Le département de Guédiawaye demeure l’un des plus grands viviers de talents de la lutte sénégalaise. Berceau de nombreux champions, la localité a marqué l’histoire de l’arène en offrant deux Rois des arènes : Balla Gaye 2 en 2012, puis Sa Thiès en 2026. Derrière ces sacres historiques se cache toutefois une réalité plus contrastée. Si Sa Thiès (Balla Gaye) est revenu au sommet, Lac 2 (Walo) continue de faire de la résistance, Balla Gaye 2 (Balla Gaye) est en quête de rédemption, tandis que Gouye-Gui (Mor Fadam) et Alioune Sèye 2 (Walo) peinent à retrouver leur meilleur niveau.
L’histoire de la lutte à Guédiawaye s’est construite au fil des décennies. L’écurie Walo en a été l’un des principaux piliers, avant l’émergence de l’écurie Ndiambour, portée notamment par Mor Fadam. Le véritable tournant intervient toutefois avec la création, en 2001, de l’école de lutte Balla Gaye, première structure à adopter cette appellation alors que l’on ne parlait jusque-là que d’écuries. Cette initiative marque le renouveau de la lutte dans la localité et contribue à faire de Guédiawaye une pépinière de champions. Des lutteurs comme Balla Gaye 2, Elton, Double Less 2, Lac 2, Gouye-Gui ou encore Alioune Sèye 2 s’y révèlent et portent haut les couleurs de ce grand quartier de la banlieue dakaroise.
Dix ans après sa création, l’école Balla Gaye offre à Guédiawaye son premier Roi des arènes avec le sacre de Balla Gaye 2 en avril 2012. Quatorze ans plus tard, Sa Thiès, son petit-frère, perpétue cet héritage en détrônant Modou Lô en avril 2026 et en offrant à la localité une deuxième couronne royale. Aujourd’hui, Guédiawaye se trouve à un tournant de son histoire, avec notamment ce sacre de Sa Thiès, les interrogations autour de Balla Gaye 2, la constance de Lac 2, les difficultés de certains cadres et une relève qui peine encore à s’affirmer. La localité vit une période charnière.
SA THIÈS, LE DEUXIÈME ROI DE GUÉDIAWAYE
Sa Thiès semblait destiné à devenir champion, à l’image de son grand frère Balla Gaye 2. Tous deux sont les héritiers de Double Less, natif du village de Malifara, dans la région de Sédhiou, qui a dignement représenté le Sénégal en lutte olympique avant d’écrire sa légende dans la lutte avec frappe. Avant de disparaître, l’ancien «Seigneur des arènes» avait déjà montré la voie à ses enfants. Après ses débuts à l’école de lutte Balla Gaye, dans sa ville natale de Guédiawaye, Sa Thiès rejoint l’école de lutte Double Less, créée par son père à Keur Massar. Sous la houlette de ce dernier, le «Volcan de Guédiawaye» affine sa technique, forge son mental et poursuit sa progression. À chacun de ses combats, il peut compter sur le soutien indéfectible de son père, de son frère Balla Gaye 2, ainsi que des populations de Guédiawaye et de Keur Massar. Le 22 février 2009, il lance sa carrière professionnelle en dominant Boy Diouf à Ziguinchor. La suite est celle d’un parcours exigeant, fait de victoires, de revers, de remises en question et d’une détermination sans faille. Jamais il ne renonce, jamais il ne se dérobe face aux défis. Le 5 avril 2026, lorsqu’il détrône Modou Lô, ce sacre dépasse le simple cadre d’une victoire. Il récompense des années de travail, de sacrifices et de persévérance. En mettant fin au règne de Modou Lô, Sa Thiès entre dans l’histoire de la lutte sénégalaise. Surtout, il offre à Guédiawaye son deuxième Roi des arènes, quatorze ans après le sacre de son frère Balla Gaye 2 en 2012. Une performance qui confirme un peu plus le statut de la localité comme l’un des plus grands bastions de ce sport.
LAC 2, L’ULTIME REMPART
En vingt-deux ans de carrière (2004-2026), Lac 2 s’est bâti une réputation de lutteur constant et redoutable, même si le titre de Roi des arènes lui échappe encore. Son parcours est jalonné de succès, de revers et de rebonds qui font de lui l’un des compétiteurs les plus résilients de sa génération. Révélé après une série de six victoires consécutives, le pensionnaire de Walo franchit un cap en 2006 lorsque feu Gaston Mbengue l’invite à participer à son mini championnat de lutte avec frappe. Encadré par feu Mama Bâ, qui croit fermement en son potentiel, Lac 2 intègre une poule très relevée avec Issa Pouye, Yékini Jr et Tapha Tine. Pour son premier combat, il crée la sensation en infligeant à Yékini Jr sa toute première défaite, confirmant ainsi son immense talent. Au fil des années, le Guédiawayois enrichit son palmarès en dominant plusieurs noms, dont Tapha Guèye et Yékini. Mais c’est surtout sa capacité à traverser les époques qui force l’admiration. À l’heure où la nouvelle génération prend progressivement le pouvoir, Lac 2 continue de faire de la résistance. Ses victoires sur Boy Niang 2 (2019), Siteu (2023), Ada Fass (2025) et Prince (2026) illustrent cette remarquable longévité. Cette régularité, le « Diato » (lion en mandingue) l’explique par une discipline de tous les instants. « Je rends grâce à Dieu. Je m’entraîne matin et soir, même sans combat en vue. Je ne badine pas avec mon travail », confiait-il. À Guédiawaye, où plusieurs cadres traversent des périodes plus difficiles, Lac 2 demeure l’ultime rempart, celui qui continue de défendre, avec constance et exigence, l’héritage de toute une génération.
