On a beau visité et revisité le pays, le Maroc conserve toujours ce charme et cet enchantement qui émerveillent comme au premier jour. De Casablanca à Agadir en passant par Rabat, Tanger et Fès, nous avons été témoins d’un Royaume chérifien qui conjugue avec harmonie tradition et modernité et qui cultive, au fil des séjours, une magie sans cesse renouvelée. La Coupe d’Afrique des Nations (Can- 21 décembre 2025-18 janvier 2026) a été l’occasion de redécouvrir le pays sous toutes ses coutures. Cette immersion a été rendue possible grâce à une invitation de l’Association nationale des médias et éditeurs du Maroc (Anme), qui a convié des journalistes africains à un programme riche en excursions touristiques, culturelles, économiques et, bien sûr, footballistiques.
En ce début de décembre glacial, le Maroc n’accueille pas seulement la Coupe d’Afrique des Nations (Can) pour la deuxième fois de son histoire — après l’édition de 1988 remportée par le Cameroun — il reçoit aussi, enfin, la pluie. Depuis plusieurs années, le pays fait face à un déficit pluviométrique chronique avec sept années consécutives de sécheresse.
Lors du dernier Aïd-el-Adha (la fête du sacrifice), le Roi Mohammed VI, également Commandeur des croyants, évoquant les défis climatiques et économiques ayant entraîné une forte régression du cheptel, avait demandé aux familles marocaines de ne pas procéder au sacrifice du mouton. Il s’était engagé à l’accomplir symboliquement en leur nom conformément aux prescriptions de l’Islam.
Une décision inédite depuis 30 ans, scrupuleusement respectée dans le Royaume et sans polémique malgré le caractère profondément populaire de cette fête au Maroc comme dans de nombreux pays musulmans.
En cette fin d’année 2025 et ce début de 2026, la situation pluviométrique s’est nettement améliorée, même si elle ne suffit pas encore à combler le déficit accumulé depuis 2018. Ce retour de la pluie, souvent intermittente, durable au fil de la journée, mais rarement battante, ne bouleverse pas pour autant le quotidien des Marocains.
À Casablanca, dans la matinée du 3 janvier, parapluies et doudounes sont de sortie. Depuis la veille, une pluie fine tombe sans relâche. À pas pressés, les talons claquent sur les chaussées trempées. Le froid cingle les visages.
À la grande gare, l’effervescence est palpable : tous les chemins mènent à Tanger où le Sénégal doit affronter le Soudan en huitièmes de finale.
Tanger, sur la route du sacre des « Lions »
Les supporters sénégalais, maillots et drapeaux bien en évidence, sont particulièrement nombreux. Rien d’étonnant : ils constituent l’une des communautés étrangères les plus importantes du pays.
Le Train à grande vitesse (Tgv) reliant la capitale économique à la grande ville du Nord est prêt à s’élancer. La pluie redouble d’intensité. Les passagers se hâtent pour rejoindre les rames et éviter d’être détrempés.
À 10 heures précises, Al Boraq s’ébranle. Première halte : Rabat. Puis, Kénitra. Enfin, Tanger. Le train parcourt les 320 kilomètres en 2 heures 10 minutes, soit un temps de trajet réduit de moitié par rapport à la route.
Le Tgv file à grande vitesse sans pour autant masquer l’une des grandes forces du Maroc : son agriculture. Tout au long du trajet, en dehors des zones urbaines, de vastes exploitations agricoles, souvent couvertes de serres, défilent sous nos yeux. Aucune parcelle ne semble laissée à l’abandon. Tout est cultivé, aussi bien dans les plaines que sur les flancs des collines et des montagnes.
Tanger, pointe la plus septentrionale du Maroc sur la Méditerranée, se dévoile, ceinturée par les montagnes du Rif. Ailleurs dans le pays, s’étendent le Moyen Atlas, dans la région de Fès-Meknès, le Haut Atlas autour de Marrakech et l’Anti-Atlas vers Agadir.
Mais ici, c’est surtout le port qui impressionne : Tanger Med, l’un des plus importants au monde, classé parmi les 20 premiers.
Cependant, en ce 3 janvier, tous les regards convergent vers le stade Ibn Battouta (1304-1369), du nom du célèbre explorateur marocain.
Dans cette enceinte moderne, les « Lions » du Sénégal viennent à bout des « Crocodiles du Nil » sans grande difficulté. Une semaine plus tard, le 9 janvier, les « Aigles » du Mali sont, à leur tour, éliminés dans ce même stade. Puis, le 14 janvier, l’Égypte défie le Sénégal en demi-finale. Les « Pharaons » sont surclassés à l’issue d’un match maîtrisé avec Sadio Mané comme unique buteur.
