Il s’appelait Youssou Diouf. Il était attaquant à l’As Saloum (Ligue 2 sénégalaise) dont il était l’un des grands espoirs. Mais cela est dérisoire quand on se place du côté de ses proches. Il avait une famille, des rêves, toute une vie devant lui, avant d’être emporté par la grande faucheuse, toujours aussi impitoyable, il y a quelques jours.Avant Youssou Diouf, il y a eu Fadiouf Ndiaye, capitaine de l’Us Ouakam, emporté lui aussi par un malaise le 17 mai 2025. Un peu plus d’un mois avant, c’était Papi Goudiaby, joueur de l’Académie Avenir Foot de Dakar, qui succombait en plein match amical face à Be Sport Academy, au terrain du Cfpt. La liste macabre s’allonge, et malheureusement, les responsabilités ne sont pas situées.
On est au Sénégal, le pays du relativisme. La foi dicte la plupart des comportements. Et même face aux drames, on se console dans l’obligation d’accepter le fameux « ndogal ». Cependant, quand une série pareille se poursuit, il faut obligatoirement en connaitre les causes.
Au-delà de l’émotion et des hommages, une question dérangeante s’impose : pourquoi ? Depuis plusieurs années, des cas de malaise sont signalés dans le football local. Et malheureusement, il y a eu la perte de ce qu’on a de plus précieux : la vie humaine. Ce qu’on semble ignorer, c’est que la plupart du temps, les premières minutes sont décisives, une prise en charge rapide peut faire la différence entre la vie et la mort. Pourtant, la Fifa demande d’avoir des Défibrillateurs Automatisés Externes (Dae) sur tous les sites d’entrainement et de compétition afin de traiter les arrêts cardiaques. Pourquoi ? La réponse est simple : l’utilisation d’un Dae augmente les chances de survie de 90 % s’il est utilisé dans les trois premières minutes après l’arrêt cardiaque. Donc, la Ligue sénégalaise de football professionnel (Lsfp) et la Fédération sénégalaise de football (Fsf) doivent veiller à ce que tous les clubs professionnels se dotent de cet outil vital dans la vie d’une équipe de football. Il en va de la survie des joueurs. Néanmoins, dans certains clubs dits « professionnels », la visite médicale est négligée, au point de laisser passer des joueurs qui peuvent présenter des risques de malaise à tout moment. Dans de nombreux stades, les défibrillateurs sont absents ou indisponibles. Les équipes médicales sont parfois réduites au strict minimum, et l’improvisation devient la seule réponse face à l’urgence. Le fameux « taf yëngël » est la norme, non ?
Chaque drame provoque l’émotion, la compassion, les messages de soutien. Toutefois, une fois les hommages rendus, le système reste souvent le même, et le football continue de se jouer avec les mêmes insuffisances.
Il ne s’agit pas de chercher les coupables, mais de poser une responsabilité collective. La vie d’un footballeur, d’un être humain, ne devrait jamais dépendre du hasard ou de l’absence d’un équipement qui peut sauver une vie.
Derrière chaque maillot, chaque numéro, il y a un fils, un frère, un ami, un jeune qui est venu jouer au football, pas pour risquer sa vie. Les terrains de football ne doivent pas être des mouroirs à ciel ouvert.
Et au fond, la question reste entière : le football sénégalais est-il prêt à tirer les leçons de ces drames, ou faudrait-il attendre un autre malaise pour agir ?
Malheureusement, le Sénégal semble parfois oublier les enseignements des tragédies. L’exemple le plus frappant est celui du naufrage du bateau le Joola, le 26 septembre 2002, causant près de 2000 morts. L’embarcation était surchargée jusqu’à trois fois sa capacité. Et pourtant, aujourd’hui, on continue de surcharger les bus, les pirogues, les bateaux, bref tous les moyens de transport, aux risques et périls des pauvres passagers.
Le problème semble donc plus sociologique qu’autre chose. Il faudra donc que les dirigeants prennent leurs responsabilités pour pousser les clubs à agir avec plus de responsabilités. Il n’y a rien de plus précieux que la vie humaine, donc la préserver mérite tous les efforts. Les terrains de football sont faits pour célébrer des buts et des exploits, pas pour pleurer des vies perdues. Si rien ne change, alors chaque coup d’envoi portera malheureusement une question silencieuse, presque morbide : qui sera le prochain ?

