Le sport scolaire permet de former des citoyens capables de s’intégrer harmonieusement dans la société, car il agit sur des éléments cognitifs, affectifs, sociaux, biophysiques, a déclaré le Pr Mohamed Ndongo, enseignant-chercheur à l’Institut national supérieur de l’éducation populaire et du sport (Inseps) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Dans cet entretien, il invite les ministères sectoriels concernés à développer des synergies pour valoriser davantage cette discipline.
En quoi la pratique régulière du sport scolaire contribue-t-elle au développement cognitif, émotionnel et social des apprenants ?
Il faut d’abord préciser que, dans le système éducatif, la pratique des activités physiques et sportives se fait à deux niveaux. D’une part, il y a l’enseignement de l’éducation physique et sportive (Eps), qui est une discipline scolaire obligatoire pour tous les élèves. D’autre part, il y a le sport scolaire et dans l’enseignement supérieur, on parle de sport universitaire, qui renvoie à la pratique du sport dans sa forme compétitive.
Dans tous ces cas, les activités physiques et sportives ont un impact extrêmement positif sur le développement de l’individu pris dans sa globalité. Si l’on considère toutes les dimensions qui composent l’être humain, à l’image des éléments cognitifs, affectifs, sociaux, biophysiques, le sport agit sur chacune d’elles en développant des capacités, des compétences et des attitudes.
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Sur le plan cognitif, le sport développe l’intelligence. Lorsqu’on pratique une activité sportive, on effectue en permanence des calculs mentaux et perceptifs. Prenons l’exemple d’un match de football : il faut apprécier la position des partenaires et des adversaires, la trajectoire et la vitesse du ballon, puis prendre des décisions rapides. Tout cela renforce l’analyse, la concentration et la prise de décision. Ce sont des compétences cognitives essentielles que l’on peut aisément développer par le sport.
Sur le plan social, le sport à l’école a été introduit pour former des citoyens capables de s’intégrer harmonieusement dans la société. Le sport est régi par des règles, et l’apprentissage de la règle sportive est un prétexte pour apprendre à respecter les règles de la vie sociale. Il y a un transfert à opérer entre ce qui est acquis dans le sport et la vie quotidienne.
Des valeurs comme la solidarité, l’entraide, le respect des autres, le fair-play, la coopération et l’esprit d’équipe se construisent naturellement à travers la pratique sportive.
Enfin, sur le plan affectif, rien ne peut se faire sans les émotions. La confiance en soi, l’estime de soi, la motivation, l’engagement, la résilience ou encore le courage sont des qualités émotionnelles fondamentales pour l’épanouissement de l’individu. Ces qualités sont travaillées de manière très concrète dans les cours d’Eps et les activités associatives sportives.
C’est l’ensemble de ces bénéfices qui justifie pleinement l’intégration du sport à l’école.
La pratique a-t-elle un impact sur les performances scolaires ?
Évidemment. Un élève qui améliore sa concentration, sa capacité d’analyse, sa confiance en soi et sa gestion du stress est naturellement plus apte à réaliser de bonnes performances scolaires.
Des études scientifiques ont montré que les élèves qui pratiquent régulièrement une activité sportive obtiennent de meilleurs résultats. Cela s’explique aussi par les vertus du sport sur la santé, tant mentale que physique : bien-être, équilibre psychologique, amélioration de la condition physique, régulation de la tension artérielle, du taux de sucre ou de la masse grasse.
Le sport permet aux élèves de se sentir bien, d’être plus efficaces et plus engagés dans leurs apprentissages.
Faut-il revoir les programmes ou renforcer la place du sport à l’école ?
Avant tout, il faut améliorer les conditions de pratique. Beaucoup d’établissements manquent d’espaces sportifs, d’infrastructures et de matériel. À cela, s’ajoute le volume horaire très faible et parfois même le manque d’enseignants d’Eps. Dans ces conditions, il est difficile d’atteindre les objectifs de la loi d’orientation.
Sur le plan idéologique, je ne pense pas que l’école doive avoir pour mission de produire des champions sportifs. En revanche, elle peut et doit être un tremplin pour détecter les talents. L’école constitue, aujourd’hui, le principal bassin de talents sportifs.
Si le sport scolaire est bien organisé, il peut permettre aux fédérations et aux clubs de repérer les meilleurs profils et de les accompagner dans des structures adaptées, notamment à travers des dispositifs sport-études.
À défaut, il faut que l’État mette en place un cadre institutionnel et organisationnel, favorisant le sport-étude pour créer un laboratoire de talents et donner des chances aux jeunes de réussir leur parcours académique, tout en misant sur le sport.
Cette synergie devrait être une évidence. Les ministères en charge du Sport, de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Formation professionnelle et même de la Santé ont tous intérêt à investir dans le sport scolaire et universitaire.
Le sport pacifie l’espace scolaire et universitaire, améliore la santé des populations et renforce les performances académiques. Malheureusement, les moyens alloués aux fédérations scolaires et universitaires restent très limités.
Pourtant, une meilleure coordination et un investissement accru seraient bénéfiques pour l’ensemble du pays, pour la population et pour les objectifs de développement du Sénégal.
Par Daouda DIOUF

