La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026 n’a pas seulement été une vitrine du patrimoine culturel et artistique. Derrière les tableaux qui ont émerveillé le public et les personnages qui ont marqué les esprits, des talents locaux ont apporté leur savoir-faire. Acteur, comédien ou maquilleuse professionnelle, Malang Sonko, Pape Aly Diop et Aline Alima Diédhiou ont chacun joué leur partition dans cette production d’envergure internationale. Trois parcours différents, une même fierté : avoir contribué à écrire une page de l’histoire olympique africaine.
Malang Sonko, de Ziguinchor à la scène olympique

Pour Malang Sonko, cette aventure a commencé par un casting, mais son histoire avec les arts de la scène remonte à plusieurs années. Originaire de Ziguinchor, l’artiste comédien y a fait ses premiers pas dans le théâtre au sein de la compagnie Boussana. Une expérience fondatrice qui a progressivement transformé sa passion en véritable projet professionnel.
Désireux d’approfondir sa pratique, il intègre par la suite l’Académie Fotti Culture. Cette étape lui permet de consolider ses acquis, d’affirmer son identité artistique et de prendre part à ses premiers grands rendez-vous théâtraux internationaux, notamment le Marché des arts du spectacle africain (MASA) et le Festival des Réalités au Mali. Son parcours le conduit également en Belgique, au Conservatoire royal de Liège, où il bénéficie d’une bourse pour effectuer un stage. Une expérience qui enrichit son approche du jeu et élargit son regard sur les pratiques théâtrales.
À cheval entre le théâtre et le cinéma, le comédien poursuit son cheminement à travers différents projets cinématographiques. C’est d’ailleurs alors qu’il est en plein tournage à Bamako, au Mali, que sa route croise celle des JOJ. Contacté par la directrice de casting Imane Dione, qu’il connaissait déjà, il reçoit une proposition pour passer une audition à Dakar. Elle lui transmet un long texte poétique écrit par le metteur en scène Adama Diop, sans lui révéler la nature exacte du projet.
« Je dois avouer qu’au départ, je ne savais absolument pas qu’il s’agissait d’un projet lié aux JOJ. Je pensais simplement être sollicité pour un projet cinématographique », raconte-t-il. Malgré un emploi du temps chargé et les exigences du texte, il prend le temps de le travailler avant de se présenter au casting, environ une semaine après son retour à Dakar.
La nouvelle de sa sélection lui parvient un ou deux mois plus tard. Il découvre alors qu’il est retenu pour incarner Keb dans la cérémonie d’ouverture des JOJ Dakar 2026. Une surprise qui se transforme rapidement en immense fierté. Derrière ce personnage, il y a surtout des années de travail, de formation, de persévérance et de rencontres.
Sur scène, le comédien ne mesure pas immédiatement la portée de l’événement auquel il vient de participer. C’est après la cérémonie, à travers les nombreux messages de félicitations, de soutien et d’affection reçus, qu’il prend conscience de la dimension historique de cette expérience. « Nous venions de vivre quelque chose d’exceptionnel : rendre fier tout un peuple, le peuple sénégalais, mais aussi l’ensemble des Africains et, au-delà, le monde entier, qui a pu découvrir à travers ce spectacle la richesse, la beauté et la profondeur de la culture sénégalaise », confie-t-il.
Au-delà de la reconnaissance personnelle, cette participation représente pour lui une victoire sur les difficultés qui jalonnent les métiers du théâtre et du cinéma en Afrique, où les opportunités restent encore limitées. Être choisi parmi de nombreux artistes talentueux et porter un rôle dans une production d’une telle envergure constitue ainsi un immense honneur.
Reconnaissant envers la directrice de casting, le metteur en scène Adama Diop, le Comité d’organisation des JOJ (COJOJ), les autorités sénégalaises et le public, Malang Sonko veut surtout faire de son expérience un message à la jeunesse. « Croyez en vous, travaillez, soyez patients et ne renoncez jamais à ce qui vous anime », exhorte-t-il. Lui-même en est une illustration : parti de Ziguinchor avec une passion pour le théâtre, il s’est retrouvé au cœur d’un événement appelé à marquer l’histoire du sport et de la culture sur le continent.
Pape Aly Diop, le savoir en héritage

Dans cette aventure, Pape Aly Diop a, lui aussi, trouvé une occasion singulière de faire valoir son talent. Acteur-comédien sénégalais et élève à l’École internationale des acteurs et actrices de Dakar (EIAD), il a été sollicité sur recommandation d’Adama Diop, qui est également son professeur.
Dans le spectacle, il incarnait l’un des scientifiques ayant travaillé aux côtés de Cheikh Anta Diop sur la création du Carbone 14. Un rôle symbolique dans une séquence consacrée à la transmission du savoir, puisqu’il lui revenait de remettre la graine du savoir au savant sénégalais. « Même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais jamais imaginé avoir l’occasion de jouer dans un événement olympique, qui se tient pour la première fois sur le continent africain », souligne-t-il.
Une expérience qu’il considère comme une immense fierté, notamment pour sa contribution au rayonnement du Sénégal devant le monde.
Aline Alima Diédhiou, l’art de sublimer les personnages

Derrière les personnages, les expressions et les visages qui ont habité les différents tableaux de la cérémonie, il y avait également un important travail de création. C’est dans cet univers qu’Aline Alima Diédhiou a apporté sa touche. Maquilleuse professionnelle autodidacte, forte d’une dizaine d’années d’expérience, elle a assuré la chefferie maquillage en qualité de Head Makeup Designer. Une responsabilité qui dépassait largement la réalisation des maquillages. Il lui fallait concevoir l’identité visuelle des personnages, imaginer les différents looks en cohérence avec les costumes et la direction artistique, mais aussi coordonner une équipe de 25 maquilleuses.
Un travail de préparation, de recherche et d’organisation qui a nécessité une coordination permanente avec les autres départements de la production. Habituée aux univers de la mode, de la beauté, de la publicité et du cinéma, Aline Alima Diédhiou avait déjà collaboré avec MAC Cosmetics Sénégal et participé au défilé Chanel Métiers d’art organisé à Dakar. Lauréate du prix de Best Makeup Artist aux Only Woman Awards 2025, elle a franchi un nouveau cap avec les JOJ. Parmi ses souvenirs les plus marquants, la mise en beauté de Sitoe et Alkebulane, deux personnages historiques qui ont particulièrement touché le public. Elle a également eu le privilège de maquiller la présidente du Comité international olympique avant son discours.
Au-delà de la dimension personnelle, la professionnelle retient surtout la portée collective de cette expérience. « Cette cérémonie a montré au monde un Sénégal créatif, audacieux, riche de son histoire, de sa culture et de ses talents », estime-t-elle. Une fierté qu’elle partage avec les 25 professionnelles mobilisées à ses côtés.
Acteur sur scène, comédien dans une séquence consacrée au savoir ou maquilleuse derrière les coulisses, chacun a contribué, à son niveau, à la réussite de cette cérémonie. Leurs trajectoires rappellent aussi que les grands rendez-vous internationaux sont des espaces d’expression pour les compétences locales. Et que derrière les images qui font le tour du monde, il y a des femmes et des hommes, des métiers, des années de travail et des rêves qui trouvent parfois, le temps d’une soirée, leur plus belle scène.
Arame NDIAYE


