Symbole de l’implantation du christianisme en Casamance, l’île de Carabane conserve les traces de ce passé religieux historique. Son église, Saints Pierre et Paul (piliers de la foi chrétienne), est la première dans la région Sud. Elle est inscrite depuis 2005 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
OUSSOUYE – Quand le navire Aline Sitoé Diatta quitte à 20 heures la capitale sénégalaise (Dakar), pour rallier la Casamance, une navigation pas souvent apaisante, avec des ondes marines oscillantes, rythme la traversée.
Mais le lendemain, les passagers qui se réveillent tôt peuvent s’accorder le privilège, dès les premières heures de la matinée, de contempler l’ancienne cité coloniale, entourée par les eaux paisibles de l’océan Atlantique et des bolongs. Ce bout de terre, porte d’entrée maritime de la région Sud, situé à l’embouchure du fleuve Casamance, est l’île de Carabane.
Elle séduit par une beauté authentique, un décor de cocotiers bercés par le vent marin et quelques bâtiments empreints d’histoire qui longent la berge. Les passagers qui débarquent sur cette escale sont frappés par le calme et l’absence d’agitation urbaine.
Ce village insulaire situé à l’extrême ouest de la Casamance est le point de départ de la foi chrétienne, qui s’est ensuite propagée dans toute la région naturelle. Les traces de cette vieille histoire avec la religion chrétienne sont encore visibles. L’église centenaire, l’ancien presbytère devenu « hôtel Carabane » et le cimetière catholique qui date des années 1800 sont une parfaite illustration.
« Les spiritains sont les premiers acteurs de l’évangélisation. Ils ont profité de la conquête coloniale pour effectuer des missions de prospection à Carabane, puis à Sédhiou. Ils ont noué des relations plus ou moins faciles avec les populations et agents coloniaux », renseigne Alioune Sarr, notable de Carabane.
Ensuite, renchérit M. Sarr, les missionnaires du Saint-Esprit sont arrivés au XIXe siècle. Pour répandre l’évangile, poursuit, le natif de Carabane, ils ont ouvert une mission afin d’atteindre les populations diolas dites païennes.
« Ils se sont investis dans l’éducation, la santé et, en parallèle, ils ont recruté des catéchistes. Cette démarche porta très vite ses fruits auprès des autochtones. La chrétienté progressa sur l’île et les localités environnantes », explique Alioune Sarr qui renseigne que c’est à cette période que l’église de Carabane fut construite entre 1892 et 1897. Elle a été rénovée en 1957, puis en 2018.
L’église de Carabane a été construite, renseigne Alioune Sarr, dans un style breton. Parce que, dit-il, les pères missionnaires étaient originaires de la Bretagne, en France.
Selon les archives coloniales, l’église a été inaugurée le 26 juillet 1897. Cette date coïncide avec la fête de Sainte-Anne qui honore la mère de la Vierge Marie.
« Les responsables de l’église d’alors avaient choisi Saint Pierre et Saint Paul, apôtres du Christ, comme parrains », souligne Gabriel Coly, directeur de « l’hôtel Carabane » qui était, à l’époque coloniale, le presbytère de la mission catholique.
« Le choix de ces deux piliers de la foi chrétienne n’est pas fortuit. C’est à Saint Pierre que Jésus-Christ a confié les clefs de l’église. Quant à Saint Paul, il est le bâtisseur des nations », révèle l’abbé Jean-Bernard Manga dit Diadia, prêtre résidant de la paroisse de Carabane qui compte environ 300 fidèles.
Ce dernier a été affecté sur l’île, en octobre 2025, par Monseigneur Jean-Baptiste Valter Manga, évêque de Ziguinchor.
Par Kathafa B.H.M. KANFOUDY (Correspondant)

