Patrick Vieira devrait être le prochain entraîneur des Lions, selon la Fédération sénégalaise de football, même si rien n’est encore officialisé. Les échéances sont déjà là. Le nouveau sélectionneur devra très vite reconstruire un vestiaire fissuré, réconcilier une génération vieillissante et une jeunesse impatiente, et redonner une identité de jeu à une équipe encore sonnée. Ce sera un vrai travail de chef d’orchestre, avec des joueurs déterminés, disciplinés et compétitifs en club, pour composer une symphonie capable d’éblouir des supporters désenchantés par la débâcle du dernier Mondial.
Dès la fin septembre, les Lions entrent en lice dans les éliminatoires de la prochaine Coupe d’Afrique des nations, prévue en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie. Pour cette première fenêtre, le Sénégal affronte le Mozambique le 23 septembre, puis l’Éthiopie le 27 septembre. Champions d’Afrique en titre, les Lions sont attendus au tournant dans le groupe J, où figure également le Soudan. Cette campagne marque le début d’une nouvelle ère avec Patrick Vieira à la tête de la sélection. Pour le technicien français et ses hommes, l’objectif est clair : réussir l’entame, imposer leur statut de favoris et lancer idéalement leur course vers la Can 2027.
De grands défis pour Patrick Vieira
Un mois plus tard, entre le 11 et le 15 novembre, le Sénégal se mesure en aller-retour au Soudan. La dernière fenêtre de qualification se jouera entre le 24 et le 28 mars 2027, avec deux nouvelles oppositions au Mozambique et à l’Éthiopie. Sans aucun pays d’Afrique de l’Ouest dans sa poule, le Sénégal devra multiplier les longs déplacements vers la Corne de l’Afrique et l’Afrique australe. La maîtrise de la logistique sera cruciale dans cette course à la qualification, une compétition que le Sénégal, champion d’Afrique sous réserve du verdict du Tribunal arbitral du sport, doit impérativement disputer pour espérer défendre le titre conquis de haute lutte au Maroc en 2025.
Le premier objectif de Patrick Vieira et de son groupe sera de recoller les morceaux d’un vestiaire fissuré après la décevante et traumatisante participation du Sénégal à la Coupe du monde aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Arrivés ambitieux, portés par leur manteau de champions d’Afrique, les « Lions » ont enchaîné des défaites difficiles à digérer contre la France (3-1), la Norvège (3-2) et surtout la Belgique (3-2), qu’ils menaient pourtant 2-0 à quelques minutes du terme. Rentrés en ordre dispersé, dans la cacophonie, les joueurs ont vu leur rêve mondial se transformer en cauchemar.
Sadio Mané et ses coéquipiers ont pris un coup sur la tête, et il faudra du temps pour cicatriser. C’est là qu’interviendra le leadership de Patrick Vieira et de son staff : sa pédagogie, son sens de la communication. La grande expérience du champion du monde 1998 avec la France sera un atout précieux. En tant que joueur, l’ancien capitaine d’Arsenal a évolué au plus haut niveau : Premier League, Ligue des champions, Euro, Coupe du monde n’ont pas de secret pour lui. Et le natif de Dakar a aussi du métier comme entraîneur, ayant dirigé Manchester City, New York City, Nice, Crystal Palace et le Genoa avant d’atterrir dans la « Tanière ». Il arrive donc avec bien plus de vécu que ses prédécesseurs, Pape Thiaw et Aliou Cissé. Ce dernier, qui dirige aujourd’hui l’Angola, n’avait mené que l’équipe olympique du Sénégal. Pape Thiaw, lui, était sur le banc de Niarry Tally en Ligue 1 sénégalaise avant de briller avec l’équipe locale. Malgré ce déficit d’expérience, les deux hommes ont réussi la prouesse de remporter un titre continental et de qualifier le Sénégal pour une Coupe du monde. Leur successeur n’a pas le droit de faire moins. Le Sénégal a disputé trois des quatre dernières finales de la Can et s’est qualifié aux deux dernières Coupes du monde. Ce statut doit être maintenu, voire amélioré. Patrick Vieira n’a donc pas droit à l’erreur.
