Durant les années qu’il a passées dans la rue, Rodgers Oloo Magutha a partagé une maigre nourriture et des nuits dans le froid avec des oiseaux. Désormais installé dans un petit studio de Kayole, un faubourg de Nairobi, il vit toujours entouré de volatiles qu’il a recueillis, créant la sensation sur les réseaux, mais suscitant l’inquiétude des médecins.
L’homme a attiré l’attention en 2024 lorsque la jeunesse kenyane est massivement descendue manifester contre le gouvernement dans les rues du centre-ville de Nairobi, où il avait élu domicile. Des images le montrant déambulant au milieu du chaos, un rapace juché sur la tête, l’ont rendu célèbre et lui ont valu son surnom de « Nairobi Birdman » (l’homme-oiseau de Nairobi).
Depuis, il continue de faire sensation sur les réseaux sociaux en s’affichant chez lui entouré d’oiseaux sauvages en liberté : des rapaces, un corbeau, un pigeon, un ibis et même un marabout, échassier charognard qu’on aperçoit couramment dans certaines rues de la capitale kenyane.
Certains l’accompagnent, sur ses épaules ou sa tête, quand il marche dans son quartier, suscitant l’intérêt des enfants, ou quand il récupère, pour vivre, du plastique et du métal dans une décharge avoisinante.
« J’aime secourir les oiseaux », assure à l’AFP celui qui se décrit comme un « passionné d’oiseaux urbains ». Âgé de 28 ans, Rodgers Oloo Magutha dit en avoir secouru plus de 20, dont un héron ou une chouette-effraie, désormais retournés à la nature.
Mais de récentes images qu’il a lui-même publiées, dans lesquelles il s’affiche partageant son repas avec ses protégés, lesquels picorent dans son assiette ou dans sa cuillère, parfois les pattes dans le plat, ont suscité des réactions inquiètes de professionnels de santé.
– Mission : secourir
Secrétaire général adjoint du Syndicat des médecins, pharmaciens et dentistes (KMPDU), le Dr Dennis Miskellah a attiré l’attention du ministère de la Santé sur ces images d’un « individu qui vit avec des oiseaux sauvages, dont des charognards, et mange avec eux dans la même assiette ».
« Cela semble drôle, mais cela ne le sera plus quand il aura contracté une zoonose et la propagera », a-t-il averti sur X.
Dans le quotidien Nation, le Dr Samoel Khamadi, directeur du Centre de recherche virale de l’Institut de recherche médicale du Kenya (Kemri), estime que « ces oiseaux devraient être rendus à leur habitat naturel et M. Magutha ne devrait pas être autorisé à les garder à domicile ».
« Quand quelqu’un récupère des animaux dans la nature (…) ils sont susceptibles d’être porteurs de virus qui peuvent n’être pas immédiatement perceptibles mais peuvent être transmis à cette personne ultérieurement », souligne-t-il. « Et plus le contact dure, plus le risque augmente. »
Mais M. Magutha balaie ces inquiétudes et rejette les critiques.
« Quand je vivais dans la rue », les oiseaux et moi « mangions ensemble, dormions ensemble dans le froid et rien ne m’est arrivé », raconte-t-il à l’AFP. « Et aujourd’hui, je travaille sur une décharge » où les oiseaux sont nombreux, ajoute-t-il.
Il souligne que ses vidéos sont une façon « de sensibiliser à la protection de l’environnement » et dit vouloir « montrer que tout est possible (…) que les humains peuvent coexister avec la nature ».
Un responsable du comté de Nairobi l’a sommé de remettre ses oiseaux à l’Autorité de protection de la faune sauvage (KWS) sous peine de poursuites.
Il n’en est pas à un remède. « Formuler des menaces n’est pas une solution », affirme-t-il à l’AFP.
Ma « mission (…) c’est de les secourir, de leur fournir un espace sécurisé où ils ne seront pas dérangés, où ils peuvent se sentir libres », dit-il. Et « quand ils sont prêts à être relâchés, je les relâche ».
AFP


