La Fédération ivoirienne de football (FIF) a officialisé, mardi, le retour d’Hervé Renard à la tête des Éléphants. Onze ans après avoir conduit la Côte d’Ivoire au sacre continental de 2015, le technicien français succède à Émerse Faé, dont le contrat n’a pas été renouvelé après la Coupe du monde 2026.
Cette nomination met fin à plusieurs semaines de spéculations. Le nom de l’ancien sélectionneur du Maroc, de l’Arabie saoudite et de la Tunisie avait notamment été associé au banc du Sénégal pour succéder à Pape Thiaw. Mais au-delà de l’aspect sportif, un élément semblait rendre cette hypothèse très difficile à concrétiser : le coût d’un tel recrutement.
Un entraîneur aux standards financiers élevés
Hervé Renard fait partie des entraîneurs les plus cotés du football international. Cette réputation s’est également traduite par des rémunérations parmi les plus élevées du continent.
En 2018, après avoir qualifié le Maroc pour la Coupe du monde en Russie, le technicien français était présenté comme le sélectionneur le mieux rémunéré d’Afrique, avec un salaire mensuel estimé à 80.000 euros, soit près de 50 millions de FCFA.
Depuis, sa valeur sur le marché des sélectionneurs n’a cessé de progresser au fil de ses expériences à la tête de l’Arabie saoudite, de l’équipe de France féminine puis de la Tunisie.
L’exception française
Il existe toutefois une exception dans ce parcours. En 2023, lorsque Philippe Diallo lui propose de prendre les commandes de l’équipe de France féminine à quelques mois de la Coupe du monde, Hervé Renard accepte un sacrifice financier particulièrement important. Selon plusieurs médias français, il consent à diviser par près de dix son salaire perçu en Arabie saoudite, en acceptant une rémunération annuelle d’environ 400.000 euros.
À l’époque, ce geste avait été salué publiquement par le président de la Fédération française de football, Philippe Diallo, qui avait souligné l’engagement du technicien envers le projet sportif des Bleues.
Cette baisse de revenus apparaissait cependant comme une situation exceptionnelle, liée au prestige de la sélection française et au défi sportif que représentait une Coupe du monde à préparer en quelques mois. Peu d’observateurs imaginaient un tel effort financier pour un retour à la tête d’une sélection africaine.
Un contrat ivoirien qui devrait dépasser celui d’Émerse Faé
La FIF n’a pas communiqué les conditions financières du contrat signé avec Hervé Renard. Toutefois, plusieurs médias spécialisés estiment que le technicien français devrait percevoir une rémunération supérieure à celle d’Émerse Faé.
Avant son départ, ce dernier était crédité d’un salaire mensuel estimé à 75.000 euros, soit environ 49 millions de FCFA. Au regard du parcours de Renard, double vainqueur de la CAN et ancien sélectionneur de plusieurs grandes nations, il paraît peu probable qu’il ait accepté un retour en Côte d’Ivoire sans une revalorisation significative.
À ces émoluments s’ajoutent les importantes primes auxquelles le technicien est habitué. Lors de la dernière Coupe du monde, plusieurs médias ont notamment fait état d’une prime de 200.000 euros (près de 130 millions de FCFA) perçue à l’occasion de son passage pour deux matchs de poule sur le banc de la Tunisie.
Une équation impossible pour le Sénégal ?
Ces niveaux de rémunération illustrent l’écart qui existait entre les prétentions supposées d’Hervé Renard et les capacités financières de la Fédération sénégalaise de football via le ministère des Sports qui supporte l’ardoise.
Le contrat signé par Pape Thiaw en plein mondial, prévoyait un salaire mensuel plafonné à 30 millions de FCFA. Même si ce montant représentait déjà un effort important pour l’Etat qui paye son salaire, il demeure très éloigné des standards auxquels Hervé Renard est habitué depuis plusieurs années.
Dans ce contexte, convaincre le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture d’accompagner un contrat dépassant largement ce seuil aurait constitué un défi majeur. Le retour du technicien français en Côte d’Ivoire semble ainsi confirmer que le facteur financier a lourdement pesé dans le choix de sa future destination.
Quel budget pour le prochain sélectionneur des Lions ?
La nomination d’Hervé Renard relance désormais une autre interrogation : jusqu’où la FSF et l’État sont-ils prêts à aller pour recruter le futur sélectionneur du Sénégal ?
Patrick Vieira demeure l’un des favoris pour le poste. Mais son profil, lui aussi, laisse présager des exigences salariales importantes. Si l’enveloppe consacrée au sélectionneur national reste légérement supérieure aux 30 millions de FCFA versés à Pape Thiaw, les pistes menant à des entraîneurs de réputation internationale pourraient rapidement se heurter à la réalité budgétaire.
À l’inverse, un technicien comme Omar Daf, dont les compétences sont reconnues et dont le coût serait probablement plus compatible avec les moyens de la Fédération, apparaît comme une alternative de plus en plus crédible.
Cheikh Gora DIOP


