Après une longue période d’absence de la scène musicale, Abiba Diop est sortie de son silence pour évoquer les raisons qui l’ont éloignée du monde de la musique. C’est sur le réseau social Tiktok que l’ancienne chanteuse a notamment laissé entendre qu’un retour n’était pas garanti, allant jusqu’à évoquer la possibilité d’un arrêt définitif de sa carrière artistique.
Dans ses déclarations, elle explique que cette décision est intimement liée à son cheminement spirituel et à sa relation avec sa foi. « J’avais des difficultés à écouter le Coran. Puis, j’ai entendu un prêcheur dire que le Coran et la musique ne vont pas ensemble. C’est à ce moment-là que j’ai eu le déclic », a-t-elle confié. La jeune femme est allée plus loin en supprimant tous ses sons sur Youtube, un geste fort qui ressemble à un acte de « nettoyage » de son espace numérique, comme pour dire : « Je ne veux plus que mon nom soit associé à cela ».
Ce choix rappelle, à bien des égards, celui de Ndeye Ndack Touré. L’ancienne animatrice TV s’est éloignée du petit écran depuis qu’elle s’est voilée, transformant son image publique et son rapport aux médias après des années de carrière. En France, Mennel Ibtissem (connue sous le nom de Mennel), chanteuse française d’origines syrienne et marocaine a également décidé de plus se tourner vers sa foi. Après quelques années passées sans couvrir ses cheveux, Mennel opère un virage à 180 degrés en remettant le voile.
Dans ses récentes prises de parole, elle explique que porter le foulard est une décision intime, un « voile de protection contre la dounia ». Elle définit désormais ce tissu comme le symbole d’une relation d’amour quotidienne et exclusive avec Dieu, affirmant s’être sentie perdue et tiraillée lorsqu’elle était pleinement immergée dans la vie séculière. Aujourd’hui installée en Suède, elle a drastiquement modifié ses priorités de vie. La musique de variété a laissé place à la spiritualité. Elle consacre son temps à l’apprentissage, à la méditation et au partage de vidéos de récitations de versets du Coran. Elle canalise désormais son énergie dans l’organisation de retraites spirituelles pour femmes au cœur de la nature sauvage de la Laponie, alliant reconnexion à la foi et détachement du monde moderne.
Dans ces cas, le milieu (musique ou télévision) impose une certaine image du corps, une visibilité, une exposition qui peuvent entrer en tension avec une nouvelle compréhension de la pudeur et de la foi. Le voile, comme le retrait de la musique, devient alors un signe public de changement de cap, de nouvelle priorité spirituelle.
Au Sénégal, pays où la musique est centrale, ces choix résonnent d’autant plus qu’ils touchent à l’identité même de nombreux artistes. Mais c’est aussi un pays très croyant, avec un Islam très structuré (confréries, dahiras, prêcheurs très écoutés), où ces deux univers coexistent souvent, mais parfois entrent en tension. Le cas d’Abiba n’est donc pas isolé : il s’inscrit dans une réalité sénégalaise où culture musicale forte et ferveur religieuse se croisent, se nourrissent, mais parfois s’opposent.
Ce qui frappe aussi dans le parallèle entre ces deux femmes, c’est la réappropriation de leur image à travers le voile. Dans une société mondialisée qui perçoit souvent le tissu comme une soumission ou un retour en arrière, elles le brandissent comme un outil d’émancipation suprême. En quittant la scène, ces femmes nous rappellent une vérité vieille comme le monde : le plus grand luxe de l’être humain reste de pouvoir choisir son propre maître.

