Pourquoi des commerçants prospères, des artistes connus, des cadres diplômés ou même des responsables politiques tombent-ils encore sous l’emprise des faux marabouts ? Pour le sociologue Djiby Diakhaté, le phénomène dépasse largement la simple question de l’instruction. Il révèle surtout les angoisses profondes d’une société obsédée par la réussite et hantée par l’échec.
« On pourrait croire que les personnes instruites sont naturellement protégées contre ce type d’emprise. Or, ce n’est absolument pas le cas », analyse-t-il. Selon lui, beaucoup de personnes socialement intégrées vivent dans une quête permanente d’ascension sociale. Elles veulent accéder à un rang supérieur, obtenir davantage de reconnaissance, plus d’argent, plus de pouvoir. Et lorsqu’il existe un décalage entre leurs ambitions et leur réalité, cela crée une frustration extrêmement fertile pour les vendeurs d’illusions.
Le sociologue souligne que ces pratiques prospèrent précisément sur ce sentiment d’inachèvement. Les faux marabouts, dit-il, travaillent sur l’idée qu’un obstacle invisible empêche la réussite : « En wolof, on entend souvent : “sa nakhar déddu la”. Cela nourrit psychologiquement l’idée qu’il existe un blocage mystique derrière chaque difficulté. »
Même les personnes financièrement stables ne sont pas épargnées. « Le commerçant veut gagner davantage. Le cadre pense mériter une promotion plus importante. L’artiste cherche encore plus de reconnaissance. Le faux marabout exploite alors le doute, la peur de l’échec ou du déclassement social », explique-t-il.
Chez les personnes politiques, le mécanisme devient parfois plus inquiétant encore : « Le monde politique est traversé par des rivalités permanentes et une peur constante de perdre le pouvoir. Certains cherchent alors des protections mystiques pour sécuriser leur position ou influencer les foules. »
A. NDIAYE
Image d’illustration générée par l’IA