Quatre jours plus tard, au terme d’une finale haletante, le Sénégal triomphe face au Maroc et remporte son deuxième trophée continental.
Après Tanger, retour à Rabat, la capitale. Une ville coquette et soignée, bien moins agitée que Casablanca.
En dehors du football, Rabat s’impose comme une destination touristique de plus en plus prisée, notamment grâce à l’incontournable Tour Hassan et au mausolée Mohammed V.
Le 5 janvier, malgré une pluie persistante, des dizaines de visiteurs affluent sur l’esplanade pour contempler cet édifice emblématique.
La Tour Hassan est le fruit d’une ambition inachevée : elle devait devenir le minaret de la plus grande mosquée du XIIᵉ siècle. Mais, la mort de son initiateur, le sultan Yacoub Al Mansour, trois ans après le lancement des travaux, mit fin au projet. De cette incomplétude est né l’un des sites les plus visités du Maroc.
Le tremblement de terre de Lisbonne, en 1755, endommagea sévèrement la colonnade et détruisit notamment le sommet de la tour. Les piliers destinés à soutenir l’édifice parsèment encore l’esplanade, tels des vestiges d’un rêve interrompu.
À proximité, le mausolée Mohammed V complète cet ensemble majestueux. Construit entre 1962 et 1971, il abrite la tombe du père de l’indépendance marocaine ainsi que celles de ses deux fils : le roi Hassan II et le prince Moulay Abdallah.
La médina de Fès, entre passé et présent
Le 6 janvier, cap sur Fès, grande ville spirituelle où repose Cheikh Ahmed Tidiane Chérif, fondateur de la Tidjaniyya. Sa zawiya et son tombeau se trouvent à Médina, l’une des plus vastes cités médiévales du monde, classée au patrimoine mondial de l’Unesco en 1981.
Derrière ses épais remparts, 32 kilomètres de ruelles serpentent dans un entrelacs de maisons anciennes. « La Médina compte 14 000 maisons, 176 mosquées et 16 médersas (écoles coraniques). La population est estimée à 125 000 habitants. C’est une ville dans la ville », explique avec enthousiasme notre guide, Hassan El Janah.
Excursion enneigée à Ifrane
Il est facile de se perdre dans la Médina, mais une astuce permet de s’orienter : les plaques apposées à l’entrée des ruelles. Un triangle indique une impasse, un carré mène vers une autre ruelle, un rectangle vers l’extérieur ou une grande esplanade.
La grande attraction demeure la tannerie Chouara, la plus importante des quatre tanneries traditionnelles encore en activité. À mesure que l’on s’en approche, l’odeur du cuir saisit les narines. Depuis les terrasses des boutiques regorgeant de sacs, chaussures et valises en cuir d’agneau, de bœuf, de chèvre ou de chameau, on observe les fosses remplies de teintures naturelles où s’effectue le travail des peaux. Un spectacle fascinant, ancré dans des siècles de tradition.
Changement de décor. Le relief devient accidenté. Au loin, des collines boisées se dessinent sous un voile de brume. Le silence s’impose.
Ifrane apparaît, recouverte d’un manteau blanc. Les maisons aux toits rouges, alignées sur les flancs escarpés, tranchent avec la grisaille. Le dépaysement est total.
Derrière la chaîne du Moyen Atlas se dévoile une ville inattendue, presque européenne d’allure. Surnommée « la petite Suisse », Ifrane est perchée à 1713 mètres d’altitude. Ici, la neige fait partie du quotidien.
Chef-lieu de la province d’Ifrane, au cœur du Moyen Atlas, dans la région de Fès-Meknès, la ville incarne un autre visage du Maroc.
Le voyage se poursuit vers Marrakech, « la ville ocre », ainsi nommée pour l’unité chromatique de ses bâtiments. Marrakech, c’est aussi l’une des quatre villes impériales, fascinante par sa Médina, la place Jemaa el-Fna, ses souks animés, son architecture singulière et ses établissements hôteliers prestigieux. Première destination touristique du Royaume, elle séduit par son énergie et son patrimoine.
Plus au sud, Agadir affiche une élégance plus contemporaine. Son port de plaisance, la corniche de la Marina longeant la plage de sable fin, ses bâtiments modernes dominés par la colline d’Agadir Oufella culminant à 241 mètres… tout y respire l’ouverture et la lumière.
L’excursion s’achève là où elle avait commencé, le 12 janvier, à Casablanca, par la majestueuse mosquée Hassan II. Chef-d’œuvre de l’architecture arabo-musulmane par sa conception, son ornementation et ses dimensions, elle se dresse au bord de l’océan Atlantique comme un symbole puissant et demeure la principale attraction touristique de la capitale économique du Maroc.
Par Elhadji Ibrahima THIAM (De retour du Maroc)

