Berceau de nombreux grands noms de la lutte sénégalaise, Thiaroye-sur-Mer s’est imposé, au fil des décennies, comme l’un des plus prestigieux viviers de champions de l’arène. De Pape Kane à Reug Reug, en passant par Treize Ndir, plusieurs figures emblématiques y ont forgé leur réputation et contribué à écrire l’histoire de la lutte sénégalaise.
SITEU ET REUG REUG, Deux phénomènes, un même héritage
De Pape Kane à Treize Ndir, en passant par Modou Kane, Modou Diène, Abdoulaye Diouf Fall, plusieurs champions ont écrit les premières grandes pages de l’histoire de la lutte à Thiaroye-sur-Mer.
Après ces pionniers, une nouvelle génération a pris le relais. Aujourd’hui, deux noms symbolisent particulièrement le rayonnement de la localité dans l’arène : Siteu et Reug Reug.
L’un est devenu l’« Empereur des arènes », l’autre s’est imposé comme une référence aussi bien en lutte qu’en arts martiaux mixtes.
Le premier est le leader de l’écurie Lansar. C’est le 25 décembre 2009 que le défunt promoteur Serigne Modou Niang l’a révélé au grand public en le mettant aux prises avec Mbaye 20 Ans.
Le jeune Siteu s’impose et commence alors à se faire une place dans ce sport. Depuis, le fils de Diamaguène a parcouru un long chemin.
Avec 20 combats à son actif, il compte 13 victoires. Mais au-delà des chiffres, certaines victoires ont définitivement changé son statut.
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En dominant Balla Gaye 2, le 20 juillet 2025, Siteu a frappé un grand coup. Une victoire qui lui a permis de décrocher le titre d’« Empereur des arènes » et de s’installer parmi les lutteurs les plus en vue de sa génération.
Son combat contre Modou Lô avait également contribué à renforcer sa notoriété. Alors « Roi des arènes », le Parcellois s’était imposé aux points. Une issue qui n’avait pas empêché Siteu de gagner encore en considération auprès du public.
L’ascension du protégé de Max Mbargane illustre parfaitement la capacité de Thiaroye à faire émerger des champions capables de se mesurer aux plus grands noms de l’arène.
À côté de Siteu, un autre enfant du terroir porte haut les couleurs de Thiaroye-sur-Mer : Oumar Kane dit « Reug Reug ».
Auteur de 19 combats, pour 16 victoires, Reug Reug s’est construit un palmarès impressionnant face à des adversaires de premier plan.
Il n’a connu qu’une seule déconvenue dans son parcours en lutte avec frappe, concédée face à Sa Thiès, le 5 mars 2023.
Mais Reug Reug ne se contente pas de briller dans la lutte. Son parcours dans les arts martiaux mixtes (Mma) lui a permis d’atteindre une autre dimension.
Ancien champion du monde à One championship, il est devenu l’un des combattants sénégalais les plus connus sur la scène internationale.
Avant même son explosion dans les sports de combat modernes, le grand public avait découvert un Reug Reug particulièrement dominateur dans la lutte traditionnelle sans frappe.
Pour de nombreux observateurs de la lutte traditionnelle, il est même considéré comme «l’un des meilleurs, voire le meilleur lutteur de l’histoire des mbapatt, en raison notamment de sa longévité au plus haut niveau, de sa régularité et du nombre impressionnant de victoires empilées dans cette discipline».
Siteu et Reug Reug ont des parcours différents, mais leur histoire raconte finalement la même chose : Thiaroye-sur-Mer n’a jamais cessé de produire des champions.
Pape Kane, le « Prince de l’arène »
De son vrai nom Moussé Diop Kane, Pape Kane est né le 26 mars 1946 à Thiaroye-sur-Mer, dans le quartier de Santhiaba, au sein de la grande cour familiale « Kanène ».
Décédé en septembre 2013, il a laissé derrière lui l’image d’un champion dont le nom reste intimement lié à l’histoire de la lutte à Thiaroye.
Surnommé le « Prince de l’arène » ou l’« anesthésiste aux trois doigts », il a marqué la lutte avec frappe par des techniques particulièrement redoutables et une frappe d’une précision chirurgicale.
Membre fondateur et ancien chef de file de l’écurie Thiaroye-sur-Mer, il s’est notamment illustré en terrassant de grands noms de son époque, à l’image de Robert Diouf, qu’il battit en 1979.
Son parcours n’avait pourtant rien d’un long fleuve tranquille. En 1957, alors qu’il travaillait à l’usine Cafal, un accident du travail lui sectionna une partie de deux doigts de la main.
Loin de le détourner du combat, cette épreuve allait presque contribuer à forger sa légende.
Encouragé par son père, Modou Kane, lui-même ancien lutteur, Pape Kane s’essaya à la lutte avec frappe. Un deuxième duel, contre Ndiaga Touré dit « Mame Gorgui », lui suffit déjà pour montrer qu’il avait quelque chose de particulier.
Son initiation à la lutte avait cependant commencé bien plus tôt. À l’adolescence, il découvre les mbapatt, ces grandes séances de lutte traditionnelle nocturnes qui rythmaient la vie des quartiers.
À Thiaroye, les grandes concessions, comme les « Ndiobènes », les « Guéyènes » et les « Fallènes », avaient leurs propres mbapatt.
C’est dans ces espaces de confrontation et d’apprentissage que le jeune Pape Kane commença à se faire un nom.
Mais sa tante ne voyait pas d’un bon œil cette passion grandissante pour la lutte et tentait de contrôler ses sorties.
Jusqu’au jour où l’honneur du quartier Santhiaba fut en jeu. À la suite d’un affront subi par les jeunes du quartier, Mamadou Dème, le plus âgé du groupe, alla solliciter auprès de la tante la libération de Pape Kane afin qu’il puisse défendre les siens.
Elle finit par céder. Le jeune lutteur ne la décevra pas. Il sauva l’honneur de son quartier et ouvrit ainsi une nouvelle page de son destin.
L’aventure dans la lutte avec frappe pouvait commencer.
Son premier gros cachet, estimé à 40 000 FCfa, fut obtenu à l’occasion d’un combat contre Mbaye Guèye.
Armé d’une frappe qui lui valut sa réputation d’« anesthésiste », Pape Kane poursuivit son ascension avant de ranger définitivement son « nguimb » en 1985, après avoir affronté et battu des meilleurs de sa génération.
Treize Ndir, le champion aux treize minutes
Autre grand nom de cette histoire : Treize Ndir.
Ancien lutteur respecté et enfant de Thiaroye-sur-Mer, il appartient à cette génération de champions qui ont contribué à installer durablement la localité dans le paysage de la lutte.
Personnage historique de la lutte traditionnelle, il a marqué plusieurs décennies, notamment des années 1950 aux années 1970.
Son surnom résume à lui seul sa réputation : Treize Ndir.
Plusieurs témoins interrogés à son sujet à Thiaroye racontent que “ses combats ne dépassaient jamais treize minutes”.
Ses affrontements étaient réputés pour leur caractère expéditif et se concluaient invariablement avant la limite symbolique des treize minutes.
Une particularité qui a fini par devenir son identité et construire sa légende.
Fierté de l’arène et des Lébous, Treize Ndir était cité aux côtés des autres grands champions de son époque, notamment Pape Kane et Modou Kane.
À Thiaroye-sur-Mer, son nom reste associé à une période où la lutte traditionnelle constituait à la fois un spectacle, une école de courage et un puissant marqueur de l’identité locale.
Abdoulaye DEMBELE

