Le coup d’envoi de la Coupe du monde 2026 en Amérique du Nord a retenti, et avec lui, le passage historique à 48 équipes réparties en 12 groupes. L’Afrique y affiche un contingent record de dix représentants le Maroc, le Sénégal, l’Algérie, l’Égypte, la Tunisie, la Côte d’Ivoire, le Ghana, l’Afrique du Sud, le Cap-Vert et la RD Congo.
Mais le tirage au sort n’a accordé aucun round d’observation à ses principales forces. Dès la première journée de la phase de groupes, six d’entre eux le Sénégal, le Maroc, le Cap-Vert, l’Égypte, l’Algérie et la RD Congo se retrouvent propulsés face à des adversaires qui comptent parmi les favoris de la compétition. Le risque d’un faux départ est réel, mais l’opportunité d’une déflagration explosive l’est tout autant.
Brésil vs Maroc – Le choc des titans au MetLife (samedi 13 juin, 22h00 GMT)
C’est la première grande affiche de ce Mondial, et elle met en scène deux des équipes les plus attendues de la compétition. Les Lions de l’Atlas, demi-finalistes héroïques de l’édition 2022 au Qatar, une performance historique pour un pays africain retrouvent la Seleção brésilienne sur la pelouse du MetLife Stadium d’East Rutherford, dans le New Jersey. Le groupe C place face à face les deux grands favoris d’une poule que complètent l’Écosse et Haïti.
Si affronter le quintuple champion du monde dès l’entame a de quoi glacer le sang, les Lions de l’Atlas ont les arguments pour rivaliser. Le sélectionneur brésilien Carlo Ancelotti a lui-même désigné le Maroc comme l’adversaire « le plus dangereux » du Brésil dans ce groupe C, ce qui en dit long sur la considération dont jouissent aujourd’hui les hommes de Walid Regragui. Ce match est aussi une résonance historique : vingt-huit ans après le Mondial de France 1998, le Maroc retrouve le Brésil dans une phase de groupes. En 1998, les Lions de l’Atlas avaient pourtant réussi une performance de grande qualité avant d’être éliminés malgré leurs quatre points, victimes de la surprise de la Norvège face au Brésil. Le contexte a changé. Le football marocain aussi. Un résultat positif dès ce premier acte enverrait un signal fort à la planète entière.
Espagne vs Cap-Vert – Le défi des Requins Bleus à Atlanta (lundi 15 juin, 16h00 GMT)
Au Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta, le Cap-Vert s’attaque à la Roja espagnole, championne d’Europe en titre. L’histoire de ce match est déjà extraordinaire avant même le coup de sifflet : avec ses quelque 525 000 habitants, le Cap-Vert devient, après l’Islande, la nation la moins peuplée à participer à une Coupe du monde. Une première mondiale absolue pour cet archipel de douze îles, dont la fédération n’a été rattachée à la FIFA qu’en 1986. Les Requins Bleus évoluent dans le groupe H aux côtés de l’Espagne, de l’Uruguay et de l’Arabie saoudite une poule exigeante qui ne laisse aucune place à l’approximation.
Face au jeu de possession étouffant de la sélection ibérique, les Cap-Verdiens devront faire bloc et exploiter la moindre transition rapide. Compliqué ? Assurément. Mais ce peuple de footballeurs qui a surclassé le Cameroun pour se qualifier n’est pas venu aux États-Unis en simple figurant. Créer la première vraie sensation de cette édition serait un exploit retentissant.
Belgique vs Égypte Le Pharaon face aux Diables Rouges à Seattle (lundi 15 juin, 19h00 GMT)
Au Lumen Field Stadium de Seattle, l’Égypte fait son entrée dans le tournoi face à la Belgique. Les Pharaons, absents du dernier Mondial au Qatar, signent leur retour sur la scène mondiale dans le groupe G, partagé avec l’Iran et la Nouvelle-Zélande. Ce duel s’annonce comme une bataille tactique intense. Pour les hommes de leur sélectionneur, l’enjeu sera de contenir la puissance offensive belge avec des joueurs comme Kevin De Bruyne tout en piquant en contre-attaque.
La configuration du groupe G est toutefois favorable à une qualification égyptienne : avec l’Iran et la Nouvelle-Zélande dans la même poule, les Pharaons ont les moyens de se relancer en cas de défaite inaugurale. Mais une victoire ou un match nul face à la Belgique en première journée installerait immédiatement l’Égypte dans une dynamique de qualification pour les seizièmes de finale.
