L’étude-diagnostic menée auprès de 176 femmes et filles leaders communautaires dans dix villages de retour d’Oussouye et de Ziguinchor a révélé que les Violences basées sur le genre (Vbg), le sentiment d’insécurité et les difficultés d’accès aux mécanismes de protection persistent dans les zones de retour. Alors que 50 % des personnes interrogées déclarent connaître des cas de violences, 59 % disent ne pas savoir vers qui orienter une survivante.
ZIGUINCHOR– À l’occasion de la Journée internationale de la paix, la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance (Pfpc) a organisé, ce lundi 21 septembre, un point de presse consacré aux résultats d’une étude-diagnostic sur les besoins des femmes et des jeunes filles dans dix villages de retour des départements d’Oussouye et de Ziguinchor.
Les chiffres dressent un tableau préoccupant. Sur les 176 femmes et filles leaders communautaires interrogées, la moitié affirme connaître des cas de violences. Les violences physiques arrivent en tête avec 34 %, devant les violences psychologiques (18 %), économiques (17 %) et verbales (16 %). Plus inquiétant encore, le sentiment de sécurité demeure fragile, avec seulement 17,1 % des personnes interrogées qui déclarent se sentir en sécurité.
Le dispositif d’accompagnement apparaît lui aussi insuffisant. 59 % des femmes et filles interrogées ne savent pas vers quelle structure orienter une survivante de violences, contre 41 % qui déclarent connaître les mécanismes d’orientation. Lorsqu’elles sont identifiées, les principales portes de recours restent la gendarmerie (20 %) et les chefs de village (17 %).
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Pour la PFPC, ces vulnérabilités s’expliquent par la désorganisation des mécanismes traditionnels de protection, mais aussi par les difficultés liées à l’accès et au contrôle du foncier. Le retour, censé symboliser une nouvelle étape vers la paix, expose ainsi certaines femmes à de nouvelles formes de précarité.
« En cette journée consacrée au renforcement des idéaux de paix, nous avons une pensée pour toutes les personnes disparues dans le conflit, mais aussi pour celles qui ont dû abandonner leurs terres et leurs vies pour fuir les violences. Le retour représente pour ces communautés un double déracinement : d’abord la fuite face au conflit, puis la perte des repères construits dans les lieux d’accueil devenus, avec le temps, familiers », a déclaré Léonie Gomis, vice-présidente de la PFPC.
À cette fragilité sociale s’ajoutent les tensions autour des terres. Nouha Cissé, spécialiste du conflit armé en Casamance et membre de la commission scientifique de la PFPC, estime que la région entre désormais dans une phase particulièrement délicate : celle de la gestion du retour.
« Nous sommes aujourd’hui confrontés à la phase la plus complexe : accompagner les populations déplacées qui reviennent. Dans les zones de retour, les questions de délimitation et de propriété des terres ressurgissent, après avoir été mises entre parenthèses par le conflit. Ces litiges fonciers sont particulièrement difficiles à résoudre », a-t-il expliqué. Et les femmes, qui ont longtemps porté la voix de la paix, restent parmi les premières exposées aux conséquences de cette transition.
« Dans les zones de retour, les femmes font face à des situations extrêmement difficiles. Pourtant, elles ont été au premier rang pour réclamer le dépôt des armes et une paix définitive en Casamance. Aujourd’hui, les efforts consacrés à ces zones de retour restent encore largement insuffisants », a ajouté Nouha Cissé.
Cette mobilisation de la PFPC intervient au moment où l’organisation a été distinguée, ce 21 septembre en Espagne, par l’Institut catalan pour la paix (ICIP). Un trophée qui vient saluer son engagement en faveur des droits des femmes, de la paix et de la prévention des violences, ainsi que sa contribution à « briser le silence autour de la guerre ».
Gaustin DIATTA (Correspondant)


