Le Maroc accueille, du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, la 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations (Can). Cette dernière verra 24 équipes nationales de football africaines s’affronter sur neuf stades répartis dans six grandes villes du royaume chérifien.
Stades nouveaux ou rénovés, hôtels, lignes ferroviaires, etc., Rabat a investi plusieurs centaines de milliards de dollars pour construire des infrastructures ultramodernes, capables d’accueillir cet événement continental, mais aussi la Coupe du monde de football de 2030 que le pays va coorganiser avec l’Espagne et le Portugal.
En effet, l’organisation de cette Can par le Maroc et, dans quelques années, du Mondial 2030 dépasse largement le cadre sportif. C’est un projet géopolitique et économique structurant qui vise surtout à réaffirmer l’importance du soft power marocain.
Le sport, par sa portée universelle, s’est imposé comme un vecteur privilégié de soft power pour les États cherchant à projeter une image positive, affirmer leur stature internationale et consolider leur influence. Au-delà du spectacle, c’est une arène où se jouent des batailles essentielles pour l’image, l’influence et l’identité des Nations.
L’organisation des grands événements sportifs, loin d’être neutre, relève d’une stratégie politique et économique sophistiquée, où l’investissement financier est proportionnel aux retombées escomptées.
En Afrique, un autre pays, l’Afrique du Sud, a utilisé le sport comme instrument de soft power. Au lendemain de l’apartheid, ce pays le plus austral du continent a mobilisé le sport à la fois comme ciment national et comme outil de rédemption internationale.
Ainsi, il a organisé, en 1995, la Coupe du monde de rugby, remportée par les Springboks, afin de renforcer la réconciliation nationale et l’image d’une Nation Arc en ciel pacifique et capable de dépasser ses divisions. Il a également organisé la première Coupe du monde de football en Afrique, en 2010, pour stimuler la fierté nationale et africaine.
L’organisation de ces deux événements majeurs, pour lesquels des dizaines de milliards de dollars ont été dépensés, lui a permis de soigner ses fractures internes et d’opérer un rebranding international rapide après des décennies d’isolement.
Les États n’hésitent pas à engager des sommes astronomiques pour accueillir des compétitions mondiales. Le Qatar en est l’exemple le plus frappant avec l’organisation de la Coupe du monde de 2022. Doha a investi près de 220 milliards de dollars pour construire, en plus des stades, des infrastructures intégrées. Cet événement a constitué un pivot stratégique pour présenter le Qatar comme un hub moderne et ouvert.
La Chine, autre puissance asiatique, a utilisé les Jeux olympiques comme vitrine de sa puissance. Ceux d’été de Pékin, en 2008, ont coûté environ 40 milliards de dollars et ont servi à montrer au monde la renaissance et la modernité chinoises. En 2022, les Jeux olympiques d’hiver de Pékin, dont le coût est estimé à plus de 38,5 milliards de dollars, ont mis en avant l’avancée chinoise en matière d’infrastructures. Les premiers ont été surnommés les Jeux de la grandeur et les seconds les Jeux de la souveraineté technologique.
L’Arabie saoudite, dans le cadre de son plan « Vision 2030 » visant à diversifier son économie et son image, déploie une stratégie sportive offensive. Le royaume investit des milliards de dollars pour attirer des événements majeurs, dont la Coupe d’Asie 2027. Tout comme Doha, Djeddah mise également sur l’achat de clubs de football occidentaux.
Pour sa part, la Russie a organisé les Jeux olympiques d’hiver les plus chers de l’histoire, ceux de Sotchi en 2014. Moscou a dépensé plus de 51 milliards de dollars pour cette manifestation sportive, avec pour objectif de restaurer la fierté nationale et de montrer une Russie forte et attractive.
La France qui a organisé plusieurs événements sportifs internationaux disposait d’un budget d’environ neuf milliards d’euros pour les Jeux olympiques de 2024 avec pour ambition de renforcer, entre autres, l’attractivité du pays.
Le Sénégal s’apprête à organiser les Jeux olympiques de la jeunesse en 2026 et le Rwanda sponsorise des clubs de football en Occident, entre autres initiatives.
Pour reprendre le titre de l’ouvrage de Pape Diouf, c’est bien plus qu’un jeu.
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