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D’Athènes à Dakar, le voyage des « Argonautes » sénégalais
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Comme les héros de la mythologie grecque embarqués pour une quête exceptionnelle, les membres de la délégation sénégalaise ont quitté Dakar, mardi, avec une mission singulière : aller chercher la Flamme olympique et la ramener au Sénégal. Mission accomplie depuis jeudi soir.
Dans la mythologie grecque, le mythe de Jason et des Argonautes raconte l’une des grandes expéditions héroïques. Comme Jason et ses compagnons, partis jadis à la conquête de la Toison d’or, les Sénégalais ont traversé le ciel pour aller chercher un symbole précieux. Leur mission : recevoir la Flamme des Jeux olympiques de la jeunesse (Joj) et la ramener à Dakar. Cette fois-ci, donc, point de navire Argo. Le vaisseau est un avion. Mardi passé, à l’aéroport Blaise Diagne de Diass, les valises se ferment, les passeports sont vérifiés et les derniers échanges se multiplient. Chacun mesure que ce voyage n’est pas un déplacement comme les autres.
Conduite par Mamadou Diagna Ndiaye, président du Comité national olympique et sportif sénégalais (Cnoss) et du Comité d’organisation des Joj (Cojoj), et accompagnée des ministres Clothilde Djirèye Coly, chargée de la Jeunesse et des Sports, et Abdou Lahad Ndiaye, chargé des Transports, la délégation sénégalaise compte également plusieurs personnalités du sport et de la vie publique : Ibrahima Wade, Coordonnateur du Cojoj, Baidy Agne, vice-président du Cnoss, Abass Fall, maire de Dakar, Augustin Senghor, ancien président de la Fédération sénégalaise de football et actuel maire de Gorée, Lamine Niang, directeur général de la Sspp «Le Soleil», et Pape Alé Niang, directeur général de la Rts. Mais cette délégation emporte avec elle bien plus que des bagages. Elle porte la promesse des premiers Jeux olympiques de la jeunesse organisés en Afrique.
Concile sénégalais
Après sept heures de vol, les « Argonautes » sénégalais apparaissent dans le ciel grec au petit matin du mercredi. Sous leurs pieds, Athènes. L’Acropole domine la ville et le Parthénon rappelle que cette terre fut celle des dieux, des héros et des philosophes, et qu’elle est désormais, un peu, celle du Sénégal. Ici, chaque pierre semble porter une histoire.
Mais la délégation n’est pas venue uniquement contempler les vestiges de la Grèce antique. Elle vient accomplir une mission : recevoir un symbole vieux de plusieurs millénaires et lui faire prendre la direction de Dakar.
À peine quatre heures plus tard, c’est déjà l’heure du terrain. Place à la répétition générale au stade Panathénaïque. Colonnes, vestiges, tribunes en marbre et lumière méditerranéenne composent un décor qui semble sorti d’un récit mythologique. La cérémonie est répétée dans les moindres détails. Les gestes sont millimétrés, les déplacements réglés, les costumes ajustés. Musique, prises de parole, chorégraphies : rien n’est laissé au hasard.
« Dakar est prête »
Aux premières heures du jeudi 10 septembre, ils sont là, les « Argonautes sénégalais », en quête de la Flamme. L’attente est longue, mais les officiels sénégalais, grecs et internationaux s’installent aux côtés du public. Loin des contingences politiques, les Sénégalais discutent et trouvent des solutions à tout… ou presque. Loin du pays, les barrières semblent tomber, les chapelles politiques et idéologiques s’effacer. Ce concile olympique est mis entre parenthèses par le début de la cérémonie. De son ouverture, à 11 h 30, heure grecque, jusqu’à sa fin, à 12 h 23, plusieurs moments forts se succèdent. Il y a les frissons provoqués par la voix de Kya Loum, chantant a cappella l’hymne national sénégalais, « Le Lion rouge ». Puis l’allumage de la Flamme, de manière ancestrale et ingénieuse, dans le pays de Zeus. Une flamme qui renaît. Il y a aussi les larmes de la Zimbabwéenne Kirsty Coventry, présidente du Cio, submergée par l’émotion de voir Dakar devenir la première capitale africaine de l’Olympisme. Puis le discours de Mamadou Diagna Ndiaye, qui clame : «L’Afrique est prête, Dakar est prête». Enfin, la Flamme est remise au Sénégal. L’histoire s’est écrite sous nos yeux.
La délégation sénégalaise est happée par l’événement. Chacun mesure progressivement la portée de ce moment. Les visages s’illuminent. Les congratulations se multiplient. On se prend dans les bras. La mission est accomplie. La Flamme va désormais quitter sa terre d’origine pour entamer un autre voyage. Elle traversera la Méditerranée pour rejoindre Dakar.
Il est 23 h 13 sur le tarmac de l’aéroport international Blaise-Diagne. Après plusieurs minutes d’attente et sous l’œil vigilant d’un comité d’accueil soucieux qu’aucune image ne soit diffusée, Birame Senghor et Maurice Diouf, les gendarmes chargés de garder la Flamme, descendent les escaliers de l’avion « Esprit Teranga » avec l’objet tant attendu. Ils s’engouffrent dans un van, étroitement entouré par la cohorte de sécurité, et disparaissent dans la nuit, éclairée par la Flamme et l’espoir de tous les Sénégalais. Comme pour Jason et sa « délégation », c’est mission accomplie pour les « Argonautes » sénégalais.