Un violent incendie a ravagé, dans la nuit du mardi à mercredi, une grande partie du marché et des habitations précaires du quartier de Rebeuss. Si aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée, les dégâts matériels sont considérables.
À Rebeuss, un quartier de Dakar-Plateau, une odeur de brûlé persiste. Entre amas de ferrailles, tôles noircies et débris calcinés, les habitants tentent de reprendre leurs esprits après une nuit d’angoisse qui a réduit en cendres habitations et commerces. En cette mi-journée du mercredi 11 mars, les visages sont marqués par la fatigue et l’incompréhension. Dans ce quartier populaire de Dakar Plateau, où cohabitent commerces et habitats précaires, le feu a presque tout consumé. Selon les témoignages, l’incendie s’est déclaré peu après minuit. Attisées par un vent violent et alimentées par la forte concentration de baraquements, les flammes se sont propagées à une vitesse fulgurante, laissant derrière elles un paysage de désolation.
D’après le délégué de quartier, Ousmane Niang, le sinistre proviendrait d’un feu de cuisson mal maîtrisé. Dans ce champ de ruines, les résidents évaluent l’ampleur des pertes. Les décombres jonchent le sol, tandis que de rares structures en ciment, marquées par la suie, ont partiellement résisté. Mobilier, vêtements, appareils électroménagers et stocks de marchandises : tout a été réduit en cendre. Diouma Diouf, habitante du quartier, raconte avoir été surprise par la fumée alors qu’elle regardait la télévision après sa prière nocturne. Ayant d’abord cru qu’il s’agissait de son encensoir, elle a vite été alertée par les cris des voisins. «On a tenté d’éteindre les flammes avec l’eau du robinet, mais le feu était déjà trop puissant», témoigne-t-elle, encore sous le choc et incapable d’estimer la valeur de ce qu’elle a perdu.
Comme de nombreuses familles, Fatou Ndione a dû fuir sa maison précipitamment pour sauver ses enfants. Réveillée en pleine nuit par une odeur de plastique brûlé, elle témoigne : «Mon mari a couru secourir sa mère pendant que je sortais les enfants. C’est tout ce que nous avons pu sauver avant que les flammes n’envahissent tout». Si elle rend grâce à Dieu qu’il n’y ait aucune victime, le bilan matériel est lourd. «Je n’ai pas pu récupérer un seul vêtement. Ceux que je porte actuellement m’ont été donnés», dit-elle.
Le constat est tout aussi amer pour Maty Sène. Après avoir vu le feu se propager depuis une maison voisine, elle a alerté les jeunes du quartier. «Ils ont tenté de maîtriser l’incendie, mais le vent attisait les flammes. Très vite, tout est parti en fumée», déplore-t-elle. Face à l’ampleur du désastre, la solidarité s’organise. Le délégué de quartier supervise le recensement des habitants et commerçants sinistrés. «Ils ont tout perdu. Il faut être sur place pour mesurer la violence du drame», informe-t-il. Saliou Diop, président du conseil de quartier de Rebeuss, souligne quant à lui l’impuissance des secours face à l’urbanisme local. «La forte promiscuité et l’enclavement de la zone ont, en effet, cruellement compliqué l’intervention des sapeurs-pompiers», regrette-t-il.
Évaluation des pertes
Le responsable local insiste sur la nécessité d’une réflexion globale sur l’aménagement urbain de la zone. Selon lui, la modernisation du marché et une restructuration de l’habitat permettraient de réduire durablement les risques de catastrophe. M. Diop plaide également pour une reconstruction rapide des infrastructures afin de préserver les activités économiques dont dépendent de nombreuses familles. Elhadj Saliou Ndiaye, délégué de Yakh Dieuf (quartier voisin de Rebeuss), souligne que l’absence de voies d’accès a gravement aggravé la situation. Les camions des sapeurs-pompiers ont peiné à atteindre le sinistre en raison de l’étroitesse des rues et l’encombrement de la circulation.
La forte présence de matériaux inflammables dans les habitations a, par ailleurs, favorisé la propagation fulgurante des flammes. Malgré l’ampleur des dégâts matériels, les habitants se réjouissent qu’aucune perte humaine ne soit à déplorer. Ils ont salué la présence nocturne du maire de Dakar Plateau, Alioune Ndoye, venu apporter son soutien aux sinistrés. En attendant les mesures d’accompagnement promises, les autorités procèdent au recensement des victimes et à l’évaluation des pertes. Sur le terrain, les agents municipaux s’activent au désencombrement des lieux sous surveillance policière. Pour les centaines de familles affectées, l’urgence absolue reste l’accès à un abri, à des vêtements et aux produits de première nécessité.
Daouda DIOUF

