Le Sénégal a décidé de changer de victime préférée. L’Égypte peut enfin dormir tranquille. Il y a quelques années, si vous demandiez à un Sénégalais qui était son ennemi footballistique préféré, la réponse arrivait sans hésitation : l’Égypte. Les Pharaons étaient La bête noire à terrasser, le boss final du jeu vidéo, celui qu’on était condamné à rencontrer à chaque compétition avec une boule au ventre. On en avait presque fait une religion nationale : battre l’Égypte, c’était sacré.
Mais voilà. L’Égypte a fini par rendre les armes. Les Lions ont mangé les Pharaons jusqu’à l’os, ont décroché leur première Can en 2022. Puis, lors des barrages pour le Mondial 2022, la bande à Sadio Mané a remis ça, imitée par les autres Lions, que ce soit chez les jeunes, en beach soccer, basket… Et quelque part dans les pyramides, Ramsès II s’est tourné vers ses conseillers en disant : « Bon, je crois qu’on peut lever le siège. » Le Sénégal n’a pas cherché un remplaçant. Le remplaçant s’est présenté lui-même, avec son étoile à cinq branches et son drapeau vert-rouge. Bienvenue dans le cauchemar, Maroc.
Depuis la finale de la Can 2025 des grands, où le Sénégal a soumis le Maroc avec la délicatesse d’un lion qui joue avec sa proie, les rencontres entre les deux nations ont pris une saveur particulière. Une saveur que les Marocains reconnaîtraient probablement sous le nom de « traumatisme à répétition ». Après cet épisode, il y a eu la raclée infligée par nos U15.
Et comme pour enfoncer le clou, remettre une couche, saler la plaie, voilà que les U17 sénégalais se qualifient pour la finale de la Can en éliminant le Maroc en demi-finale, à Rabat. Les gamins ! Des enfants qui avaient probablement vu la finale des grands en 2025, même s’ils avaient des leçons à apprendre, ont regardé leurs aînés et se sont dit : « On peut faire pareil. » Et ils l’ont fait !
C’est devenu systématique. Football seniors ? Sénégal. Football jeunes ? Sénégal. Autres sports ? Ne cherchez pas, vous connaissez déjà la réponse.
Quelque part à Rabat, dans les bureaux de la Fédération royale marocaine de football, un directeur technique a dû ouvrir un dossier labellisé « Problème Sénégal-urgent », le fixer longuement, puis le refermer sans rien écrire dedans. En un sens, que voulez-vous écrire face à une malédiction ?
Le Maroc est devenu, sans le vouloir, la nouvelle Égypte du Sénégal. Le punching-ball préféré, le faire-valoir involontaire, le pays qui permet aux Sénégalais de valider leur grandeur. Et comme l’Égypte en son temps, les Marocains doivent se lever chaque matin en se demandant : « Mais qu’est-ce qu’on leur a fait ? »
La réponse est simple : rien. C’est ça le pire. Ce n’est pas de la rancœur, ce n’est pas de la vengeance. C’est juste… du business. Le Sénégal a décidé que le Maroc était désormais le format de sa domination sportive, et les Étoiles du Maroc font partie du package.
L’Égypte a mis des années à se résigner de cette relation particulière avec le Sénégal. Le Maroc vient d’en signer le contrat. Pour combien d’années ? La question fait mal.
On veut bien sûr souhaiter bonne chance aux Lions de l’Atlas. Mais on leur conseille surtout de prendre le numéro du psy de l’équipe nationale égyptienne. Il a de l’expérience. Il sait exactement ce que c’est que de croiser le Sénégal et de rentrer à la maison avec ce regard vide, cette question qui tourne en boucle : « Mais pourquoi toujours nous ? »
Bienvenue dans le club, Maroc. L’Égypte vous a gardé une place au chaud. Et si vous voulez vous en sortir avec un concours de couscous marocain, on l’emportera quand même. Nous sommes devenus les grands méchants de l’histoire. Sans rancune, « khouyas » !
Par Oumar Boubacar NDONGO

