Le 6 février 2022 dépasse le simple cadre d’un anniversaire. À Yaoundé, le Sénégal tournait une page en conquérant enfin sa première Coupe d’Afrique des Nations face à l’Égypte. Ce sacre inaugural a ouvert un cycle nouveau. Quatre ans plus tard, le 18 janvier 2026 au Maroc, les Lions confirmaient leur ascension avec une deuxième étoile. Entre ces deux sacres, le football sénégalais a vécu ses « cinq glorieuses », la période la plus faste de son histoire.
Ces cinq glorieuses du football sénégalais ne se résume pas à une accumulation de trophées. Elles racontent la maturation d’un projet sportif bâti sur la continuité, l’organisation et la formation. De la désillusion fondatrice de 2019 aux triomphes continentaux en cascade, le Sénégal a progressivement installé une culture de la gagne dans les différentes catégories. Une dynamique où chaque victoire a renforcé la suivante, jusqu’à inscrire durablement le pays au sommet du football africain.
Une machine structurée et performante
Depuis l’arrivée d’Augustin Senghor à la présidence de la Fédération Sénégalaise de Football en 2009, puis sa succession par Abdoulaye Fall en 2025, le football sénégalais s’est structuré autour d’une vision cohérente et ambitieuse. D’abord sur le plan logistique : participation régulière aux compétitions africaines, meilleure anticipation des déplacements, affrètement de vols spéciaux par l’État. En Afrique, la performance passe aussi par la maîtrise des détails invisibles.
Ensuite, une politique de continuité technique a été instaurée sous la houlette de Mayacine Mar, directeur technique national. Les staffs des différentes sélections travaillent en complémentarité. Un joueur formé en U17 progresse vers les U20 puis les U23 avec un socle commun d’exigence. Cette passerelle permanente a porté ses fruits en 2023, année exceptionnelle : sacre au CHAN en Algérie sous Pape Thiaw, CAN U20 en Égypte, CAN U17, CAN Beach Soccer au Mozambique. Quatre titres continentaux en une année, du jamais-vu.
L’apport des académies de foot
Les infrastructures ont également joué un rôle déterminant. Les centres techniques de Toubab Dialaw et de Guéréo offrent aux sélections des conditions de préparation optimales. À cela s’ajoute le travail des académies comme Génération Foot, Diambars, Dakar Sacré-Coeur, Oslo FC, Darou Salam, Ajel, Keur Madior…véritables pépinières de talents, sans oublier les terrains de proximité et l’action de la CONEF (Coordination nationale des écoles de football) qui structurent la base.
Le deuxième titre continental en 2026 vient consacrer ce modèle. Malgré le renouvellement générationnel, une ossature issue de 2022 demeure, symbole de continuité et de culture de la gagne. En cinq ans de domination, le Sénégal n’a pas seulement soulevé des trophées ; il a installé une méthode, une exigence et une ambition durable. Ces « cinq glorieuses » racontent plus qu’une série de victoires. Elles incarnent la maturité d’un football sénégalais qui a appris de ses échecs pour bâtir un palmarès digne des plus grands.
Par Cheikh Gora DIOP


