Le gouvernement nigérian a annoncé mardi avoir ordonné l’ouverture d’une enquête après qu’une frappe aérienne, ciblant des jihadistes, a fait au moins 56 morts sur un marché très fréquenté samedi dans le nord-est du pays.
Cette annonce intervient alors que les autorités ont affirmé avoir « neutralisé avec succès » des jihadistes lors de cette frappe dans la zone du village de Jilli, samedi, à la frontière des États de Yobe et de Borno.
Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, est confronté depuis 17 ans à une insurrection jihadiste dans le nord-est, déclenchée en 2009 par les violences de Boko Haram et également nourrie par des factions dissidentes puissantes, comme le groupe État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).
« Le gouvernement fédéral a ordonné une enquête complète et indépendante sur l’incident. Celle-ci examinera les renseignements, la désignation de la cible et l’exécution de l’opération. Nous corrigerons les manquements et veillerons à ce que les responsabilités soient établies le cas échéant », a déclaré dans un communiqué Mohammed Idris, ministre de l’Information du pays.
Plusieurs civils touchés
« Le gouvernement fédéral réitère qu’il s’agissait d’une opération délibérée, fondée sur le renseignement, et non d’une attaque indiscriminée, conduite dans l’un des couloirs insurgés les plus actifs du nord-est », a-t-il expliqué.
« Le gouvernement présente ses plus profondes condoléances aux familles des personnes touchées et exprime sa sympathie aux blessés. Chaque vie nigériane est sacrée, et toute perte de vie civile est profondément regrettée », a ajouté le ministre de l’Information.
Cette enquête marque un tournant par rapport au discours initial des autorités, qui minimisaient les pertes civiles.
Le ministre de la Défense, Christopher Musa, a pour sa part affirmé après la frappe que « l’ami d’un terroriste est un terroriste », ainsi que « toute personne qui commerce ou apporte un soutien à ces groupes sera retrouvée et traitée comme un bandit ou un terroriste ».
Lorsque des civils sont tués par l’armée, ils sont souvent accusés d’abriter des jihadistes, une distinction difficile à établir lorsque les populations vivent sous la contrainte de groupes armés.
Suite aux allégations de victimes civiles lors du bombardement, l’armée de l’air a également annoncé l’ouverture de sa propre enquête interne dimanche.
Les frappes aériennes de l’armée nigériane ont coûté la vie à des civils par le passé. Les enquêtes qui s’ensuivent n’aboutissent généralement à aucun résultat concret.
Le bilan du bombardement de samedi diffère selon les sources : Amnesty International a mentionné « plus de 100 morts » dans le marché du village de Jilli, un rapport de sécurité évoque « 56 morts », et un chef local « 200 morts et blessés ».
« Enclave terroriste »
Dans un communiqué publié dimanche sur X, l’armée nigériane a indiqué avoir mené une seule frappe sur « une enclave terroriste » située « près du village abandonné de Jilli », à la frontière entre les États de Yobe et de Borno, sans préciser le nombre de victimes.
Selon elle, cette zone est depuis longtemps connue pour être « un important couloir de déplacement terroriste ».
Des experts estiment que les jihadistes utilisaient probablement le marché pour se ravitailler. Mais pour Isa Sanusi, directeur d’Amnesty International au Nigeria, cela ne saurait justifier une frappe sur un marché civil bondé.
Le gouverneur de l’État de Borno affirme que le marché avait été fermé par les autorités il y a cinq ans, une version contestée par des habitants qui affirment qu’il fonctionnait normalement avant le bombardement. Des images montrent des corps calcinés parmi des étals carbonisés.
Au cours des 15 derniers jours, plus de 100 personnes ont été tuées dans le nord du pays par des jihadistes et des bandes criminelles, appelées « bandits », qui ont intensifié depuis l’an dernier leurs raids contre des bases militaires et des villages dans ces régions proches du Sahel.
AFP


