Personne, ou presque, n’avait misé un centime sur les Requins Bleus. Pour sa toute première participation à une Coupe du monde, le Cap-Vert s’est offert un parcours de groupe que même ses plus fervents supporters n’osaient imaginer. Et la récompense est immense : un huitième de finale de légende face à l’Argentine de Lionel Messi, tenante du titre.
4033 km2, et un peu plus de 500 000 habitants. Le Cap-Vert est le plus petit pays de l’histoire à disputer la phase à élimination directe de la Coupe du monde. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le parcours des Requins bleus est tout à fait surprenant, pour leur première participation en Coupe du monde. Tout commence dans un groupe H présenté comme l’un des plus relevés du tournoi, avec l’Espagne championne d’Europe et l’Uruguay de Marcelo Bielsa en têtes d’affiche. Sur le papier, le Cap-Vert n’a clairement pas le niveau. Sur le terrain, c’est une autre histoire. D’abord, les Cap-verdiens ont accroché la Roja espagnole sur un score vierge (0-0), un résultat que personne n’attendait face à l’une des grandes nations du football mondial. Puis, contre l’Uruguay, l’équipe de Pedro Leitão Brito, alias Bubista, livre un match plus offensif et arrache un nul spectaculaire (2-2), piégeant une Celeste pourtant largement dominatrice dans le jeu. Reste l’Arabie saoudite, pour le dernier acte. Un match longtemps fermé, où les Saoudiens, obligés de l’emporter, poussent sans jamais déstabiliser une défense cap-verdienne disciplinée. Le score final, 0-0, suffit : grâce à la victoire espagnole sur l’Uruguay (1-0) dans l’autre rencontre, le Cap-Vert termine deuxième du groupe (3 points). Les Requins bleus obtiennent ainsi le point dont ils avaient besoin, et la sélection cap-verdienne poursuit son aventure pour sa toute première participation au Mondial.
Le bilan est unique dans l’histoire de la compétition : trois matchs nuls, aucune victoire, aucune défaite, et pourtant une qualification synonyme d’exploit. Le Cap-Vert valide une qualification historique pour les seizièmes de finale après ce 0-0 face à l’Arabie saoudite, aidé par la défaite de l’Uruguay face à l’Espagne.
Engagement
Comment une sélection sans star, disputant son premier Mondial, parvient-elle à embêter des cadors du football mondial ? La réponse tient en un mot : l’organisation. L’équipe de Bubista affiche un niveau de compétitivité et de discipline inégalable : les joueurs se battent sur chaque ballon, commettent peu d’erreurs et sont particulièrement bien organisés derrière, avec des lignes solides qui coulissent bien et très peu d’espaces laissés aux adversaires.
Plus frappant encore : cette fluidité défensive, digne d’une équipe de club, est d’autant plus impressionnante que les joueurs cap-verdiens, dispersés un peu partout dans le monde, ne se connaissent pas beaucoup en dehors de la sélection. Le plan de jeu est limpide : laisser le ballon à l’adversaire, le rassurer, l’endormir presque, puis le piéger au meilleur moment en transition rapide : une stratégie qui a particulièrement fait mal à l’Uruguay.
Derrière ce collectif soudé, quelques individualités émergent : le gardien Vozinha, immense face à l’Espagne, le capitaine Ryan Mendes, le milieu Kevin Pina, auteur d’un formidable coup-franc pour le premier but de l’histoire du pays en Coupe du monde, l’ailier Garry Rodrigues, le meneur Telmo Arcanjo, et bien sûr Roberto Lopes en défense, devenu une petite célébrité après la révélation de son recrutement via LinkedIn. Une bande d’inconnus du grand public qui, ensemble, ont fait déjouer des nations bien supérieures sur le papier.
Rendez-vous avec la légende
Le tirage du sort a offert au Cap-Vert un adversaire à la mesure de son exploit : l’Argentine, championne du monde en titre, large vainqueure de son groupe et portée par un Lionel Messi étincelant, meilleur buteur du tournoi (6 réalisations). Le choc est programmé au Hard Rock Stadium de Miami.
Difficile d’imaginer plus grand contraste. D’un côté, une armada argentine rodée aux sommets mondiaux et à la pression des matchs à élimination directe. De l’autre, des Requins bleus novices dans cette compétition, mais qui ont déjà démontré qu’aucune statistique ne suffit à raconter une Coupe du monde. Pour espérer renverser l’Argentine, les Cap-Verdiens devront réaliser un match presque parfait : neutraliser Lionel Messi, limiter les espaces, défendre avec rigueur et exploiter la moindre contre-attaque.
L’enjeu dépasse le simple résultat sportif. Pour le Cap-Vert, ce match représente bien plus qu’une qualification : c’est l’opportunité d’affronter le recordman du Ballon d’Or et de bousculer la hiérarchie mondiale sur la plus grande des scènes. L’Argentine reste évidemment la favorite logique de cette affiche. Mais le Cap-Vert n’a, par définition, plus rien à perdre, et c’est peut-être bien là que réside le danger pour les hommes de Lionel Scaloni.
Quoi qu’il advienne face à l’Albiceleste, l’histoire est déjà écrite : le petit archipel de l’Afrique de l’Ouest, indépendant depuis 1975, a vécu son premier Mondial comme un conte de fées. Et il s’apprête désormais à affronter, les yeux grands ouverts, l’un des plus grands champions de l’histoire de ce sport.
Oumar Boubacar NDONGO


