Alors que le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique visite aujourd’hui, la décharge de Mbeubeuss, les récupérateurs redoutent d’être les oubliés du projet de réhabilitation. Derrière les promesses de modernisation, plus de 3.000 vies restent suspendues aux actions du Projet de promotion de la gestion intégrée et de l’économie des déchets solides (Promoged).
Dès les premières heures de cette matinée du dimanche 4 janvier, des silhouettes se dessinent sur les montagnes d’ordures. À la décharge de Mbeubeuss, la journée commence toujours dans l’urgence : fouiller, trier, récupérer avant les autres. L’idée est de chercher de la matière plastique, une pièce de métal, un bout de carton… Ce lundi 5 janvier 2026, le site accueille la visite du ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Dr Abdourahmane Diouf. Mais vingt-quatre heures plus tôt, l’angoisse était palpable.
Ils sont plus de 3.000 récupérateurs, hommes, femmes, parfois enfants, à dépendre entièrement de ce site exploité depuis 1968. Pour eux, la réhabilitation annoncée rime moins avec espoir qu’avec incertitude. Assis sur un monticule de déchets, le regard perdu vers l’horizon gris de fumée, Mouhamadou Wade, secrétaire général de l’Association des récupérateurs de Mbeubeuss, observe le site avec inquiétude.
La quarantaine, silhouette fine, voix ferme mais fatiguée, il fait le lien entre les récupérateurs et le Projet de promotion de la gestion intégrée et de l’économie des déchets solides (Promoged). «La plupart des récupérateurs ont moins de 40 ans, mais il y a aussi des personnes âgées. On nous dit que la réhabilitation va respecter les normes environnementales, mais pour beaucoup d’entre nous, cela signifie le chômage. Le projet ne peut pas recycler tout le monde. Nous avons appris que seuls 500 récupérateurs seront recrutés. Où iront les 2.500 autres ? », s’interroge-t-il, la voix chargée d’amertume.
« Concurrence déloyale »
Le Projet de promotion de la gestion intégrée et de l’économie des déchets solides (Promoged), censé transformer cette immense décharge à ciel ouvert en un site moderne, ne prévoirait qu’une intégration partielle des travailleurs informels, selon les récupérateurs. « On nous parle de modernisation, mais pour nous, cela ressemble à une exclusion », souffle Ibrahima Kanté, sac usé sur le dos, mains noircies par des années de tri. À Mbeubeuss, le décor est presque irréel.
Des fumées toxiques s’élèvent en continu, les odeurs suffocantes collent à la peau tandis que la poussière brûle les poumons. Les feux, spontanés ou provoqués, sont quotidiens. Ici, microbes, fumée et blessures font partie du quotidien. « Nous avons des problèmes de santé permanents. La poussière, la fumée, les microbes… les dangers nous guettent chaque jour », prévient Mouhamadou Wade. Pour lutter contre les affres de la précarité, les récupérateurs, aussi appelés «Boudiouman », ont créé une coopérative. « L’État nous a donné un agrément depuis l’ancien régime, mais nous attendons toujours un accompagnement réel, surtout pour nos personnes retraitées », déplore M. Wade.
Au-delà de la peur du chômage, les récupérateurs dénoncent une concurrence jugée déloyale. Selon eux, certaines entreprises installées sur le site accaparent la matière première. « Le kilo de déchets qui se vendait à 100 FCfa est aujourd’hui acheté à moins de 50 FCfa par des sociétés étrangères, notamment chinoises. Ces déchets sont transformés et exportés. C’est une démarche qui risque de faire disparaître les récupérateurs », alerte Mouhamadou Wade.
Babacar Guèye DIOP


