Puisque rien, absolument rien, ne tient dans la décision prise par la Caf, essayons d’y voir clair par un raisonnement par l’absurde. Suivons sa logique. Tout ce qui s’est produit après la 98e minute – moment où certains joueurs sénégalais quittent la pelouse après le généreux penalty accordé au Maroc – n’aurait jamais existé. Brahim Diaz n’a jamais tenté – et manqué – sa panenka.
Pape Guèye n’a jamais expédié un missile dans la lucarne de Yassine Bounou. Il n’y a jamais eu ni remise de médailles, ni trophée brandi sous les regards de Motsepe et Infantino, ni la prime de 10 millions de dollars au vainqueur.
Aucun rapport d’arbitre n’a homologué quoi que ce soit. D’ailleurs, Regragui peut revenir reprendre son poste puisqu’il a fait gagner son équipe. Bref, cette finale n’a jamais eu lieu. Rien. Néant. Chimère. Caf(kaeïn), non ?!
Trêve de plaisanterie.
Car si la situation n’était pas aussi grave, elle prêterait presque à rire tant elle flirte avec le vaudeville et le grotesque. La pièce que la Caf donne aujourd’hui à voir au monde est pire qu’un navet et expose à la risée un continent dont le football lutte déjà pour être respecté.
Censée le promouvoir, le valoriser, l’élever, l’instance faîtière semble au contraire s’acharner à en creuser la tombe. Pourquoi ?
Pour plaire et complaire à un pays dont l’influence sur elle ne cesse de croître. En effet, le Maroc, devenu ces dernières années le « sauveur » des compétitions africaines grâce à ses infrastructures modernes, s’est imposé comme solution de repli pour des nations en manque de stades homologués. Dès lors, la Caf joue désormais les débiteurs zélés, les obligés empressés, les obséquieux malavisés envers le Royaume chérifien, et, au passage, envers le président de sa fédération.
Et pendant ce temps, la Fédération royale marocaine de football adopte une posture de façade.
Dans son communiqué publié après la décision du jury d’appel, elle se drape dans la vertu : il ne s’agirait pas de récupérer un trophée, mais simplement de faire respecter les règles. Une ligne de défense qui frôle l’hypocrisie. Car au fond, une seule chose compte pour elle : le trophée. Le voir le lui échapper, chez eux, dans leur stade flambant neuf, sur leurs propres terres, est une humiliation suprême. Une blessure que le Maroc n’a ni digérée, ni acceptée. Et qu’il n’est manifestement pas prêt à oublier. C’est un deuil impossible.
Les scènes de liesse observées à Casablanca et à Marrakech après le verdict de la Caf en disent long. Elles révèlent un traumatisme profond. Une blessure d’orgueil. Une incapacité à accepter qu’un pays offrant un tel écrin au football africain puisse voir le trophée lui filer entre les doigts. Alors on s’accroche à tout. Quitte à sacrifier l’essentiel : l’honneur sportif et l’amour-propre. Dans cette logique, tous les moyens deviennent acceptables pour ramener la coupe à domicile.
Alors, un conseil aux dirigeants sénégalais : veillez bien sur le trophée qui sera exposé le samedi 28 mars au Stade de France, lors du match Sénégal – Pérou. Comme cette maxime qui dit que « qui vole un œuf volera un bœuf », qui vole une serviette pourrait être tenté de voler un trophée.

