La journée mondiale de l’eau est célébrée chaque 22 mars. L’occasion de revenir sur les bornes fontaines qui continuent de couler à flot malgré les secousses de la modernité. Ces vestiges d’un autre temps font de la résistance et font le bonheur de quelques usagers.
Ces sources d’approvisionnement en eau passent presque inaperçues dans la capitale sénégalaise. Il faut demander aux riverains pour pouvoir en débusquer et suivre plusieurs indications pour en trouver un tant ils sont d’un autre temps. Quelques rares robinets publics continuent toujours de couler dans les dédales de Ben Tally et Médina. Ils font partie des quartiers où les bornes fontaines continuent de faire la joie des usagers.
Babacar Sall regarde d’un air pensif son seau se remplir d’eau. Après quelques minutes d’attentes, il tend une pièce de 50 FCfa à la gérante et prend la direction de son lieu de travail avec deux seaux remplis en main. C’est une routine pour ce laveur de voitures. Chaque matin, il vient s’approvisionner au niveau du robinet « Lansana » dans le quartier de Ben Tally. Cette borne fontaine permet au jeune homme de 22 ans d’avoir facilement accès à l’eau. «Je l’utilise pour laver les voitures et c’est juste à côté de mon lieu de travail», dit-il avec un sourire en coin.
Une eau bénite
«Ce robinet est très bénéfique», affirme Mama Danfan en montrant deux bassines remplis d’eau. Ces réserves vont permettre à la quinquagénaire de laver les poissons. Cette vendeuse de poissons tient son échoppe à quelques encablures du robinet public « Lansanna ». Il lui épargne des corvées et y voit un moyen d’éviter de fastidieux déplacements pour aller chercher de l’eau chez elle quelques rues plus loin.
Kiné Sène fait la lessive un peu plus loin. Ses bassines lui tiennent compagnie. Cette travailleuse journalière se ravitaille en eau au niveau de ce robinet pour la modique somme de 50FCfa par bassine. Cette dernière trouve cela très avantageuse pour mener à bien ses activités. Les temps changent mais l’usage reste.
Un robinet, une histoire
Fama Diop et Ndiaya Diallo gèrent respectivement le robinet «Lansana » et le robinet public de la Médina à la rue 25X22. Elles ont hérité la gestion de ces bornes fontaines de leurs mères. La mère de Fama Diop a géré le robinet après le décès de son mari. Cela avait pour but d’aider la mère de famille à avoir quelques revenus. «C’était pour lui venir en aide à l’époque», narre la quinquagénaire. L’actuelle gestionnaire tente depuis de reprendre le flambeau. C’est aussi le cas de Ndiaya Diallo qui se dit «fière» de perpétuer ce legs en venant en aide aux populations.
«Les robinets publics appelés communément bornes fontaines étaient la principale source d’approvisionnement des populations depuis l’époque coloniale », a fait savoir El Hadji Ada Ndao. Le directeur des travaux de la Société nationale des eaux du Sénégal explique que leur implantation dans une localité se faisait en relation avec les notables. «Les populations proposent les personnes gestionnaires choisies sur la base de leur moralité. Une enquête de moralité est faite par la gendarmerie ou la police de la localité ou quartier», renseigne-t-il. Cette procédure se justifie par le fait que ces personnes gèrent de l’argent collecté de la vente d’eau. A partir de ces recettes, elles devront être en mesure de payer la facture de consommation d’eau globale. Mais aujourd’hui El Hadji Ada Ndao affirme que le pourcentage de populations qui utilisent les robinets publics est inférieur à 5% en moyenne au niveau national et dans les centres urbains.
Lansana ou l’hommage à un homme intègre
Le nom du robinet est réputé à Ben Tally. Il suffit juste de demander pour connaitre l’endroit où se situe cette borne fontaine si réputée. Mais le nom de celui qui le porte n’en est pas moins célèbre. Le robinet est établi devant la maison de Lansanna Diakité. « C’est en honneur à mon défunt père», souligne Mouhamed Diakité. Il explique que les populations voulaient «remercier » Lansanna Diakité pour sa générosité et son altruisme. «Il devait avoir la gestion du robinet. Cependant il a préféré confié cela à une voisine dans le besoin», raconte-il la voix teintée par l’émotion.
Arame NDIAYE