France vs Sénégal — Le remake de la légende, parfum de 2002 (mardi 16 juin, 19h00 GMT, MetLife Stadium)
Vingt-quatre ans après le séisme de Séoul où les Lions de la Teranga avaient terrassé les champions du monde en titre sur le score d’un but à zéro, l’histoire bégaye au MetLife Stadium de New York. Le Sénégal reste indissociable de l’édition 2002, marquée par son formidable parcours jusqu’aux quarts de finale, couronné par cette victoire inaugurale face à la France. Ce soir-là, la France se présentait avec le statut de double tenant du titre. Ce mardi 16 juin 2026, les rôles sont similaires.
À la tête de l’équipe, Pape Thiaw, ancien attaquant des Lions lors de l’épopée de 2002, s’apprête à vivre sa première Coupe du monde comme sélectionneur. Il incarne à lui seul le lien entre la génération légendaire et les nouveaux conquérants. Dans l’effectif, Sadio Mané, à 34 ans, disputera probablement son dernier grand tournoi international avec le Sénégal. Auteur de 56 buts en sélection, l’ancien joueur de Liverpool demeure le leader technique et émotionnel du groupe. Le groupe I, composé également de la Norvège et de l’Irak, offre des perspectives de qualification réelles. Mais rien ne vaut une entrée fracassante. L’ADN des conquérants de 2002 est toujours vivant.
Argentine vs Algérie — Les Fennecs face aux champions du monde en titre (mardi 16 juin, 21h00 GMT, Kansas City)
L’Algérie hérite sans doute du premier test le plus redoutable de tout le contingent africain. À l’Arrowhead Stadium de Kansas City, les Fennecs défient l’Argentine de Lionel Messi, triple championne du monde et tenante du titre. L’Algérie renoue avec le Mondial après avoir manqué les deux dernières éditions, en Russie en 2018 et au Qatar en 2022. Sa dernière participation remonte au Brésil en 2014, où elle avait atteint les huitièmes de finale.
Les hommes de Vladimir Petković savent qu’un exploit face à l’Albiceleste ferait résonner « One, Two, Three, Viva l’Algérie » bien au-delà des frontières américaines. Loin d’arriver en victimes résignées Mohamed Amoura et Riyad Mahrez en tête les Verts ont les armes pour perturber une équipe habituée à dominer mais qui devra assumer le poids de son statut de champion en titre. Dans le groupe J, la présence de l’Autriche et de la Jordanie comme adversaires complémentaires laisse entrevoir une fenêtre de qualification, à condition de ne pas hypothéquer leurs chances dès l’ouverture.
Portugal vs RD Congo — Le grand retour des Léopards à Houston (mercredi 17 juin, 13h00 GMT)
La RD Congo a décroché son billet pour le Mondial lors des barrages intercontinentaux en battant la Jamaïque sur le score d’un but à zéro, le 1er avril 2026. Après plus de cinquante années d’absence sur la scène mondiale, les Léopards signent leur grand retour au NRG Stadium de Houston, dans le groupe K, face au Portugal. Portés par une dynamique collective impressionnante depuis la dernière CAN, les hommes de Sébastien Desabre s’attaquent à une armada portugaise habituée des joutes planétaires. Le défi technique est immense, mais la fougue et la puissance athlétique des Congolais pourraient bien perturber les plans européens.
Un révélateur de standing continental
Aborder un Mondial par de tels sommets comporte une part de danger évidente : la moindre erreur se paiera immédiatement et la pression comptable s’installera dès le coup de sifflet final. Mais cette configuration exigeante a aussi une vertu : elle élimine d’emblée tout complexe d’infériorité.
Le nouveau format à 48 équipes offre en outre un filet de sécurité précieux. Les deux premiers de chaque groupe se qualifient directement pour les seizièmes de finale, rejoints par les huit meilleurs troisièmes du classement général. Un troisième rang peut donc suffire à poursuivre l’aventure ce qui change fondamentalement le calcul des risques. Si le bloc africain parvient à bousculer ces cadors européens et sud-américains dès la première journée, il s’ouvrira non seulement la voie des seizièmes de finale, mais il enverra un message que le monde du football ne pourra plus ignorer.
Djibril DIAO


