Un carnage à la rupture du jeûne de Ramadan : plusieurs explosions coordonnées imputées à des attentats-suicides ont visé le marché et des lieux fréquentés et fait au moins 23 morts et plus d’une centaine de blessés à Maiduguri lundi soir, moins de 24 heures après l’attaque d’un poste militaire dans cette grande ville du nord-est du Nigeria.
Au lendemain de ce qui constitue le pire attentat dans cette région depuis des années, le président Bola Tinubu a annoncé mardi qu’il dépêchait les chefs de la sécurité sur place « pour prendre la situation en main », juste avant de s’envoler pour Londres où il a atterri mardi dans l’après-midi pour une visite d’État de deux jours, la première d’un dirigeant nigérian en près de quarante ans.
Située à trois heures d’avion environ de la capitale économique Lagos, Maiduguri compte plus d’un million d’habitants, non loin du Tchad, du Cameroun et du Niger.
« Ces actes terroristes constituent les dernières tentatives désespérées et frénétiques de criminels et d’éléments terroristes qui cherchent à semer et à propager la peur », a affirmé le chef de l’État dans un communiqué.
Trois explosions ont eu lieu quasi simultanément lundi soir à Maiduguri, capitale de l’État régional de Borno. Les assaillants ont visé le marché, l’entrée de l’hôpital universitaire et les environs de la poste.
« Au vu des premières investigations, on soupçonne des kamikazes », a indiqué dans un communiqué le porte-parole de la police, Nahum Kenneth Daso, et « malheureusement, 23 personnes ont perdu la vie au total et 108 autres ont été blessées à des degrés divers ».
– Tongs ensanglantées –
Un membre d’une milice anti-jihadiste locale a déclaré à l’AFP que le bilan pourrait s’élever à 31 morts.
Une source militaire a imputé ces attaques à des militants de Boko Haram, groupe jihadiste fondé à Maiduguri, qui a lancé en 2009 une campagne visant à établir un califat dans le pays.
Mala Mohammed, 31 ans, qui a échappé à l’explosion sur le marché, a raconté avoir d’abord entendu deux détonations et vu des gens paniqués se mettre à courir.
« A ce moment-là, nous ne savions pas exactement ce qui s’était passé. Mais au bout de deux ou trois minutes, d’autres personnes qui couraient le long de la route ont commencé à crier qu’il y avait eu une bombe à l’entrée du marché », se souvient-il.
« Beaucoup se sont précipités vers le quartier de la Poste, car l’entrée du marché et la Poste ne sont pas très éloignées l’une de l’autre », poursuit-il. « Malheureusement, alors qu’ils couraient vers la Poste, une personne qui portait l’engin explosif s’est lancée dans la foule alors que les gens tentaient encore de s’échapper. »
Un journaliste de l’AFP présent dans un hôpital de Maiduguri lundi soir a vu des dizaines de blessés cherchant à se faire soigner et de nombreux corps recouverts de draps sur le trottoir à l’extérieur.
Au matin suivant l’attaque, des tongs ensanglantées étaient éparpillées sur le sol, tandis que des oignons, des piments et des pastèques jonchaient le sol d’un marché bouclé par des rubans jaunes de la police.
– Des attaques « barbares » –
Tôt mardi matin, la police a assuré que la situation était « revenue à la normale » et annoncé des patrouilles renforcées des forces de sécurité dans la ville et ses environs.
Malgré une amélioration, « la ville a toujours été vulnérable », a dit à l’AFP Confidence McHarry, analyste auprès de SBM Intelligence, basé à Lagos.
L’attention de l’armée s’est récemment concentrée sur le groupe jihadiste rival État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), mais Boko Haram « dispose toujours de cellules » autour de Maiduguri et les attentats montrent « qu’il s’agit toujours d’une force avec laquelle il faut compter », observe l’analyste.
« La récente recrudescence des attentats n’est pas sans rapport avec les opérations militaires intensives menées dans la forêt de Sambisa », un bastion jihadiste notoire, a estimé le gouverneur régional Babagana Zulum, dénonçant des actes « barbares ».
Dimanche soir à minuit, des jihadistes présumés avaient déjà tenté en vain de prendre d’assaut un poste militaire dans un faubourg proche de l’aéroport.
En décembre, un attentat à la bombe non revendiqué avait fait au moins sept morts dans une mosquée de la ville.
Cette résurgence de l’insurrection intervient après une période de relative tranquillité à Maiduguri, où la vague de fusillades et d’attentats à la bombe a culminé au milieu des années 2010.
La violence a toutefois persisté dans les campagnes environnantes et ces derniers mois, les groupes jihadistes ont intensifié leur pression.
Les États-Unis ont annoncé récemment l’envoi de 200 soldats au Nigeria pour aider l’armée nigériane à combattre les jihadistes.
Depuis 2009, les attaques jihadistes dans le nord-est du Nigeria, perpétrées principalement par Boko Haram et le groupe jihadiste Iswap, ont fait plus de 40 000 morts et environ deux millions de déplacés, selon l’ONU.
AFP


