Des offrandes à Mame Coumba Bang aux premières bouillies destinées symboliquement au génie des eaux, à Saint-Louis, toute une tradition se perpétue pour vénérer ce génie tutélaire.
Dans l’imaginaire des Saint-louisiens, c’est Mame Coumba Bang, génie des eaux, qui protège la ville. Mais ce n’est pas le seul génie auquel croient les populations. Selon l’artiste, écrivain, parolier et conteur, Pape Samba Sow dit Zoumba, il y a également les sœurs auxquelles les habitants associent Mame Coumba Bang. Il s’agit de Maam Kantaay, Maam Këp-këp, Maam Arame ou encore Mame Diagn Soor. Dans cette vision du monde, le fleuve est vivant. Il faut donc composer avec lui. « Les fonctions sont plurielles, ce qui en fait un réel patrimoine immatériel », explique Zoumba à propos des rites liés à l’eau. Il y a le respect, il y a la protection et il y a aussi le partage. Et surtout, il y a l’idée qu’on ne prend pas quelque chose à l’eau sans lui rendre quelque chose.
La première bouchée au fleuve
Les rites liés à l’eau apparaissaient autrefois dans les moments les plus importants de la vie. La naissance en est un exemple. Selon Zoumba, lorsqu’une femme accouchait, la première bouillie de mil, le « rouy », pouvait être préparée en deux parts : l’une pour la mère, l’autre destinée symboliquement au génie du fleuve. Au baptême, le premier « laax » suivait également cette logique d’offrande. Le « saraxu dex gi », offrande au génie de l’eau, constitue ainsi l’un des éléments de cette mémoire. La première part du repas était symboliquement destinée à Mame Coumba Bang avant que les invités ne soient servis. Et puis il y avait l’eau elle-même. La « badiene » ramenait les trois eaux, celle du fleuve, celle du puits et celle de la mer pour laver l’enfant. Des gestes simples en apparence, mais qui disent une conception profonde de la vie, l’être humain appartient à un environnement auquel il doit respect. Les femmes occupaient une place centrale dans cette transmission. Pape Samba Sow rappelle que Mame Coumba Bang elle-même est représentée dans l’imaginaire populaire sous les traits d’une femme d’une grande beauté. Les femmes chargées de maintenir certains cultes liés au génie de l’eau étaient également des dépositaires de cette mémoire. Elles transmettaient notamment le « saaw », talisman symbolique associé à la protection, particulièrement pour les femmes enceintes qui devaient traverser le fleuve. Ces pratiques appartiennent aujourd’hui à un univers discret, parfois tabou, où l’oralité joue un rôle essentiel. « L’oralité seule permet de conserver ces croyances dynamiques », estime Zoumba. « Les conteurs et les griots nous ont rendu le fleuve et l’océan sympathiques et vivants », a-t-il ajouté.
J. SAGNA (Correspondante)


