À Sédhiou, la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF) est loin d’être achevée. Deuxième région du Sénégal la plus touchée par ce phénomène à forte dimension socioculturelle, Sédhiou voit les acteurs communautaires, les services de l’État et les organisations de la société civile multiplier les initiatives pour consolider les acquis et prévenir toute récidive.
Sédhiou– Les acteurs communautaires et les structures étatiques engagés dans la lutte contre les MGF se sont réunis, mercredi, à Sédhiou, pour deux jours de réflexion consacrés aux mécanismes de suivi après les déclarations publiques d’abandon. Une étape jugée déterminante pour s’assurer de la pérennité des engagements pris par les communautés.
Selon Mamadou Ndoye, point focal de la lutte contre les mutilations génitales féminines au ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, la déclaration publique d’abandon ne doit pas être considérée comme l’aboutissement du processus. « Il était important de faire le suivi, puisque la déclaration publique est perçue comme l’étape de la lutte marquant la fin de la mutilation génitale féminine », a-t-il expliqué.
Diredji et Sansamba comptent parmi les dernières localités à avoir procédé à une déclaration publique d’abandon des MGF. Désormais, les services de l’État, les communautés et les organisations non gouvernementales, notamment Tostan, travaillent à consolider ces engagements et à prévenir d’éventuels cas de reprise de la pratique.
Le Sénégal a déjà mis en œuvre trois plans d’action nationaux consacrés à l’abandon des mutilations génitales féminines. Le premier, couvrant la période 2000-2005, a fait l’objet d’une évaluation. « Nous avons dit qu’il faut capitaliser les acquis autour des droits humains. Nous avons un deuxième plan qui a pris fin », a rappelé Mamadou Ndoye.
Le troisième plan, actuellement en cours d’exécution, accorde une place importante à la responsabilisation des différents acteurs. Il s’inscrit dans une approche multisectorielle destinée à renforcer les actions en faveur de l’abandon des MGF et à contribuer à l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030.
Malgré une tendance à la baisse, la prévalence demeure élevée dans la région de Sédhiou, qui occupe encore le deuxième rang au niveau national. Les filles âgées de 0 à 15 ans restent particulièrement exposées. « Les filles de 0 à 15 ans sont les principales victimes », a souligné le point focal.
Conscients que l’abandon d’une pratique profondément ancrée dans certaines normes sociales nécessite du temps, les acteurs entendent davantage impliquer les jeunes et les femmes dans cette dynamique. Ces dernières, souvent considérées comme des dépositaires de la tradition, sont appelées à jouer un rôle accru dans la sensibilisation des communautés et la consolidation des changements de comportements.
À Sédhiou, l’enjeu est donc désormais de transformer les déclarations d’abandon en engagements durables, à travers un suivi régulier des communautés et une mobilisation continue de l’ensemble des acteurs.
Jonas Souloubany BASSENE (Correspondant)


