Le poème Jālibatoul-Marāghib compte parmi les plus éminentes compositions consacrées à la prière sur le Prophète dans l’œuvre de l’imam, gnostique de Dieu et rénovateur de l’éducation islamique en Afrique de l’Ouest, Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul (qu’Allah soit satisfait de lui). Il constitue l’un des joyaux de son héritage poétique et l’une de ses œuvres les plus célèbres, où se conjuguent la glorification d’Allah, les bénédictions et les salutations sur le Prophète Muḥammad (paix et salut sur lui), l’éducation spirituelle, la purification de l’âme, l’invocation, la gratitude et l’élévation morale.
Composé en bahrour rajaz, réputé pour sa fluidité, sa facilité de mémorisation et son usage fréquent dans les œuvres pédagogiques, ce poème déploie des vers d’une remarquable harmonie, alliant la noblesse du style, la puissance de l’expression et la profondeur des significations. Dans la plupart des manuscrits, il comprend environ cinq cent trente vers, avec de légères variantes selon les différentes copies et traditions manuscrites.
Sa composition durant l’exil maritime
Selon les récits transmis au sein de la tradition mouride, Cheikh Ahmadou Bamba composa ce poème béni durant son exil maritime en 1316 de l’Hégire, l’une des épreuves les plus difficiles qu’il eut à traverser dans sa mission d’appel à Allah.
La tradition rapporte qu’après avoir achevé sa composition, il le jeta à la mer en déclarant, en substance : « si Elle reviens sain et sauf, sachez que cette œuvre aura été agréée par Allah. » Ce récit est notamment rapporté par le grand poète Cheikh Moussa Ka dans son ouvrage Jazāʾ al-Shakūr fī al-Ghaybah al-Baḥriyyah, consacré aux événements de cette période de la vie du Cheikh.
Par la suite, lors de son exil terrestre en Mauritanie, le Cheikh reprit ce poème, le révisa, l’enrichit et en établit une version définitive. Il l’adressa ensuite à son disciple éducateur Serigne Balla Falli Dieng
, afin qu’il serve de véritable manuel d’éducation spirituelle pour former les disciples à l’amour d’Allah et de Son Messager, à la rectitude, au rappel constant de Dieu et à l’excellence du comportement.
La tradition rapporte également qu’après son installation à Diourbel, le Cheikh vit le poème entre les mains de Serigne Afia Bousso. Il y ajouta alors une Introduction contenant des invocations en faveur du bonheur, de la bénédiction et du bien-être dans ce monde et dans l’au-delà, afin d’en parfaire les bienfaits spirituels et les objectifs éducatifs.
Les thèmes et les enseignements du poème
Jālibatoul-Marāghib se distingue par la richesse de ses thèmes et la profondeur de ses enseignements, au point de constituer une véritable école d’éducation spirituelle et morale. Parmi ses principaux axes figurent :
les prières et salutations sur le Prophète Muḥammad (paix et salut sur lui), sa noble famille et ses illustres Compagnons ;
l’éloge des vertus, des qualités parfaites et de l’éminente dignité du Prophète auprès de son Seigneur ;
la mise en valeur des mérites des Compagnons, gardiens et transmetteurs du Message islamique ;
l’union harmonieuse des prières prophétiques et des panégyriques du Messager dans une expression poétique d’une grande beauté ;
l’affirmation du pur monothéisme (tawḥīd), l’exclusivité de l’adoration due à Allah, Sa transcendance absolue et la perfection de Ses attributs ;
la louange et la gratitude envers Allah pour Ses innombrables bienfaits ;
les invocations en faveur de l’ensemble des croyants, ainsi que de ceux qui lisent ou récitent régulièrement ce poème. Les prières adressées au lecteur y reviennent à plus d’une trentaine de reprises, témoignant de la sollicitude spirituelle du Cheikh envers ceux qui s’y attachent.
Sa valeur éducative et spirituelle
Ce poème représente l’un des textes éducatifs majeurs du patrimoine khadimien. Il réunit la prière sur le Prophète, le rappel d’Allah, l’amour divin, l’invocation, le monothéisme et la purification de l’âme. Il nourrit dans le cœur du lecteur la vénération d’Allah, l’amour du Messager (paix et salut sur lui), l’attachement aux rites de la religion ainsi que les plus nobles vertus morales.
C’est pourquoi les maîtres de l’éducation spirituelle de la voie mouride lui ont accordé une attention particulière : ils l’ont mémorisé, enseigné, récité et transmis de génération en génération, le considérant comme un texte d’une grande efficacité pour discipliner l’âme, renforcer le lien avec Allah, affermir la sincérité, développer la confiance en Dieu et favoriser l’imitation fidèle du Prophète Muḥammad (paix et salut sur lui).
Les générations successives de la communauté mouride rapportent également de nombreux témoignages concernant les bénédictions et les fruits spirituels qu’elles ont observés à travers la récitation assidue de ce poème. Elles estiment que sa lecture régulière, accomplie avec sincérité et accompagnée d’une mise en pratique des enseignements qu’il renferme — le monothéisme, le rappel de Dieu et la droiture — constitue, par la grâce d’Allah, une cause de réforme intérieure, de stabilité spirituelle et d’élévation sur les degrés de la foi et de l’excellence (iḥsān). Ces bienfaits sont évoqués dans le cadre de la tradition spirituelle transmise au sein de la voie mouride, tout en affirmant que toute grâce et toute réussite proviennent exclusivement d’Allah, le Très-Haut, seul Guide vers la voie droite.
Ainsi, Jālibat al-Marāghib demeure l’un des plus grands poèmes consacrés aux prières sur le Prophète composés par Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul (qu’Allah soit satisfait de lui). Il constitue également l’un des monuments les plus prestigieux de la littérature islamique et de l’éducation spirituelle dans le patrimoine mouride, tant par la pureté de sa doctrine, la sincérité de son amour pour le Prophète, la beauté de sa confiance en Allah, l’abondance de ses bénédictions prophétiques, la profondeur de ses invocations que par la noblesse de ses finalités. À ce titre, il demeure l’un des plus précieux héritages scientifiques, éducatifs et spirituels légués par le Cheikh à la communauté musulmane.
Serigne Bassirou TOURE
Serviteur des poèmes khadimiens.


