Un atelier de sensibilisation des communautés de la Langue de Barbarie et des organisations de la société civile de Saint-Louis sur la responsabilité sociétale des entreprises chargées de l’exploitation de la plateforme GTA s’est tenu hier à Saint-Louis. L’objectif était de renforcer les connaissances des communautés sur les normes internationales en matière de RSE.
À l’initiative de l’ONG Lumière Synergie pour le Développement (LSD), cette rencontre avec les communautés locales de la Langue de Barbarie a permis d’échanger sur les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, ainsi que de partager l’expérience de l’ONG sur les défis liés au respect des droits humains par les entreprises au Sénégal.
« Cet atelier a deux dimensions : la première est liée aux 20 ans des Principes directeurs des Nations unies. La deuxième concerne le conflit entre les pêcheurs de la Langue de Barbarie et les exploitants de la plateforme GTA, à savoir Kosmos et BP. C’est une opportunité pour renforcer les capacités des communautés de pêcheurs sur les normes internationales en matière de RSE, un principe soutenu par la communauté internationale mais qui manque encore de vulgarisation », a expliqué Aly Marie Sagne, directeur exécutif de l’ONG LSD.

Il estime que les communautés connaissent peu ce principe et que les entreprises profitent de cette ignorance pour ne pas remplir leurs obligations en matière de RSE. « Les entreprises qui maîtrisent leurs obligations exploitent cette ignorance pour agir de manière irresponsable et présenter une vision erronée de la RSE, réduite à de la simple philanthropie. Or, financer des activités génératrices de revenus pour les femmes ou construire des postes de santé, ce n’est pas de la RSE. Le respect des règles du jeu implique l’application des normes internationales environnementales et sociales, ainsi que la préservation des droits socio-économiques des communautés hôtes des projets de développement », a ajouté M. Sagne.
Cet atelier a donc été l’occasion de soutenir les acteurs de la pêche locale face aux impacts de l’exploitation du gaz à travers la plateforme GTA, d’autant plus qu’une fuite de gaz a été récemment détectée au large des côtes mauritaniennes. « Cette fuite donne encore plus de pertinence à cet atelier. Selon les normes internationales, l’opérateur BP, ainsi que Kosmos, a l’obligation dès le départ d’évaluer les risques liés à l’exploitation du gaz et d’intégrer ces éléments dans ses mécanismes de gestion. La gestion des risques doit être transparente et inclure toutes les parties prenantes, y compris les communautés et les acteurs de la pêche, qui sont directement menacés. Or, ces derniers souhaitent dialoguer avec BP sur les impacts néfastes de l’exploitation du gaz, mais BP refuse toute négociation », a dénoncé M. Sagne, annonçant qu’une plainte a été déposée contre les entreprises chargées de l’exploitation du projet GTA.
Pour sa part, Fama Sarr, vice-présidente du Conseil local pour la pêche de Saint-Louis, a insisté sur la nécessité pour les communautés de connaître leurs droits afin de mieux anticiper les impacts de l’exploitation gazière dans la région. « Il se passe beaucoup de choses néfastes au niveau de ces installations, mais les communautés en sont souvent ignorantes. L’histoire semble aujourd’hui donner raison à ces communautés et aux organisations qui les accompagnent depuis toujours. Plusieurs structures sont venues à Saint-Louis pour sensibiliser les populations et leur indiquer les mesures à prendre face à ces opérateurs. Aujourd’hui, alors que la plateforme GTA est en exploitation depuis à peine cinq mois, on parle déjà de fuites et d’autres incidents. Nous lançons une mise en garde et interpellons l’État ainsi que les opérateurs sur la situation. Les communautés vivant à proximité de cette plateforme ont été négligées », a souligné Mme Sarr.
L’adjoint au préfet de Saint-Louis, Abdou Khadre Dieylani Ba, qui a présidé la rencontre, a salué un atelier d’une importance capitale permettant aux acteurs locaux de mieux comprendre les notions de RSE.
Jeanne SAGNA (Correspondante)


