Dans la mise en œuvre de son système Meal (Suivi, évaluation, redevabilité, apprentissage), la structure « Leap Transparence » a réussi à transformer les besoins des communautés dans 8 localités en données exploitables. Ceci contribue à rapprocher les politiques énergétiques nationales des réalités vécues par les populations.
Le Sénégal a fait beaucoup d’efforts en matière d’électrification, notamment en milieu rural. Cependant, plusieurs territoires continuent de faire face à des difficultés liées à l’accès effectif à l’électricité, à la qualité et à la continuité du service, aux coûts de raccordement et de consommation ainsi qu’à la faible valorisation productive de l’énergie. C’est ce qui ressort de l’étude menée par « Leap Transparence », un programme d’accès local à l’électricité, qui vise à garantir une transition énergétique juste et verte au Sénégal en renforçant une gouvernance locale inclusive et multipartite ainsi que le dialogue entre les parties.
Une première expérimentation a été menée en 2024 dans la commune de Ndiob (département de Fatick). Cette enquête pilote a couvert 256 ménages, soit environ 10 % de la population ciblée. Les résultats ont notamment révélé un taux d’accès à l’électricité de 79 %; une prédominance de la Senelec comme fournisseur ; une forte perception du coût élevé de l’électricité ; des difficultés relatives à la fiabilité du service ; une faible utilisation des sources d’énergie renouvelable ; une dépendance encore importante au bois de chauffe.
Des disparités ont aussi été constatées. « Dans une commune comme Oudalaye, dans le Ranérou, on note un taux d’accès assez faible, qui tourne autour de 25 %, comparé au taux national s’établissant, aujourd’hui, à près de 70 %. Dans une commune comme Ndiob, le taux d’accès est de 80 % ; ce qui au-delà de la moyenne nationale », a relevé Ahmed Guèye, coordonnateur national de Leap Transparence, lors de l’atelier de clôture et de capitalisation du processus de renforcement du système Meal (Suivi, évaluation, redevabilité, apprentissage), tenu hier, jeudi 2 juillet. Le projet vise à produire des données locales fiables, à améliorer leur utilisation dans la planification des interventions énergétiques et à établir une circulation régulière de l’information entre les collectivités territoriales, les communautés et les autorités centrales. « Leap Transparence intervient dans beaucoup de communes, mais dans la phase pilote du programme Meal, nous avons jugé nécessaire de travailler avec huit collectivités territoriales (Ndiop, Thiolom Fall, Gnith, Sinthiou Mamadou Boubou, Pata, Koulinto, Bokhol et Oudalaye) », a fait savoir M. Guèye.
Accès à l’énergie, une priorité nationale
Depuis son lancement au Sénégal, en février 2022, Leap Transparence accompagne la mise en place de cadres de dialogue multipartite consacrés à l’accès à l’électricité, aux usages productifs de l’énergie et à la résilience face au changement climatique. Ces cadres, appelés « Groupes multipartites », réunissent les collectivités territoriales, les services techniques déconcentrés, les opérateurs énergétiques, le secteur privé, les organisations de la société civile, les représentants des femmes et des jeunes ainsi que les communautés locales.
Pour Fatou Sow Thiam, directrice de la Planification, des études et du suivi évaluation au ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, le gouvernement, à travers la Lettre de politique sectorielle de développement du secteur de l’énergie 2025-2029, a fait de l’accès à l’énergie pour tous une priorité nationale. « Cette politique repose sur des orientations claires : l’achèvement de l’accès de toutes les localités à l’électricité, la valorisation de nos ressources gazières au service de la production d’électricité, le développement des énergies renouvelables, le renforcement de la gouvernance du secteur et la fonctionnalisation de sa viabilité financière », a-t-elle soutenu.
Selon Mme Thiam, ces orientations ne peuvent se concrétiser sans une connaissance des réalités vécues par les populations dans chaque commune et dans chaque foyer. « Le taux national d’accès continue de progresser, porté par les efforts conjugués de l’État et de nos partenaires techniques et financiers. Mais, nous savons, et les résultats de nos enquêtes de terrain le confirment, que des disparités importantes existent encore », a reconnu la représentante du ministre l’Énergie.
Ndiol Maka SECK

