Le rapport d’évaluation 2026 des cybermenaces en Afrique d’Interpol, rendu public, le 3 août 2026, révèle une « très forte hausse » des escroqueries aux faux ordres de virement.
L’Organisation internationale de la police criminelle (Interpol) a publié son rapport d’évaluation des cybermenaces en Afrique. Ce document rendu public, le 3 août 2026, fait ressortir que la transformation numérique « rapide » de l’Afrique, avec notamment plus de 500 millions d’internautes et l’essor du paiement mobile- s’accompagne d’une hausse majeure de la cybercriminalité. Le rapport met également en lumière une « très forte hausse » des escroqueries aux faux ordres de virement (Fovi / Bec). L’Afrique est ainsi présentée comme une plaque tournante des Fovi et des escroqueries financières mondiales. Le document précise que l’Afrique de l’Ouest est la région la plus active en matière de détection d’escroqueries aux faux ordres de virement ». Selon le document, le Cap-Vert enregistre 16.997 détections de rançongiciels recensées, soit le 2ᵉ chiffre le plus élevé du continent. La Côte d’Ivoire enregistre 64.111 détections d’adresses IP liées à des expéditions d’extorsion sexuelle (3ᵉ rang continental). Le Mali totalise 3.494 incidents de sextorsion (record de la sous-région) et 4.145 attaques DDoS (attaque par déni de service distribué) comptabilisées. Avec 5.822 détections de rançongiciels, le Nigeria illustre, selon le rapport, « sa double position de plateforme source et de cible prioritaire ».
D’après le document, dans plusieurs régions, notamment en Afrique de l’Ouest et de l’Est, la cybercriminalité représente plus de 30% de l’ensemble des infractions signalées. Les cybermenaces prédominantes en 2024-2025 sont les escroqueries en ligne et hameçonnage (Phishing). Elles demeurent la menace la plus répandue. « L’hameçonnage représente à lui seul 34% des incidents cybernétiques détectés », précise-t-on dans la note. Les rançongiciels (Ransomware), notamment le recours massif au modèle Ransomware-as-a-Service (RaaS) et à la double extorsion figurent parmi les menaces.
La Sextorsion numérique et les abus sexuels en ligne basés sur l’image (Asebi) sont en progression avec plus de 60% des pays membres qui signalent une hausse des cas. De même, un ciblage grandissant des adolescents et adolescentes avec l’utilisation émergente de l’intelligence artificielle pour générer ou modifier des visuels explicites est constaté.
Au total, près de 600.000 cas de sextorsion numérique et de chantages basés sur l’image ont été détectés à travers le continent.
S’agissant du bilan des opérations de police Interpol en Afrique, plus de 1.500 suspects ont été arrêtés dans le cadre des opérations régionales conjointes. Des saisies de plusieurs centaines d’équipements informatiques et des recouvrements directs de plus de 100 millions Usd (environ 60 milliards de FCfa) issus de revenus criminels ont été effectués.
Impact financier
Le document révèle qu’entre 2019 et 2025, les cyberincidents sur le continent ont engendré des pertes financières estimées à plus de 3 milliards de dollars américains, impactant prioritairement les secteurs bancaire/financier, la santé, l’énergie et les services publics. « Les pertes financières ont plus que doublé, passant de 192 millions de dollars (environ 109 milliards de FCfa) en 2024 à 484 millions de dollars (plus de 275,5 milliards de FCfa) en 2025 », précise la source.
Toutefois, le Sénégal contribue avec le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Nigeria « de manière prépondérante à l’économie numérique et à l’activité cybernétique de l’Afrique de l’Ouest ». En effet, d’après le rapport, notre pays s’est distingué parmi les 17 pays africains ayant renforcé ou promulgué des législations sur la cybercriminalité en lançant une plateforme nationale de signalement en ligne. « Celle-ci est spécifiquement dédiée à la détection et à la réponse aux infractions en ligne ciblant les enfants », précise la source. Face à l’ampleur du phénomène, des défis majeurs s’imposent. Il s’agit, selon Interpol, du renforcement des cadres juridiques et politiques puisqu’une insuffisance de la législation dans 75% des pays est constatée. Le manque de capacités et de ressources est évoqué dans la mesure où « 95% des pays font état de formations insuffisantes, de ressources financières limitées et d’un manque d’accès aux outils spécialisés de criminalistique numérique ». L’Evolution technologique rapide demeure un défi avec 86% des services de police qui n’ont pas encore intégré d’outils IA dans leurs opérations. Les entraves à la coopération transfrontalière sont également déplorées.
Fatou SY

