Le poème « Wa Laqad Karramnâ » figure parmi les chefs-d’œuvre des compositions maritimes à caractère supplicatoire du Dîwân khadimien. Il appartient aux dernières œuvres composées par Cheikh Ahmadou Bamba, le Serviteur du Prophète (Khadîmu ar-Rasûl) — qu’Allah l’agrée — durant la période de son exil maritime. Le Cheikh le composa au mois de Rabî‘ al-Awwal de l’année 1320 de l’Hégire, avant de revenir, au mois de Sha‘bân de la même année, de cette traversée maritime vers sa terre natale.
Ce poème béni est composé de quatre-vingt-six vers, Baḥroul-Basît. Le nombre de ses vers correspond également à la valeur numérique du Nom divin « Badî‘h » (Le Créateur sublime, Celui qui produit les merveilles). Cette correspondance renferme de belles subtilités et des significations profondes : elle semble évoquer les merveilles de la composition poétique, la perfection de l’agencement et l’harmonie de l’expression. Le Cheikh y a réuni la pureté de la foi en l’Unicité divine, la sincérité de l’humilité devant Dieu, la beauté de la supplication et l’immense amour porté au Prophète Muhammad — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui.
Le thème central de cette œuvre est l’orientation totale vers Allah Très-Haut par l’invocation et la supplication. C’est la prière d’un serviteur qui a reconnu sa pauvreté spirituelle devant son Seigneur, pris conscience de sa faiblesse et s’est réfugié auprès de la porte de la générosité divine, en réunissant les deux dimensions de l’invocation : l’adoration d’Allah et la demande adressée à Lui.
Ainsi, les vers du poème témoignent de l’Unicité absolue de Dieu, de la perfection de Sa puissance, de la dépendance totale des créatures envers Lui, ainsi que de la beauté de l’espérance placée en Sa miséricorde et en Sa grâce.
Parmi les passages les plus éloquents de cette œuvre, le Cheikh dit :
« Fais que mon retour auprès de mon peuple soit notre bonheur,
et préserve-nous, au Jour du rassemblement des créatures, des flammes de l’Enfer. »
Par ces paroles, il ne demande pas simplement un retour auprès des siens ; il implore plutôt un retour accompagné de bonheur, de bénédictions et de bienfaits, un retour qui devienne une source de profit pour lui-même et pour son peuple. Puis sa supplication s’élève vers la plus grande des demandes : le salut dans l’au-delà, au Jour où les hommes comparaîtront devant le Seigneur des mondes.
Parmi les perles de ce poème figure également ce vers :
« Par la dignité du Bien-Aimé, dont je suis devenu le serviteur,
par la poésie et la prose, par la prose rimée et par la mesure. »
Dans ce passage, le Cheikh affirme l’honneur de son service envers le Prophète Muhammad — paix et bénédictions sur lui — et montre que sa plume, dans la poésie comme dans la prose, dans la beauté du style comme dans la rigueur de la métrique, a été entièrement consacrée à l’amour du Maître des créatures, à son service et à son éloge.
Ce poème rassemble ainsi de grands degrés spirituels : le degré de l’Unicité divine (tawhîd), celui de la servitude parfaite (‘ubûdiyya), celui de l’espérance en Dieu (rajâ’) et celui de l’amour prophétique (maḥabba nabawiyya). Il ne constitue donc pas seulement une série de vers d’invocation ; il représente une véritable école éducative et spirituelle qui enseigne au disciple comment se tourner vers Allah, comment se tenir humblement devant Sa porte en reconnaissant sa pauvreté, et comment faire de l’amour du Prophète — paix et bénédictions sur lui — un chemin vers une proximité plus grande avec le Seigneur Très-Haut.
C’est pourquoi ce poème est considéré comme l’une des œuvres bénies du patrimoine khadimien. Les gens de l’amour spirituel y trouvent des souffles de supplication et d’espérance, et ils s’attachent à ses significations dans la recherche des bienfaits, la demande de protection contre les épreuves et la quête de la miséricorde et de la bénédiction divine. Cela est dû à la sincérité de son orientation vers Allah et à la grandeur de son attachement au rang noble de Son Messager, le Prophète Muhammad — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui.
Il est donc véritablement l’un des joyaux du patrimoine khadimien. Il témoigne de l’élévation spirituelle de son auteur, de la profondeur de sa connaissance d’Allah et de la force de son attachement au noble rang prophétique. En lui se rencontrent la beauté de la forme et la noblesse du sens : il est un poème admirable par sa composition, sublime par ses finalités et béni par ses effets spirituels.
Bachirou Touré
Serviteur des poèmes khadimiens


