Face à la montée en puissance des réseaux de trafiquants de faux papiers, les communes frontalières sont les plus exposées. C’est pourquoi les officiers d’état civil de Matam ont redoublé de vigilance.
Dans un contexte marqué par la recrudescence des fraudes aux actes d’état civil, les communes frontalières sont les plus exposées. En effet, elles ne sont pas à l’abri, car le phénomène est en train de prendre de l’ampleur, avec des proportions inquiétantes. Toutefois, à Matam, les agents d’état civil sont bien conscients de la situation. D’ailleurs, ils restent sur leurs gardes pour détecter les moindres cas suspects. Ablaye Dicko est officier d’état civil à la mairie de Matam. Il a consacré plus de 37 ans à ce métier. Il en maîtrise donc parfaitement les rouages. « Nous recevons parfois des papiers dont les numéros n’existent pas dans nos registres », informe-t-il, soulignant que cela s’explique par le fait que ces documents ont été obtenus frauduleusement. Et il ajoute qu’« il y a des gens qui se permettent de fabriquer des extraits de naissance moyennant rémunération ». Il faut donc absolument être vigilant pour ne pas tomber dans le piège, selon lui. « Mon expérience dans le domaine me permet de déterminer l’authenticité d’un document », soutient notre interlocuteur. Pour l’officier d’état civil, depuis 2019, il est formellement interdit d’établir un extrait sans consulter le registre. Cette mesure, prise par les autorités judiciaires, vise à lutter contre les tentatives de fraude. « À ma connaissance, le problème de fraude ne s’est pas posé ici, dans notre centre d’état civil, à l’exception des personnes qui se présentent avec des numéros inexistants », affirme-t-il. Dans ce cas de figure, ajoute l’agent d’état civil, on leur délivre un certificat administratif pour qu’elles aillent au tribunal, car nous ne détenons pas ces données. Dans la même dynamique, il précise que la direction de l’automatisation des fichiers (Daf) leur envoie souvent des correspondances pour vérifier l’authenticité d’un numéro. Selon lui, il arrive que trois personnes se partagent un même numéro.
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Ce natif de Matam nous apprend qu’il reçoit souvent des personnes qui souhaitent obtenir des papiers. Mais, d’après lui, son rôle consiste seulement à orienter et à guider l’intéressé vers la bonne procédure afin d’obtenir des pièces d’état civil.
À ce propos, il rappelle qu’il faut déclarer les naissances, les mariages ou les décès à temps, sinon, c’est le tribunal qui tranchera. Parlant des dispositions à prendre face à cette question de fraude aux actes d’état civil, Ablaye Dicko estime qu’il faut être prudent et strict dans la délivrance des documents, en respectant les procédures et les règlements en vigueur. Pour lui, la numérisation de l’état civil est un moyen très efficace de lutter contre les fraudes. « Au centre d’état civil de Matam, les actes de naissance sont désormais numérisés. Quant aux actes de mariage et de décès, ils sont scannés, mais ils ne sont pas encore intégrés au système », précise-t-il.
Par Falel PAM

