Ce que viennent de faire les Américains dépasse l’entendement. Aller prendre un chef d’État dans sa propre résidence ne peut être que le fait d’une puissance qui se comprend comme telle. Il y a eu les précédents Kadhafi, Saddam Hussein et, récemment, Bachar-El-Assad. La nouveauté est dans l’avertissement. Les États-Unis ne font jamais rien comme les autres. Ils savent être perspicaces quand il le faut et, en même temps, ils savent rappeler au monde qui sont-ils.
Quand ils ont envoyé leur porte-avions, l’Uss Gérald Ford, mouiller en mer des Caraïbes, le président Maduro devait déjà se dire que ses jours étaient comptés. Le président Trump avait décidé de faire passer un message. En tout cas, il a été bien compris. Aussi, deux puissances s’affrontent sur la scène internationale, les États-Unis et la Chine. Qu’avons-nous constaté récemment ? Il y a eu un arrêt aux velléités génocidaires dans la bande de Gaza (en tordant le bras à Netanyahou), des frappes ont eu lieu en Iran pour mettre un terme à leur supposé programme nucléaire. Et malgré tout ce que Trump a pu leur dire, un fait reste constant : l’Amérique bande ses muscles et elle en a… Seulement, cette nouvelle donne géopolitique nous parle.
L’acte posé par les États-Unis, s’il peut paraître insolite ou brutal à certains, nous rappelle une vérité que l’Afrique connaît douloureusement depuis les années 1960 : la souveraineté est un concept constamment mis à l’épreuve par les anciennes puissances coloniales et les nouvelles hégémonies. La remise en cause du droit international, qui se décline sous nos yeux, est manifeste. Au cours des années 80 et 90, de fermes résolutions des Nations unies engageaient, au préalable, toute intervention militaire. Aujourd’hui, plus personne n’invoque le palais de verre de Manhattan. On peut bien percevoir les conséquences de cet affaissement avec le relèvement du risque sécuritaire au Sahel. Le message que les Américains envoient n’est pas anodin. Ils disent, en substance, que personne n’est à l’abri. L’avertissement de Washington est moins une innovation qu’une réaffirmation d’un droit de regard et d’intervention que les puissances s’octroient sur nos espaces politiques. Le message subliminal reste : il existe un ordre acceptable et tout écart sera sanctionné, par la force si nécessaire.
Cela renforce le débat sur nos institutions sous-régionales et panafricaines. C’est un débat qui engage une réalité africaine contemporaine en mutation. Nous ne sommes plus à l’époque de la Françafrique et le Sénégal le dit depuis 2024. Aujourd’hui, une partie de la jeunesse et des élites africaines rejette cette fatalité. Les nouveaux discours politiques en cours, comme, au Sénégal, la tentation de traduire de nouveaux paradigmes, créent un nouvel environnement. Deux enjeux se font jour. D’un côté, il y a une « pax americana » qui se fait selon sa volonté, celle qui voudrait que ce soit la loi du plus fort, de la suprématie sur les airs et en mer, et de l’autre, une réelle volonté s’exprimant un peu partout à travers le monde et disant que les gens ont les moyens d’être souverains. Entre les deux, il y a un fort sentiment d’impuissance. Toutefois, le geste fort du président Donald Trump –aller chercher un chef d’État pour lui faire rendre gorge— rappelle une vérité, celle voulant que les forts mènent le monde. La véritable interrogation que le kidnapping de Maduro adresse à l’Afrique est fondamentale : comment bâtir une souveraineté effective, partagée et non négociable sans avoir des forces militaires à même de réaliser cette volonté ?
Comment convertir nos ressources minières, agricoles et énergétiques en puissance politique, nos marchés en expansion en instruments d’influence stratégique, notre histoire et notre diversité culturelle en atouts diplomatiques ? Il est clair que le débat est posé au sein de nos instances. Observée depuis le continent, la situation vénézuélienne agit comme un révélateur : combien de Maduro sous nos tropiques ? Cette séquence rappelle aussi une exigence majeure : l’Afrique doit s’exprimer d’une voix ferme et cohérente sur la scène internationale pour défendre le principe cardinal de l’inviolabilité des souverainetés nationales et du refus de l’ingérence et se donner les moyens de le faire…
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