécanismes permanents de concertation et de co-décision, la redynamisation des conseils de quartier et la reconnaissance du sport et des associations sportives et culturelles comme leviers de participation citoyenne et de développement local.
Rapporteure nationale du Conseil consultatif des jeunes du Sénégal (CCJS), Fatou Touré a plaidé pour la mise en place, dans chaque commune, d’un cadre permanent de concertation entre les jeunes et les conseils municipaux. Elle a également proposé la création d’une ligne budgétaire spécifiquement dédiée aux initiatives de la jeunesse, afin de leur donner les moyens de concrétiser leurs projets.
De son côté, Babacar Gérard Mbaye, agent municipal à Cambérène, a insisté sur la nécessité de redynamiser les conseils de quartier. Il préconise un dispositif mensuel permettant aux jeunes de consacrer une première semaine à la réflexion collective et les trois suivantes à la mise en œuvre des initiatives retenues. Le recours aux outils numériques figure également parmi ses propositions pour faciliter la participation citoyenne.
Pour Pape Ousmane Badiane, conseiller municipal à Thiaroye-sur-Mer et acteur associatif, les associations sportives et culturelles (ASC) doivent être considérées comme de véritables partenaires des collectivités territoriales. Il a ainsi suggéré la création de cadres permanents de collaboration, la formalisation d’engagements citoyens annuels et la mise en place de conventions de performance sportive, culturelle et citoyenne, avec des financements municipaux liés à des objectifs précis.
Vers une gouvernance intergénérationnelle
Les élus présents ont également apporté leur contribution aux échanges. La mairesse de Golf Sud, Khadija Mahécore Diouf, a invité les jeunes à investir davantage les espaces de décision et à passer de la critique à la proposition, puis à l’action. Elle a défendu une approche du développement local qui associe les habitants, notamment les jeunes, à la conception et à la mise en œuvre des projets communaux.
Le maire de Khombole, Magueye Boye, a pour sa part plaidé pour une gouvernance intergénérationnelle, dans laquelle les jeunes sont associés à toutes les étapes du développement communal. Il a notamment appelé à mieux prendre en compte leurs aspirations dans l’aménagement des quartiers et la conduite des politiques locales.
Présente à la rencontre, Patricia Danzi, directrice générale de la Direction du développement et de la coopération (DDC) de la Suisse, a salué les propositions formulées. Elle a notamment identifié plusieurs pistes d’action, dont le renforcement des consultations publiques, l’autonomie financière des associations de jeunesse et une meilleure représentation des conseils consultatifs de jeunes dans les instances de décision.
Les travaux de groupe ont également permis d’élargir les recommandations à d’autres domaines. Les participants ont notamment évoqué l’éducation citoyenne dès le plus jeune âge, le mentorat, la création de plateformes numériques d’échanges et la transformation des conseils de quartier en véritables structures d’action locale. La formation des jeunes, l’implication des femmes dans les activités sportives et culturelles ainsi que l’intégration de l’entrepreneuriat dans les initiatives des ASC ont également été mises en avant.
Pour Ousseynou Gueye, directeur exécutif de Polaris Asso, l’enjeu est de rompre avec une pratique qui consiste à solliciter régulièrement les jeunes sans leur accorder une place suffisante dans les processus décisionnels. « On parle beaucoup des jeunes, mais on parle encore trop peu avec les jeunes », a-t-il souligné à l’ouverture des travaux.
Il a annoncé que les recommandations issues des dialogues « Parlons JOJ » seront transmises aux plus hautes autorités du pays et feront l’objet d’un suivi. L’ambition est de faire des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026 un levier durable de renforcement de la démocratie locale et de participation citoyenne.
Ce deuxième dialogue s’inscrit dans un cycle de quatre rencontres. Après un premier rendez-vous consacré aux industries culturelles et créatives, le programme prévoit un échange sur l’entrepreneuriat des jeunes, avant une rencontre de clôture destinée à remettre aux autorités nationales les recommandations prioritaires issues des différentes concertations.
A.N


