On peut gagner une compétition avec une attaque moyenne. En revanche, il est presque impossible de remporter un grand tournoi avec une mauvaise défense. La jurisprudence grecque est là pour nous le rappeler. En 2004, l’équipe dirigée par Otto Rehhagel avait réalisé l’exploit de remporter l’Euro en encaissant seulement quatre buts et en n’en marquant que sept en six rencontres.
Après la défaite frustrante, mais pleine d’enseignements, du Sénégal face aux États-Unis (2-3), ce dimanche, cette vieille leçon de football, que certains considèrent aujourd’hui comme dépassée, retrouve toute sa pertinence. Car ce que les Lions ont montré défensivement est loin d’être rassurant. À travers une arrière-garde hésitante et souvent dépassée, le Sénégal a affiché des fragilités inhabituelles. Mory Diaw, qui a longtemps lutté pour le maintien avec Le Havre ; Mamadou Sarr, transféré en janvier à Chelsea avec un temps de jeu famélique ; Papa Abdoulaye Seck, rattrapé par une lourdeur des jambes aussi visibles que ses relances ratées ; sans oublier Krépin Diatta, manifestement en manque de rythme, et Ismaël Jakobs, encore trop irrégulier : l’ensemble a donné une impression de fébrilité préoccupante.
Cette défense a fait peur. Parce qu’elle n’a jamais dégagé cette sérénité qui constituait pourtant l’une des principales forces du Sénégal ces dernières années. Une équipe capable d’aborder chaque compétition avec des certitudes, une assise défensive solide et une maîtrise collective reconnue. Cela se voyait à travers des statistiques avantageuses en faveur des Lions. Avant cette rencontre, le Sénégal restait sur onze matchs sans défaite, avec huit victoires, deux nuls et une finale de CAN remportée sur le terrain (1-0, après prolongations) face un Maroc qui veut jouait sur Tapis vert. Une série bâtie autour d’une colonne vertébrale expérimentée composée notamment d’Édouard Mendy, d’Idrissa Gana Gueye et de Sadio Mané, épaulés par une génération montante prometteuse. Parmi ces jeunes talents figure Iliman Ndiaye. Un joueur au potentiel indéniable, capable d’éliminer, de créer et d’inventer. Mais le football de haut niveau exige davantage que le talent brut. L’efficacité reste la mesure ultime. Et c’est précisément ce qui lui manque encore par moments. Et cela s’est vu ce dimanche.
Face à des Américains certes enthousiastes et portés par leur public, mais loin d’être irrésistibles, la défense sénégalaise a souvent semblé à la rupture. Christian Pulisic, Sergiño Dest ou encore Ricardo Pepi ont régulièrement trouvé des espaces et créé le désordre dans un secteur pourtant composé de joueurs expérimentés.
Cette rencontre soulève donc de nombreuses interrogations à quelques heures de l’annonce de la liste définitive des 26 joueurs retenus pour la Coupe du monde. Pape Thiaw doit transmettre ses choix à la FIFA dès ce lundi 1er juin. Et le sélectionneur pourrait bien avoir quelques migraines. Entre les blessures de longue durée du capitaine Koulibaly et de son vice-capitaine Gana Guèye, les prestations décevantes de plusieurs titulaires et des entrées en jeu tout aussi peu convaincantes, notamment celle de Moustapha Mbow, les certitudes semblent s’être envolées à deux semaines de l’affrontement avec la France, dont l’armada offensive apparaît redoutable sur le papier.
Faut-il finalement accorder davantage de place à des profils comme Bara Sapoko Ndiaye, un joueur différent au potentiel énorme au milieu de terrain, ou à d’autres défenseurs qui frappent à la porte ? Certains regards se tournent forcément vers Malang Sarr, celui qui avait d’abord dit non avant de finalement dire oui à l’équipe nationale du Sénégal. Une Coupe du monde ne se gagne ni sur les souvenirs ni sur la rancune. Elle se prépare avec les joueurs les plus performants du moment. Longtemps intraitable, avec seulement deux buts encaissés lors de la CAN au Maroc, cette défense est aujourd’hui devenue source d’interrogations, au point de constituer l’un des principaux sujets d’inquiétude dans cette enceinte américaine qui rappelle étrangement le Mondial 1994.
Cette édition américaine avait été marquée par une autre course contre la montre, celle d’un immense défenseur : Franco Baresi. Opéré du genou, le libéro italien était revenu à temps pour disputer la finale contre le Brésil. Il manqua cependant son tir au but, contribuant à offrir la Coupe du monde à Raí et au peuple auriverde. Certainement que Koulibaly nourrit aujourd’hui l’espoir d’un retour similaire, avec une issue plus heureuse.
Moussa DIOP


