Le mardi 16 juin, la France affrontera le Sénégal à New York lors du match d’ouverture du groupe I de la Coupe du monde. À l’approche de la rencontre, “Courrier international” s’est entretenu avec le chef du service Sport du quotidien sénégalais “Le Soleil”, qui décrit l’attente fébrile des supporteurs, vingt-quatre ans après l’exploit retentissant des Lions de la Teranga contre les Bleus.
Pour son premier match de la Coupe du monde aux États-Unis, au Canada et au Mexique, la France sera opposée au Sénégal, le mardi 16 juin, à New York. L’équipe emmenée par Sadio Mané, Kalidou Koulibaly et Ismaïla Sarr a des arguments à faire valoir et compte bien contrarier les ambitions des coéquipiers de Kylian Mbappé.
Journaliste et auteur, Samba Oumar Fall travaille depuis plus de vingt ans pour le quotidien sénégalais Le Soleil, où il a pris les rênes du service des sports. Il a par ailleurs publié deux livres sur le thème du football, notamment un récit du sacre de la sélection sénégalaise lors de la Coupe d’Afrique des nations 2021. Dans un entretien accordé à Courrier International, il évoque la mobilisation de ses équipes pour couvrir la compétition – notamment le parcours du combattant pour permettre à ses reporters de se rendre sur place. L’événement est aussi perçu comme une occasion de faire connaître le journal : une édition spéciale trihebdomadaire sur la Coupe du monde devrait être imprimée et une fan-zone installée non loin du quartier général du Soleil, dans le quartier de Hann, à Dakar. Passées ces considérations, et quand les discussions se concentrent sur le ballon rond, les souvenirs d’un Sénégal-France de mai 2002 ressurgissent.
Nous sommes à quelques jours du début de la Coupe du monde. Pouvez-vous nous décrire l’atmosphère qui règne actuellement au Sénégal ?
C’est l’attente, mais ce n’est pas encore la grande ferveur. Les gens sont dans les derniers préparatifs : ils se procurent les maillots de l’équipe nationale, les font floquer. Il y a des fan-zones qui s’organisent dans plusieurs zones stratégiques au niveau de Dakar mais aussi dans les régions. Les bars aussi s’organisent : on propose, par exemple, le match France-Sénégal à un certain coût avec des “facilités”, c’est-à-dire des repas ou des dégustations. Au-delà des fan-zones, les gens se regroupent chez des amis pour regarder le match en communion.
La Coupe du monde, c’est un grand événement. Tous les matchs sont suivis avec un très grand intérêt, et pas seulement ceux du Sénégal. Il y a des Sénégalais qui supportent la France, le Brésil, l’Espagne… C’est comme ça. Chacun a ses raisons. Cette mentalité existe ici même si quelqu’un qui supporte la France contre le Sénégal ne va pas le dire ouvertement (rires). Et quand l’équipe nationale joue, tout le monde se mobilise.
Cette Coupe du monde se déroule néanmoins dans un contexte particulier. L’administration américaine a un temps envisagé d’instaurer des restrictions à l’entrée visant les citoyens de plusieurs pays africains, dont le Sénégal. Celles-ci semblent avoir été levées, mais cela a-t-il dissuadé certains supporteurs de faire la route pour rallier l’autre rive de l’Atlantique ?
On pensait qu’avec la levée des restrictions ce serait facile. Mais ça ne l’est pas du tout. Ce sera difficile pour les supporteurs d’avoir le visa à temps et de partir pour soutenir l’équipe. Beaucoup de gens se plaignent qu’ils ne parviennent même pas à obtenir un rendez-vous à l’ambassade des États-Unis. Certains visas pour les États-Unis sont à entrée unique, c’est-à-dire que leurs détenteurs ne pourront pas sortir jusqu’à la fin de la compétition [et assister aux rencontres qui se jouent au Mexique ou au Canada]. Même pour les journalistes, décrocher un visa, c’est tout un problème. Par exemple, à l’heure où je vous parle, notre journaliste qui doit se rendre sur place n’a pas encore reçu de visa pour le Canada [le Sénégal disputera son dernier match de poule contre l’Irak à Toronto le 26 juin].
Je ne pense pas qu’il y aura beaucoup de supporteurs du Sénégal qui quitteront le pays pour se rendre aux États-Unis. Donc le Sénégal doit compter sur sa communauté établie aux États-Unis, au Canada et au Mexique pour vraiment soutenir les Lions [surnom de l’équipe sénégalaise]. Le sort a voulu que le Sénégal affronte la France pour son premier match du tournoi, le 16 juin à New York.
Comment cette nouvelle a-t-elle été accueillie par les fans ?
Pour un Sénégalais, jouer contre la France, c’est toujours un plaisir. Ce n’est pas une petite équipe : c’est ce qui se fait de mieux dans le football aujourd’hui. Quand le Sénégal a tiré la France, tout le monde était content. Et vous savez pourquoi… Parce que tout le monde se rappelle la victoire en 2002 [pour leur entrée en lice à la Coupe du monde en Corée du Sud et au Japon, les Lions avaient créé la surprise en battant les Bleus, grandissimes favoris (1-0)]. Il y a des victoires que l’on ne peut pas décrire, c’est comme remporter une Coupe du monde. Je me rappelle, j’étais à Toubakouta [dans le sud du pays]. On avait fêté ça en très grande pompe. Tout le monde était sorti, personne n’avait dormi. Les rues étaient remplies de monde. Pas seulement à Dakar, mais dans toutes les régions du Sénégal. Cela fait partie des plus belles victoires de l’histoire du football sénégalais.
Là, ça va être un match difficile. Mais, vous-même, vous savez que ce n’est plus David contre Goliath. Les choses ont évolué. Le football sénégalais a connu une très grande embellie. Entre-temps, nous avons remporté deux Coupes d’Afrique des nations [le dernier titre remporté au Maroc a été retiré au Sénégal, une affaire désormais portée devant les tribunaux]. Nous avons des joueurs talentueux, de référence, qui évoluent dans de grandes équipes. La France se méfie un peu du Sénégal. Elle va vouloir prendre sa revanche et ne pas réveiller les fantômes de 2002. Je vois un match nul, même si je ne suis pas fort en pronostics (rires). Ce sera un agréable match. On sent une équipe conquérante.
Peut-elle faire mieux qu’en 2002, quand elle avait atteint les quarts de finale ?
Quand vous atteignez les quarts de finale, l’ambition c’est de faire mieux. Cette année-ci, on veut faire mieux que le Maroc et sa demi-finale en 2022… Le Maroc a ouvert une brèche et montré que l’Afrique pouvait dépasser les quarts. Le Sénégal aussi, en tant que champion d’Afrique, veut montrer que le continent peut atteindre la finale pour la première fois.
Source: https://www.courrierinternational.com/notule-source/courrier-international

