Certains lutteurs ont marqué l’arène par leurs exploits avant de se réinventer ou de se reconvertir après leur carrière sportive. La rubrique « Que sont-ils devenus ? » raconte leur vie d’après-carrière. Aujourd’hui, coup de projecteur sur Mor Sarr, alias « Super Étoile », qui a choisi une nouvelle vie loin des enceintes de lutte en s’installant aux États-Unis où il s’est reconverti dans la sécurité privée.
Mor Sarr, plus connu sous le nom de « Super Étoile », a été l’un des lutteurs qui ont animé l’arène à la fin des années 2000 et au début des années 2010. Pensionnaire de l’écurie Lansar, il s’était particulièrement illustré dans les Championnats de lutte avec frappe (Claf), où sa puissance et son engagement lui avaient permis de se faire un nom. Son surnom de « Saigneur » des arènes, il le devait surtout à ses nombreuses victoires par K-O.
Originaire de Boundou, un village situé à environ trois kilomètres de Diourbel, Mor Sarr y a fait ses premiers pas dans la lutte. Sa passion prend véritablement forme lorsqu’il remporte un tournoi organisé par un établissement scolaire de son village. Lorsque les organisateurs se rendent chez lui pour remettre le trophée, son père est surpris. Il découvre alors que son fils vient de s’imposer dans une compétition de lutte. La famille finit par accepter cette passion.
Encouragé notamment par un supporter du nom de Gorgui Ndao, le jeune Mor Sarr poursuit son apprentissage. Son premier combat à Diourbel l’oppose à Maladio N° 2. Une rencontre qui marque le début d’une carrière prometteuse. Dans la capitale du Baol, il se forge un premier palmarès de onze combats, pour dix victoires contre une seule défaite, concédée face à feu Tampon Ndao. Après avoir fait ses preuves à Diourbel, « Super Étoile » rejoint l’écurie Thiaroye-sur-Mer en 2007.
Mais des divergences l’amènent à quitter cette structure avec plusieurs autres lutteurs, parmi lesquels Tidiane Faye, Ness et Feugueleu. Tous prennent alors la direction de Lansar.
À Dakar, « Super Étoile » réussit son entrée en dominant Mitrailleuse de Rock Énergie. Il enchaîne ensuite avec une victoire sur Pithia de Ndakaru, avant de connaître sa première défaite dans la capitale face à Auguste Mbagnick Sène.
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Loin de se décourager, il réagit en venant à bout de Santang Gningue. Cette victoire attire l’attention de Gaston Productions, qui l’engage pour le Claf de la saison 2008-2009. « Super Étoile » y réalise un parcours marqué par un sans-verdict contre Sa Cadior 2 à Louga, une victoire sur Douglas et une défaite devant Yékini Jr. Lors de l’édition suivante du Claf, en 2010, il partage sa poule avec des lutteurs comme Douglas, An 2000…
Cette fois, le pensionnaire de Lansar fait feu de tout bois. Il remporte tous ses combats et se qualifie pour les demi-finales, où il domine Saloum Saloum. En finale, il prend le meilleur sur Garga Mbossé et s’adjuge le trophée du Claf. Ce succès confirme son statut de valeur montante. Il enchaîne ensuite avec une victoire sur Jordan de Pikine avant de s’incliner devant Forza de Fass. Il livre finalement son dernier combat contre Nguer de Pikine.
Au-delà de son palmarès, Super Étoile a surtout marqué les esprits par la violence de ses frappes. Ses victoires par K-O lui ont valu le surnom de « Saigneur » des arènes, un qualificatif qui collait parfaitement à son style de combat. Durant sa carrière, il a enregistré six K-O.
Les premiers sont intervenus en 2007 face à feu Tampon Ndao, en combat remake, et Santang Gningue, surnommé « Le Tigre de Yoff ». En 2009, il en signe également d’autres très impressionnantes devant Douglas de l’école Balla Gaye, Malaw Séras de Pikine Falaye Baldé, etc. Des performances qui ont contribué à construire sa réputation de puncheur redoutable.
Après son combat contre Nguer, « Super Étoile » obtient, en 2017, un visa de dix ans pour les États-Unis. Son projet initial était simple : se rendre au pays de l’Oncle Sam pour s’entraîner avant de revenir au Sénégal. Mais après une première navette, la pandémie de Covid-19, en 2019, bouleverse ses plans.
Les restrictions de voyage l’obligent à rester sur place. Pour subvenir à ses besoins, il enchaîne alors plusieurs petits boulots. « Mon premier job était de collaborer avec un restaurant de prestige aux États-Unis. J’étais chargé de livrer les plats commandés par les clients. J’ai fait ce travail pendant plusieurs mois avant d’arrêter », raconte-t-il.
Agent de sécurité aux Usa
Sa carrure imposante et son expérience dans les sports de combat vont ensuite l’orienter vers un autre métier. En effet, « Super Étoile » se reconvertit dans la sécurité privée. Une activité qu’il exerce depuis bientôt cinq ans et qui lui procure aujourd’hui une réelle satisfaction.
« Je suis devenu agent de sécurité privée depuis bientôt cinq ans. C’est un travail que je ne regrette pas. J’ai pu réaliser beaucoup de choses. J’ai notamment construit deux maisons au Sénégal, amené ma mère en pèlerinage à La Mecque et mis toute ma famille à l’abri du besoin. Je gère également ma vie ici aux États-Unis », se réjouit l’ancien pensionnaire de Lansar.
Aujourd’hui, « Super Étoile » ne regrette donc pas son choix de s’installer aux États-Unis. Il estime même que cette reconversion lui a offert des opportunités qu’il n’avait pas pu saisir durant sa carrière sportive. « Quand j’étais lutteur en activité, je n’avais même pas de parcelle à usage d’habitation. Mes combats étaient espacés et tout ce que je gagnais dans la lutte servait principalement à satisfaire mes besoins et ceux de ma famille. C’est en venant aux États-Unis que j’ai pu réaliser certaines choses », explique-t-il.
Ayant désormais régularisé sa situation administrative, « Super Étoile » peut voyager régulièrement entre les États-Unis et le Sénégal pour retrouver les siens. L’ancien « Saigneur » des arènes a ainsi définitivement tourné la page de la lutte. Mais, même loin de l’arène, il continue de mesurer le chemin parcouru : de ses premiers combats à Diourbel, jusqu’à sa nouvelle vie d’agent de sécurité outre-Atlantique.
Par Abdoulaye DEMBÉLÉ