Les cadres à l’épreuve du rajeunissement
Pour réussir sa mission, le prochain sélectionneur pourrait ne plus pouvoir compter sur les cadres qui ont fait les beaux jours du football sénégalais depuis plus d’une décennie. Sadio Mané, double champion d’Afrique et double Ballon d’or africain, avait annoncé lors de la dernière Can que ce serait sa dernière compétition continentale avec les « Lions ». L’ancien attaquant de Liverpool attendait sans doute la Coupe du monde avant de raccrocher. Depuis la fin de la compétition, pourtant, aucune annonce. À 34 ans, l’enfant de Bambali n’est plus le redoutable finisseur qui éclaboussait la Premier League et enflammait les soirées européennes sous le maillot des Reds. Deuxième au Ballon d’or mondial 2022, il brille encore en Arabie saoudite, dans un championnat qui reste en retrait des meilleurs.
En sélection depuis 2012, Sadio Mané se rapproche clairement de la sortie au moment où Patrick Vieira prend la « Tanière » en main.
Idrissa Gana Guèye, joueur le plus ancien du groupe, devrait lui aussi bientôt passer le témoin. Le milieu de terrain, qui fêtera ses 37 ans le 26 septembre et vient de rejoindre l’Arabie saoudite, doit désormais s’effacer devant ses jeunes coéquipiers. Kalidou Koulibaly, de son côté, est de plus en plus poussé vers la sortie après une Coupe du monde 2026 totalement ratée. Le capitaine des « Lions » a livré des prestations très décevantes, notamment face à la Norvège (3-2) : à 35 ans, le défenseur n’est plus le roc infranchissable qui a fait les beaux jours de Naples et du Sénégal. Édouard Mendy, l’une des rares satisfactions du dernier Mondial, n’a pas terminé la compétition, blessé. À 34 ans, le gardien n’est pas éternel non plus et doit préparer sa succession. Avec plusieurs cadres ayant dépassé la trentaine et approchant à grands pas de la retraite, le prochain sélectionneur a tout intérêt à imposer une véritable cure de jouvence, en injectant progressivement du sang neuf et en donnant plus de responsabilités à une jeunesse qui n’attend que ça.
Les jeunes prêts à prendre la relève ?
L’équipe nationale du Sénégal était au plus bas en 2012, éliminée dès la phase de poules de la Can en Guinée équatoriale et au Gabon. Il avait fallu l’arrivée de nouvelles têtes, portées par la génération de Sadio Mané et d’Idrissa Gana Guèye, pour relever la pente. D’autres, comme Kalidou Koulibaly ou Édouard Mendy, sont arrivés plus tard et ont aidé le Sénégal à s’installer au sommet du football africain. Au sortir du Mondial 2026, cette génération va devoir transmettre le flambeau aux plus jeunes. Pour la Can 2027 en Ouganda, au Kenya et en Tanzanie, puis pour la Coupe du monde 2030 en Espagne, au Portugal et au Maroc, il faudra davantage compter sur de jeunes loups aux dents longues : Pape Guèye, Ismaïla Sarr, Nicolas Jackson, Ibrahim Mbaye, Yehvann Diouf, Mamadou Sarr, El Hadji Malick Diouf, Lamine Camara, Habib Diarra… devront prendre leurs responsabilités et prouver qu’ils ont les épaules assez larges pour porter la « Tanière ».
Mais avant de prétendre dicter sa loi en sélection, encore faut-il s’imposer en club. Un préalable que beaucoup n’ont pas encore rempli. En leur temps, Sadio Mané à Liverpool, Idrissa Gana Guèye à Everton, Kalidou Koulibaly à Naples ou Édouard Mendy à Rennes puis à Chelsea étaient des titulaires indiscutables. Aujourd’hui, le tableau est bien différent : Mamadou Sarr, barré à Chelsea, a dû s’exiler à la Real Sociedad. Ibrahim Mbaye, confronté à une rude concurrence au Psg, a rallié Aston Villa sans place garantie dans le onze. Pape Matar Sarr, qui a perdu son statut à Tottenham, est prêté à la Juventus Turin où il devra batailler pour être titulaire. Habib Diarra doit encore gagner sa place à Sunderland. Nicolas Jackson, freiné par la concurrence à Chelsea puis au Bayern Munich, rejoint lui aussi Aston Villa, avec l’obligation de prouver qu’il vaut mieux qu’un rôle de second couteau. Car ce ne sont certainement pas les seconds couteaux qui hisseront à nouveau le Sénégal au sommet du football africain.
Par Julien Mbesse SÈNE


