2019, 2022, 2024, 2026… Après une période rapide où ils ont remporté les quatre dernières Coupes d’Afrique des Nations (CAN), les entraîneurs locaux sont remis en question par certaines fédérations qui préfèrent refaire confiance aux anciennes recettes des « sorciers blancs ».
Assiste-t-on à la fin de l’idylle entre des coachs africains et leurs sélections ? Longtemps sous-cotés et réduits au second rôle dans l’ombre d’entraîneurs expatriés, les techniciens locaux avaient réussi ces dernières années à s’imposer à la tête de nombreuses équipes nationales en Afrique, avec à la clef certains succès retentissants.
Djamel Belmadi (Algérie, 2019), Aliou Cissé (Sénégal, 2022), Emerse Faé (Côte d’Ivoire, 2024) et Walid Regragui sacré avec le Maroc en 2026 sur tapis vert ou Pape Thiaw, vainqueur avec le Sénégal sur le terrain : les dernières CAN ont toutes été remportées par des sélectionneurs locaux.
Regragui a par ailleurs qualifié en 2022 le Maroc pour les demi-finales de la Coupe du monde, une première pour une sélection africaine.
Autre indice de leur aura ces dernières années : en 2019, près de la moitié des 24 équipes qui ont pris part à la CAN en Égypte étaient dirigées par des entraîneurs africains, un record.
Qualifiée de « révolution » par nombre d’observateurs à l’époque, cette prise de pouvoir s’est faite notamment grâce à l’éclosion d’une nouvelle génération de jeunes entraîneurs – parfois formés en Europe – dont certains ont fait les beaux jours de leurs équipes nationales en tant que joueurs.
– « Sorciers blancs » –
À cela s’ajoutait aussi la perte d’influence de leurs collègues étrangers, surnommés « sorciers blancs », qui, autrefois adulés, ont vu leur notoriété baisser sur le continent car jugés trop chers et inefficaces.
Mais cette tendance semble s’inverser, comme le montre par exemple le remplacement d’Emerse Faé par Hervé Renard sur le banc ivoirien, le retour du vétéran Claude Le Roy au Congo-Brazzaville, l’éviction de Pape Thiaw pour Patrick Vieira au Sénégal ou encore le départ de Kaba Diawara en Guinée, remplacé par Paulo Duarte.
Pour Kamou Malo, ex-sélectionneur du Burkina Faso, demi-finaliste de la CAN 2019, lui-même remplacé par le Français Hubert Velud en 2022, « même avec des résultats positifs, les techniciens locaux auront toujours du mal à convaincre ».
Les résultats du Sénégal ou de la Côte d’Ivoire, tous deux éliminés dès les 16e de finale du Mondial-2026, ont ainsi été jugés décevants et ont révélé certaines tensions entre entraîneurs et fédérations.
-« Objectifs limités »-
« Il faut reconnaître qu’il y a des limites objectives notamment dans la rigueur et l’approche scientifique qu’impose le football moderne », analyse Abdoulaye Dabo, journaliste sportif sénégalais.
Il est souvent reproché aux sélectionneurs locaux un manque d’expérience du haut niveau, des lacunes tactiques ou une absence d’autorité face aux vestiaires qui ne manquent pas de stars.
Le président de la fédération ivoirienne n’avait pas hésité à comparer les parcours d’Emerse Faé et d’Hervé Renard, en mettant en lumière l' »expérience » du Français.
« Le coach qui est parti a gagné une CAN, Hervé Renard en a gagné deux. Le coach qui est parti a ramené la Côte d’Ivoire à la Coupe du monde, Hervé Renard a ramené plusieurs équipes à la Coupe du monde », avait-il déclaré lors de sa présentation.
La différence vient surtout du fait que les fédérations accordent plus de temps aux expatriés qu’aux locaux qui « vivent sous une pression constante », estime l’ancien international ivoirien et entraîneur désormais Basile Aka Kouamé.
Comme lui, de nombreux autres observateurs présents par l’AFP pointent les fédérations qui, selon eux, ne mettent pas les locaux dans les meilleures conditions de performance.
« Même pour parapher un bon contrat, les techniciens locaux n’ont pas les mêmes garanties que les entraîneurs étrangers », souligne M. Malo, citant l’exemple de Pape Thiaw parti à la Coupe du monde avec le Sénégal sans contrat.
Toutes les nations africaines n’ont cependant pas cédé aux sirènes des entraîneurs européens : l’Algérie ou encore l’Afrique du Sud ont annoncé récemment la nomination de coachs locaux pour prendre les rênes de leurs sélections.
Vainqueur de trois CAN (1980, 1994, 2013), le Nigeria est également dirigé depuis janvier 2025 par l’entraîneur malien Eric Chelle.
AFP


