L’intelligence artificielle (Ia) générative s’impose comme une nouvelle arme stratégique dans le conflit malien. Selon un rapport du Timbuktu Institute rendu public, jeudi 10 septembre, des groupes rivaux comme le « Jnim » et le « Fla » adaptent leurs méthodes pour investir le champ numérique.
Depuis plus d’une décennie, le conflit malien est marqué par une recomposition permanente des alliances et des modes de confrontation. Cette dynamique ne se limite plus au champ militaire. Elle s’étend désormais à l’espace informationnel, avec l’émergence de l’intelligence artificielle (Ia) générative comme nouvel outil de propagande et de désinformation. C’est du moins ce que révèle le rapport de Timbuktu Institute intitulé : « Des algorithmes en guerre : Comment l’intelligence artificielle rebat les cartes du conflit malien ».
Selon ce document, rendu public hier, le rapprochement entre le « Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin » (Jnim) et le Front de libération de l’Azawad (Fla), malgré leurs divergences idéologiques, illustre cette évolution. « Le Jnim commence à utiliser l’Ia pour produire des supports de propagande, tandis que les réseaux liés au Fla recourent à des contenus synthétiques pour promouvoir le récit de l’Azawad et alimenter l’hostilité envers leurs adversaires », explique-t-on dans le rapport. D’après le document, outre la fabrication de fausses informations, les progrès de l’Ia pourraient faciliter le recrutement personnalisé, la traduction automatisée, l’anonymisation des acteurs et certaines formes de ciblage.
Selon le rapport, l’enjeu principal réside désormais dans la capacité des populations à distinguer le réel du contenu fabriqué. « Plus les outils d’Ia deviennent accessibles et performants, plus il devient difficile de déterminer l’origine et l’authenticité de certaines images, vidéos ou messages », prévient le rapport. Celui-ci renseigne que le principal danger réside toutefois dans le décalage entre la sophistication des outils et les capacités des populations à détecter les manipulations. « Le Mali pourrait ainsi devenir un laboratoire de la guerre informationnelle assistée par Ia.
Face à cette évolution, les États sahéliens devront renforcer l’éducation numérique, les capacités de détection et les stratégies de lutte contre la désinformation », alerte le document, précisant que la menace ne se limite pas à la propagande. Le rapport évoque la possibilité, pour le Jnim, d’utiliser des chatbots pour personnaliser ses messages de recrutement en fonction du profil psychologique des cibles. Il mentionne également l’utilisation de drones couplés à l’Ia pour affiner le ciblage militaire.
D’après la source, le défi pour les États sahéliens et leurs partenaires est immense. Elle ajoute que les stratégies traditionnelles de prévention de l’extrémisme violent, qui reposent encore sur des campagnes de sensibilisation collectives, risquent d’être dépassées par la capacité de l’Ia à produire des messages hyper-personnalisés. Pour le Timbuktu Institute, la réponse devra combiner un renforcement de la culture numérique, des capacités de détection accrues et des stratégies de prévention adaptées à cette nouvelle donne technologique.
Aliou DIOUF

