Entre la fin du coucher du soleil et le tintement cassé de minuit, nous étions perdus, nous avions perdu. Doublement perdus. Pour ne pas avoir marché sur la France en empruntant l’avenue de la victoire, nous nous étions égarés. Puis, après avoir laissé filer de peu le drakkar norvégien en route vers le Valhalla, nous avons ramé sec, un peu plus loin de notre destination. Comme lorsque vous vous éloignez de la bonne route et que le GPS vous ramène sur le droit chemin en annonçant : « Itinéraire recalculé. » Pape Thiaw a-t-il, lui aussi, retrouvé sa boussole ? C’est souvent lorsqu’on croit avoir tout perdu que renaît l’espérance.
Mais dans cette nuit sombre, il a fallu quitter les routes les plus directes pour emprunter des chemins plus sinueux, ceux que seuls la patience et la foi permettent de parcourir. Pendant que tout un peuple avait développé une affection soudaine pour la calculette, pendant que les regards étaient rivés sur les classements des meilleurs troisièmes, en oubliant presque les premiers et les deuxièmes, l’espoir a fini par surgir, juste après les prières d’un vendredi. Et, par cinq fois, ces prières ont été exaucées sur les terres irakiennes. Ce fut la première étape d’un voyage guidé par la résilience.
La seconde est venue d’ailleurs. De la victoire de l’Espagne sur l’Uruguay, pays qui accueillit la toute première Coupe du monde en 1930 dont le beau jeu en était la promesse. Une Celeste de Marcelo Bielsa méconnaissable, plus adepte des tacles à la carotide que la production d’un jeu beau et efficace. Puis le match nul entre l’Iran et l’Égypte, emmenée par notre cher « ami-ennemi » Mohamed Salah, a fini par révéler l’évidence. L’itinéraire recalculé conduisait bien vers les seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026. Les Lions avaient retrouvé leur chemin. Guidés par la foi d’un peuple, portés par la résilience, ils savent désormais où mène leur route. Pour leurs 16e de finale, quoi de plus symbolique qu’une destination vers une enceinte sportive qui s’appelle Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta. Ce mercredi 1er juillet 2026, à 16 heures, le Sénégal pourrait y défier le premier du groupe L, l’Angleterre ou le Ghana. Au fond, peu importe l’adversaire car lorsque le GPS de l’espoir recalcule l’itinéraire, il ne montre plus seulement une destination. Il rappelle qu’aucune route n’est définitivement perdue tant qu’un peuple croit en ses Lions et que ceux-ci gardent la conviction qu’ils peuvent eux-mêmes vaincre l’égarement.
Moussa DIOP


