Du 14 au 20 septembre 2026, des femmes rurales de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest se retrouvent dans le cadre du CIFAP 5, au centre agroécologique Karonghen de Niaguis, dans le département de Ziguinchor autour d’un même défi : produire autrement pour nourrir durablement les populations.
ZIGUINCHOR- Au centre Karonghen, le décor invite à une autre manière de penser l’agriculture. Dans cet espace agroécologique niché au cœur de la commune de Niaguis, les savoirs paysans, la préservation des ressources naturelles et les techniques de production durable se conjuguent au quotidien. C’est ici que des femmes venues du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, de la Gambie, de la Guinée-Bissau, de la Guinée, du Mali, du Togo et du Sénégal ont choisi de poser leurs valises pour apprendre, partager et surtout construire des solutions face aux défis alimentaires.
Organisée à l’initiative du mouvement panafricain des femmes rurales « Nous sommes la solution », cette cinquième édition du Camp international de formation sur l’agroécologie paysanne (Cifap), est consacrée aux « techniques de conduite de la production avicole en agroécologie paysanne ».
Pendant une semaine, les participantes vont explorer des pratiques d’élevage respectueuses de l’environnement, économiquement accessibles et adaptées aux réalités des communautés rurales. Présidant la cérémonie d’ouverture, l’adjoint au sous-préfet de l’arrondissement de Niaguis, Idy Gomel Bâ, a salué l’engagement des femmes rurales. « Votre mouvement mérite d’être davantage entendu. L’élevage de volailles contribue directement à la santé de nos enfants, tandis que l’agroécologie permet de valoriser nos terres et de préserver la biodiversité », a-t-il souligné. Pour lui, la souveraineté alimentaire passe nécessairement par la valorisation de l’agriculture familiale. « Pour vaincre l’insécurité alimentaire, nous devons miser sur une agriculture paysanne capable de créer de la richesse. Ce Camp est un véritable espace de co-construction de notre avenir. Profitez-en pour apprendre et devenez, chacune dans vos communautés, des ambassadrices de la souveraineté alimentaire », a insisté M. Bâ.
Repenser les modèles de production
À la tête du mouvement « Nous sommes la solution », Mariama Sonko veut faire de cette rencontre un nouveau point de départ. « La souveraineté alimentaire est à notre portée, mais il faut oser changer et s’engager résolument dans l’agroécologie pour préserver les ressources naturelles de nos pays », a-t-elle déclaré. Le choix de l’aviculture n’est pas fortuit. « Pour cette cinquième édition du CIFAP, nous avons décidé de mettre l’accent sur les bonnes pratiques agroécologiques dans l’élevage de volailles. C’est un thème essentiel, car nous devons repenser nos modes de production et retrouver des pratiques inspirées des savoir-faire de nos parents, sans engager des dépenses excessives », a expliqué Mariama Sonko. Dans les salles du centre Karonghen, cette ambition trouve un écho particulier auprès des populations locales.
Le chef de village de Niaguis et président de l’Association des chefs de villages de l’arrondissement, Alassane Ndiaye, voit dans cette dynamique une véritable révolution rurale. « Nous sommes les témoins des progrès accomplis par les femmes de “Nous sommes la solution”. Cette révolution est porteuse d’espoir et ne doit surtout pas s’arrêter », a-t-il affirmé. Venue de Guinée, Fanta Condé, doyenne du groupe, porte elle aussi cette conviction. « Nous devons transformer nos pratiques agricoles pour aller vers une agriculture saine, rentable et respectueuse de l’environnement, capable de répondre aux besoins des générations futures. Nous, les femmes de “Nous sommes la solution”, pouvons changer la donne. Nous ne devons pas abandonner ce combat », a-t-elle martelé. À Niaguis, les échanges ne se limitent donc pas à une simple formation. Ils dessinent les contours d’une agriculture africaine plus autonome, où la femme rurale devient à la fois productrice, gardienne des ressources naturelles et actrice de la souveraineté alimentaire.
Gaustin DIATTA (Correspondant)


