Cette fois, c’est bien fini : Édouard Mendy tourne la page de l’équipe nationale du Sénégal. À 34 ans, le portier quitte les Lions avec un palmarès qui suffit à raconter une grande partie de son histoire : deux Coupes d’Afrique des nations remportées, dont le titre de meilleur gardien en 2021.
Avant de devenir la référence des buts sénégalais, Édouard Mendy aurait pu porter un tout autre maillot. Né en France d’un père bissau-guinéen et d’une mère sénégalaise, il avait décliné plusieurs sollicitations de la Guinée-Bissau à ses débuts à Marseille puis à Reims. C’est finalement pour faire plaisir à son père, gravement malade à l’époque, qu’il avait rejoint un temps la sélection des Djurtus, disputant deux matches amicaux au Portugal. L’expérience ne le convainc pas : c’est le maillot du Sénégal qu’il attend depuis toujours.
Le Sénégal, un choix qui n’allait pas de soi
En novembre 2018, il honore sa première sélection avec les Lions face à la Guinée équatoriale, dans le cadre des qualifications pour la CAN 2019. Sa première grande compétition tourne court. Lors de l’échauffement précédant le match contre le Kenya, Mendy se fracture la main gauche. Forfait pour le reste du tournoi, il regarde depuis la France ses coéquipiers filer jusqu’en finale, perdue face à l’Algérie. Une désillusion qui aurait pu freiner son ascension ; elle ne fait que la retarder. Depuis ses débuts avec le Sénégal en 2018, Édouard Mendy a connu les grandes émotions de la sélection. Il a surtout été là dans les moments où les Lions avaient besoin de lui. À la CAN 2021, disputée en 2022 au Cameroun, il garde les buts du Sénégal jusqu’au sacre historique, après avoir manqué les deux premiers matches de poule pour cause de Covid-19. En finale contre l’Égypte, il tient bon durant 120 minutes avant la séance de tirs au but : il détourne la tentative de Mohamed Abdelmonem sur son poteau, puis capte celle de Mohanad Lasheen, avant de voir Sadio Mané porter le coup de grâce. Une prestation qui lui vaut le titre de meilleur gardien du tournoi, quelques jours après avoir déjà été sacré meilleur gardien du monde par la FIFA. Le Sénégal soulève son premier trophée continental.
Mondial 2022 : la marche trop haute
Sa première Coupe du monde, à 30 ans, s’arrête en huitièmes de finale. Après avoir passé les poules, le Sénégal se heurte à une Angleterre supérieure (3-0). Une désillusion sans gravité pour sa réputation, mais loin de l’éclat de son sacre continental quelques mois plus tôt.
Puis vient la CAN 2023. Champion en titre, le Sénégal aborde la compétation (disputée en 2024 en Côte d’Ivoire) en favori. Mais en huitièmes de finale, face au pays organisateur, Mendy Doudou commet une lourde faute sur Nicolas Pépé dans sa propre surface. Le penalty accordé est transformé par Franck Kessié à la 86e minute (1-1). Les Lions s’inclinent ensuite aux tirs au but (5-4), sonnant la fin prématurée du règne sénégalais sur le continent.
CAN 2025 : l’apogée
Il y aura aussi cette CAN 2025, et cette finale contre le Maroc que les supporters sénégalais n’oublieront pas. Il a, comme à son habitude lors des grands rendez-vous, été immense. Cet arrêt sur la panenka de Brahim Diaz aura fait taire celui en l’honneur duquel le stade est nommé, Moulay Abdellah en personne, ainsi que l’ensemble du peuple marocain. Cet arrêt qui a fait basculer la soirée et permis aux Lions de rester en vie jusqu’au bout. Pape Gueye inscrira ensuite le but de la victoire en prolongation (1-0).
Mondial 2026 : le dernier acte, inachevé
Pour sa dernière Coupe du monde avec le Sénégal, Mendy livre deux prestations pleines de caractère avant que le corps ne le trahisse. Face à la France, il multiplie les parades décisives devant Olise puis Mbappé avant que les Lions ne craquent en fin de match (défaite 3-1). Trois jours plus tard, contre la Norvège, il se blesse au genou gauche et doit quitter ses partenaires en pleine bataille pour la qualification (défaite 3-2). Forfait pour l’ultime match de poule face à l’Irak, remporté largement par le Sénégal (5-0), il ne parvient pas non plus à se rétablir à temps pour les huitièmes de finale face à la Belgique, où Mory Diaw le supplée dans les cages.
59 sélections, un vide immense
Son départ laissera forcément un vide. Il sera immense. Il laisse la place, mais à qui reviendra-t-elle ? Mory Diaw, sa doublure, a rejoint l’Arabie saoudite lors du dernier mercato et a dépassé la trentaine. Yehvann Diouf peine vraiment à s’imposer. Les Lions devront donc avancer sans celui qui, pendant des années, a gardé leurs cages tel un ange gardien et partagé avec eux quelques-uns des plus beaux moments de leur histoire récente. Avec 59 sélections et deux Coupes d’Afrique des nations à son actif, Édouard Mendy referme un chapitre parmi les plus glorieux du football sénégalais, en ayant déjà prévenu Patrick Vieira, appelé à prendre la suite sur le banc des Lions.
Mission accomplie, Doudou !
Yaya SOW


