Créés respectivement en 1965, 1969 et 2014, le Centre polyvalent de Thiaroye (Cpt), le Centre de sauvegarde de Pikine-Guédiawaye (Cspg) et le Centre de premier accueil (Cpa) de Dakar sont devenus le refuge de milliers de mineurs en conflit avec la loi ou victimes des agissements délictueux de leurs proches. Immersion dans un « monde à part » de rééducation, de formation et de conscientisation, avec un personnel dévoué mais confronté à la problématique de la réinsertion des mineurs, à la modernisation des équipements et du cadre de travail, ainsi qu’à une faible capacité d’accueil devant la forte demande.
À l’intérieur de l’hôpital psychiatrique de Thiaroye, à une dizaine de mètres de l’entrée principale, sur la droite, une route sablonneuse mène au centre polyvalent. Il est 9 h 55. Un calme plat y règne. Les élèves sont en classe. Seuls trois chats traînent aux alentours de la cuisine. Deux techniciens de surface, en tenue de travail, poussent des chariots-poubelles dans une grande cour entourée d’arbres.
La visite guidée, menée par la directrice Aminata Boye Ndiaye, commence par le dortoir, qui a une capacité d’accueil de 20 places mais est occupé par 26 mineurs. À côté, est installée la chambre de l’éducateur de permanence qui dispose d’une fenêtre donnant sur le dortoir.
Dans les classes de l’école primaire, les élèves sont en composition. En sortant du Ce1, on entend un instituteur donner comme consigne : « Soulignez les sources d’eau potable ».
En troisième année de restauration, vêtus de blouses blanches et de bonnets assortis, les élèves sont devant leurs ustensiles et n’attendent que le top départ pour l’exercice portant sur une bûche de Noël.
Au fond de la salle de troisième année de couture, Khadidjatou Maïga, ancienne pensionnaire, dispense des cours avec le sourire.
Le Centre polyvalent de Thiaroye (Cpt), souligne sa directrice Aminata Boye Ndiaye, conseillère en travail social, a été créé en 1965 sous la dénomination initiale de centre de tri, rattaché au ministère de la Santé. Plus tard, avec le changement de tutelle, il est rattaché au ministère de la Justice en 1996 et prend sa dénomination actuelle.
Le centre a pour mission la protection, la rééducation et la formation des mineurs en conflit avec la loi, des mineurs victimes ou témoins, ainsi que des jeunes majeurs de moins de 21 ans en danger, accueillis sous les régimes de l’internat et du demi-pensionnat. Sa capacité d’accueil est de 400 mineurs.
Le Cpt dispose d’une section scolaire allant du Ci au Cm2, d’un volet d’enseignement professionnel avec les filières restauration, couture et coiffure, ainsi que d’un internat et d’un foyer socio-éducatif. Tous les mineurs de l’internat y ont été placés par décision du juge compétent.
Mme Ndiaye précise que tout enfant admis au centre dispose d’une ordonnance de garde provisoire délivrée par le juge des tribunaux pour enfants, ainsi que d’une mesure d’Action éducative en milieu ouvert (Aemo) du ressort.
Cela signifie que, pour qu’un enfant puisse intégrer le centre, le tuteur doit se rendre à l’Aemo et solliciter une demande d’assistance éducative pour le placement de l’enfant en internat ou en demi-pensionnat. Après l’internat, l’Aemo est chargée du suivi de l’enfant.
Concernant le personnel, le Cpt fonctionne avec des éducateurs spécialisés, des travailleurs sociaux, des cuisinières, des lingères, des enseignants, des maîtres d’enseignement technique professionnel, des techniciens horticoles, etc.
Conditions d’accès
Au niveau des résultats scolaires, pour la section élémentaire, l’année 2023-2024 a enregistré un taux de réussite de 46,42 % au Cfee et de 88,88 % à l’entrée en sixième. En 2024-2025, les statistiques font état de 48,57 % au Cfee et de 67,85 % à l’entrée en sixième.
Pour la section de l’enseignement technique professionnel, options restauration et couture, les années 2023-2024 et 2024-2025 affichent un taux de réussite de 100 % au Cap d’État.
S’agissant de la réinsertion des mineurs qui demeure le plus grand défi, Mme Ndiaye indique que le Cpt appuie parfois ses anciens élèves en les dotant de machines à coudre, de matériel de cuisine ou de kits de coiffure.
« Nous avons des élèves comme Khadidjatou Maïga ou Sokhna Fall. Cette dernière travaille chez Gora Athié. Elles ont pu tirer leur épingle du jeu. Si je devais donner un chiffre approximatif, je dirais que 50 % s’en sortent», apprécie la directrice.
Le meilleur accomplissement depuis son arrivée en novembre 2019 reste la réussite de Khadidjatou Maïga. Elle a très tôt décelé chez cette fillette de huit ans un charisme et un potentiel énormes.
L’enfant était difficile et vivait un drame familial lié au divorce de ses parents, mais toute l’équipe l’a accompagnée pour l’aider à s’en sortir.
En 2021, elle a été la seule et première fille de l’internat admise au Cap couture. Aujourd’hui, à l’occasion de certaines fêtes, elle confectionne les tenues des filles de l’internat.
Les principaux défis à relever demeurent l’accompagnement à la réinsertion et la dotation en ressources humaines, tant en quantité qu’en qualité. La norme internationale recommande un éducateur pour sept mineurs, alors que le Cpt compte un éducateur pour 30 mineurs.
Au-delà de l’internat, un suivi externe est également nécessaire.
Parmi les difficultés, la directrice évoque les problèmes d’assainissement, le refus de collaboration de certains parents qui ne rendent pas visite à leurs enfants placés en internat.
« Nous avons actuellement un cas : même pour les fêtes religieuses comme la Tabaski ou la Korité, une mère refuse de venir chercher son enfant. Nous avons été obligés de le mettre dans la voiture de l’éducateur spécialisé pour le ramener chez elle », s’offusque Mme Ndiaye.
S’y ajoutent des infrastructures inadaptées, marquées par l’exiguïté des salles de classe et de la cuisine, des difficultés de mobilité et l’absence de réfectoire.
Elle suggère ainsi une construction en hauteur et l’agrandissement des salles de classe, ce qui permettrait de doubler la capacité d’accueil.
Concernant les partenaires, le centre est appuyé par le Programme d’amélioration de l’accès et de la qualité des services socio-éducatifs de protection de l’enfance (Paq-Spe) de la Coopération canadienne.
Par Hadja Diaw GAYE et Assane SOW (photos)

