Créé en 1969, le Centre de sauvegarde de Pikine-Guédiawaye accueille des mineurs en conflit avec la loi, en danger ou en situation de grande vulnérabilité. Malgré une capacité officielle de 1 000 places, la structure héberge aujourd’hui 1 408 pensionnaires. Entre efforts de formation, accompagnement familial et défis liés à la surpopulation et au manque de moyens, immersion dans un centre qui tente, au quotidien, de redonner espoir à des centaines d’enfants et de jeunes.
Il est 11 h 02. C’est la récréation au Centre de sauvegarde de Pikine-Guédiawaye, situé sur la route de Golf-Sud. Du monde, des cris, du bruit et des rires grouillent dans la cour des ateliers et des salles de classe.
Devant le bloc administratif, cinq jeunes filles s’approchent de la secrétaire de la directrice et lui font les yeux doux pour obtenir un ballon de basket. « Quoi, un ballon ? Allez réviser ! Je ne sais pas ce qu’elles ont, ces filles. Elles ne veulent pas aller à la bibliothèque, comme s’il y avait là-bas un serpent venimeux ». Le refus est catégorique. Les petites n’insistent pas et rejoignent leurs camarades sous un arbre.
À l’infirmerie, le personnel vient d’en finir avec la dernière patiente, après une série de syncopes. « C’est fréquent ici. Curieusement, quand une tombe, d’autres la suivent. Nous étions débordées, surtout qu’il n’y a que des filles à l’infirmerie », confie l’infirmière.
En classe de Cem 1, c’est l’heure du petit-déjeuner. Sur les tables-bancs, les cahiers cèdent la place aux tasses et aux pains, au grand bonheur des pensionnaires. La direction a opté pour ce format, car c’est le seul moyen d’avoir tous les élèves en place.
Mme Mame Ngosse Béye Sène, directrice du Centre de sauvegarde de Pikine-Guédiawaye (Cspg) et éducatrice spécialisée, a pris service en 2011 et a été nommée directrice en 2023.
Le Cspg qui a ouvert ses portes en février 1969 a pour mission d’accueillir, sur décision judiciaire et sous le régime du demi-pensionnat, des mineurs en conflit avec la loi, des mineurs victimes ou témoins, ainsi que des jeunes majeurs de moins de 21 ans en situation de danger.
Le centre dispose officiellement d’une capacité d’accueil de 1 000 mineurs, mais en compte actuellement 1 408, répartis dans différentes sections.À l’élémentaire, on dénombre 204 enfants, dont 110 garçons et 94 filles.Au niveau moyen-secondaire, ils sont 702, soit 327 garçons et 375 filles.Dans l’enseignement technique professionnel, la filière restauration accueille 101 filles, tandis que la couture en compte 78.
L’initiation à la formation professionnelle qui regroupe les ateliers de froid-climatisation, électricité et bâtiment compte 323 mineurs, dont 311 garçons et 12 filles.En matière d’offres éducatives, le centre propose l’enseignement général, l’enseignement technique professionnel, l’initiation et la formation professionnelle, ainsi que des activités socio-éducatives et sportives.Concernant le personnel, le Centre compte 64 agents.Dans la section de l’enseignement technique professionnel, les maîtres d’enseignement technique dispensent des cours de couture et de restauration.
Les familles au cœur de l’action
Au bloc scolaire, comprenant la sous-section primaire et le moyen général, interviennent des enseignants et des professeurs.Le Cspg dispose également d’un technicien horticole, d’un moniteur en froid-climatisation, électricité, bâtiment et sérigraphie, de formateurs, de maîtres artisans, de cuisinières, d’agents de service, de techniciens de surface, ainsi que de trois Asp.
Pour les années 2023, 2024 et 2025, les taux de réussite s’élèvent respectivement à 63,7 %, 77,31 % et 77,07 %.Comme dans les autres centres, la réinsertion demeure problématique. Une fois la mesure de garde de l’enfant modifiée, explique Mme Sène, celui-ci est remis à ses tuteurs, avec ou sans suivi de l’Action éducative en milieu ouvert (Aemo).« Parfois, des sortants viennent nous dire ce qu’ils sont devenus, mais le centre ne dispose d’aucune donnée statistique pour ce volet pourtant d’une importance capitale », déplore-t-elle.Les familles, insiste Mme Sène, sont au cœur de l’action. Pour intégrer le centre, l’enfant doit être accompagné de l’un de ses parents ou de son tuteur.Une fois admis, l’administration est tenue d’organiser des visites à domicile qui nécessitent un suivi au niveau familial. Pour certaines activités, le centre doit également solliciter l’autorisation parentale.
Les cas d’enfants victimes d’abus sexuels laissent « des nœuds à l’estomac » de la directrice, « parce qu’il s’agit d’êtres innocents dont la dignité a été profondément atteinte et qui sont difficiles à prendre en charge. Leur accompagnement nécessite un travail sur l’enfant, ses proches et son entourage. Il faut une bonne stratégie pour parvenir à des résultats », estime Mme Sène.
Elle souligne toutefois un motif de satisfaction : la création d’une nouvelle filière en « froid-climatisation-électricité-bâtiment », gérée par une femme dotée d’un grand entregent, qui parvient, comme par un coup de baguette magique, à trouver du travail à la quasi-totalité de ses élèves.« Avec les nouveaux métiers, la réinsertion est plus facile comparée à d’autres corps de métier », se réjouit la directrice.Cependant, des défis demeurent, notamment la modernisation des ateliers, où l’équipement lourd fait défaut, ainsi que le manque de personnel qualifié.
La majorité des formateurs sont des maîtres artisans présents depuis de nombreuses années. Ils maîtrisent la pratique, mais la faiblesse se situe au niveau théorique.« Au 21ᵉ siècle, avec le numérique, le monde évolue en permanence. Si l’on ne suit pas le mouvement, on est laissé en rade. Il nous faut moderniser notre cadre, augmenter la capacité d’accueil – car la liste d’attente est longue – et diversifier nos offres », plaide Mme Mame Ngosse Béye Sène.
Par Hadja Diaw GAYE