BALLA GAYE 2, L’HEURE DE LA RÉDEMPTION
Fils de Double Less et héritier de l’illustre Balla Gaye 1, Balla Gaye 2 semblait promis à un destin exceptionnel. Après la création de l’école de lutte Balla Gaye en 2001, il rejoint la structure l’année suivante et effectue des débuts remarqués dans la lutte avec frappe en dominant Samba Laobé, le 2 janvier 2005. Le Guédiawayois ne tarde pas à confirmer les espoirs placés en lui. Porté par une génération talentueuse et un encadrement de qualité, il enchaîne les victoires face à Dame Kandji, Papa Sow, Boulon, Mame Goor Diouf et Saloum Saloum. Sa première défaite contre Issa Pouye, le 12 mars 2006, ne freine pas son ascension. Au contraire, elle forge son caractère. Il rebondit en battant Bathie Seras et Boy Sèye avant de réaliser un parcours sans faute dans le Championnat de lutte avec frappe, où il prend successivement le meilleur sur Coly Faye, Ousmane Diop, Issa Pouye et Mbaye Diouf. Dès lors, Balla Gaye 2 s’impose comme l’une des nouvelles attractions de l’arène. Il confirme son rang en dominant Tyson Jr, Tapha Guèye, puis Modou Lô, Balla Bèye 2 et Tyson. Le 22 avril 2012, il atteint le sommet en détrônant Yékini, mettant fin à l’invincibilité du champion de Joal et offrant à Guédiawaye son tout premier Roi des arènes. Ce sacre fait entrer le « Lion de Guédiawaye » dans l’histoire de la lutte sénégalaise. Depuis, son parcours est plus contrasté. Malgré quelques performances de haut niveau, il alterne victoires et contre-performances. Battu par Boy Niang 2 le 1er janvier 2023, il se relance en dominant Tapha Tine le 21 juillet de la même année, avant de rechuter face à Siteu le 20 juillet 2025.
À l’heure où Sa Thiès est devenu le deuxième Roi des arènes de Guédiawaye, Balla Gaye 2 se retrouve à un tournant de sa carrière. Son prochain combat contre Ada Fass dépasse le simple enjeu sportif.
GOUYE GUI ET ALIOUNE SÈYE 2, LE TEMPS DU DOUTE
Longtemps scrutés comme deux des principaux piliers de Guédiawaye, Gouye-Gui et Alioune Sèye 2 traversent aujourd’hui une période plus délicate. Autrefois parmi les athlètes les plus en vue de l’arène, ils peinent à retrouver la dynamique qui avait fait leur réputation. En effet, leader de l’école de lutte Mor Fadam, Gouye-Gui a longtemps nourri de grandes ambitions. Mais ses revers face à Reug Reug puis à Ada Fass ont marqué un coup d’arrêt dans son ascension. Depuis, le Guédiawayois peine à décrocher un combat susceptible de relancer sa carrière. Malgré cette situation, il refuse de baisser les bras. « En réalité, j’ai été la cible de jalousies et de manœuvres de certains dignitaires de Guédiawaye. Je ne citerai personne, mais ils se reconnaîtront. Sans cela, je serais devenu Roi des arènes depuis longtemps. Malgré tout, je rends grâce à Dieu », confie-t-il. Le parcours d’Alioune Sèye 2 présente des similitudes. Le pensionnaire de Walo avait enchaîné plusieurs victoires de prestige face à Issa Pouye, Zoss, Modou Anta et Quench, avant de voir son élan brisé par Général Malika. Depuis, il peine lui aussi à retrouver sa place parmi les ténors de l’arène. Pour Moussa Ndiaye, ancien président de l’école de lutte Balla Gaye, cette situation dépasse le seul cadre sportif. «On ne voit plus Gouye-Gui aux côtés de Balla Gaye 2 et des autres leaders de Guédiawaye. Si ces ténors se retrouvent autour de l’essentiel et renouent avec l’esprit de solidarité qui a longtemps fait la force de la localité, ceux qui sont aujourd’hui en difficulté pourront retrouver de meilleurs repères», estime-t-il.
Par Abdoulaye DEMBÉLÉ

