Au petit matin de ce lundi 17 août 1998, Bill Clinton se prépare à vivre l’une des journées les plus difficiles de sa présidence. Il doit s’expliquer devant la justice américaine sur ses relations avec Monica Lewinsky, une jeune Américaine avec laquelle il est soupçonné d’avoir eu une liaison entre 1995 et 1996. Tout faux pas peut, à terme, enclencher une procédure de destitution par le Congrès.
Il y a vingt-huit ans, l’histoire des États-Unis se jouait d’abord par liaison vidéo, puis à la télévision. Près de cinq heures durant, Bill Clinton répond aux questions du grand jury fédéral de Washington par visioconférence. Les dépêches et autres informations qui suivent font état d’un « comportement déplacé » du président avec Monica Lewinsky. Puis survient l’énorme coup de théâtre : quelques heures plus tard, Bill Clinton s’adresse à ses concitoyens dans une allocution télévisée. Le président américain reconnaît alors avoir entretenu une « relation déplacée » avec l’ancienne stagiaire de la Maison-Blanche, contrairement à ce qu’il avait toujours affirmé jusque-là. Il dit également regretter d’avoir trompé les Américains dans cette affaire.
Les aveux de Clinton
« En effet, j’ai eu une relation avec Mlle Lewinsky qui n’était pas convenable », déclare Bill Clinton. « En fait, c’était une erreur. Cela constitue une très grave erreur de jugement et un manquement personnel de ma part, dont je suis le seul et l’entier responsable. » « Mais j’ai dit au grand jury, et je vous le dis ce soir, que je n’ai jamais demandé à qui que ce soit de mentir, de cacher ou de détruire des preuves ou de commettre une quelconque illégalité », ajoute-t-il sur un ton très ferme. « J’ai trompé le public, y compris ma femme. Je le regrette profondément », poursuit Bill Clinton. « Je peux simplement vous dire que je l’ai fait pour de nombreuses raisons. D’abord, pour me protéger de la honte de ma propre conduite. J’étais également très soucieux de protéger ma famille. » « J’ai également pris en considération le fait que ces questions m’avaient été posées dans le cadre d’une enquête politiquement motivée, qui a depuis été classée », ajoute-t-il. « Cela n’a que trop duré, trop coûté et blessé trop de personnes innocentes. »
Tourner la page ?
Bill Clinton estime également qu’il est grand temps de tourner la page. « Maintenant, cette affaire ne relève que de moi, des deux personnes que j’aime le plus, ma femme (Hillary) et notre fille (Chelsea), et de notre Dieu », déclare-t-il. « Je dois réparer cela et je suis prêt à faire tout ce qui sera nécessaire pour y parvenir. Rien n’est plus important pour moi personnellement, mais c’est une question privée et j’ai l’intention que ma vie de famille revienne à ma famille. Ça ne regarde personne d’autre que nous », ajoute le président. « Même les présidents ont une vie privée. (…) Notre pays a été distrait par cette affaire depuis trop longtemps et j’accepte ma part de responsabilité. (…) Maintenant, il est plus que temps de tourner la page », conclut-il.
Les choses s’accélèrent
Mais la page est loin d’être tournée. Après cette historique journée du 17 août 1998, les choses ne vont pas se tasser pour le 42è président des Etats-Unis. En effet, moins d’un moins plus tard, un nouveau coup de théâtre : le 11 septembre 1998, le procureur indépendant Kenneth Starr présente onze chefs d’accusation susceptibles, si le Congrès en décide ainsi, d’entraîner une procédure de destitution (impeachment) à l’encontre de Bill Clinton. Le premier reproche est d’avoir « menti sous serment lors d’une déposition civile », lorsqu’il avait nié, en janvier, avoir eu une relation sexuelle avec Monica Lewinsky. Il était alors interrogé sur la nature de ses relations avec Paula Jones.
Le précédent Andrew Johnson
En décembre 1998, le président des États-Unis fait face à une procédure de destitution qui se poursuivra jusqu’en février 1999. Le 19 décembre 1998, la Chambre des représentants vote la mise en accusation de Bill Clinton pour parjure et obstruction à la justice. Il devient ainsi le deuxième président américain de l’histoire à faire l’objet d’une procédure d’impeachment, après Andrew Johnson en 1868. Après l’ouverture du procès devant le Sénat, au début du mois de février 1999, Bill Clinton est finalement acquitté le 12 février. Il reste donc en fonction jusqu’à la fin de son second mandat, en janvier 2001.
Monica Lewinsky « détruite »
Dans Ma vie, son autobiographie publiée en 2004, Bill Clinton raconte avoir ressenti du dégoût à l’égard de lui-même à la suite de sa liaison avec la stagiaire de la Maison-Blanche. Il affirme également avoir dormi sur le canapé afin de regagner le respect de sa femme et de sa fille. De son côté, Monica Lewinsky, l’ancienne stagiaire de la Maison-Blanche dont la liaison avec Bill Clinton a failli coûter son second mandat au président américain, a assuré, en juin 2004, que l’ancien président l’avait « détruite » en voulant protéger sa présidence.
Moussa DIOP


