L’impitoyable écrémage du football a fait son effet. Après trois semaines de compétition, la Can 2025 a formé son carré d’as. Et l’on pouvait difficilement rêver mieux : que des cadors ! Le Maroc, meilleure équipe africaine au classement Fifa et demi-finaliste de la dernière Coupe du monde ; le Sénégal, deuxième de ce même classement et présent dans trois demi-finales lors des quatre dernières éditions de la Can ; l’Égypte, l’équipe la plus titrée du continent ; et le Nigeria, la sélection la plus régulière à ce stade de la compétition et peut-être la plus impressionnante jusqu’ici.
C’est une évidence, le prochain vainqueur sera un très beau champion, car il remportera ce qui sera peut-être le tournoi le plus relevé de l’histoire de la Can. Mais ce qui est certain, c’est qu’une fois encore, le tenant du titre ne doublera pas la mise. Depuis l’Égypte, il y a seize ans, aucun champion sortant n’est parvenu à conserver son trophée. Les belles affiches qui nous attendent à partir de ce mercredi se sont dessinées dès les quarts de finale, où les huit équipes qui étaient en lice figurent toutes dans le top 10 du classement Fifa, zone Afrique. Autrement dit, pour cette édition, la glorieuse incertitude du football n’a pas opéré. Toutes les têtes d’affiche ont répondu présent, offrant des matches de très haute facture. Comment expliquer ce respect de la hiérarchie alors que la Can est peut-être la compétition la plus imprévisible au monde, où un petit poucet peut pousser un ogre dans ses derniers retranchements ? La qualité des pelouses marocaines n’y est pas étrangère.
Elles ont permis une meilleure expression collective des équipes les mieux dotées en joueurs techniques. Une bonne pelouse est, en effet, un facteur de performance et profite d’abord aux équipes joueuses. À ce titre, il convient de rendre hommage au Maroc et à ses autorités pour les investissements consentis dans les infrastructures sportives et pour la bonne organisation, jusqu’ici, de la compétition. Au point que les Américains, futurs co-organisateurs de la Coupe du monde, ont dépêché au Royaume chérifien des agents du Fbi afin d’observer la gestion sécuritaire marocaine. Mais pour bien jouer, une équipe a aussi besoin d’un bon entraîneur. Cette édition a démontré qu’il n’était plus nécessaire pour les sélections africaines de s’attacher les services d’un « sorcier blanc ». En effet, pendant des décennies, les équipes nationales africaines ont confié leur destinée à des entraîneurs européens, perçus comme détenteurs d’un savoir tactique supérieur. Aujourd’hui, cette perception a volé en éclats. Toutes les sélections qualifiées pour les demi-finales ont sur leur banc des techniciens africains – une première dans l’histoire de la compétition.
Les entraîneurs « expatriés » n’étaient que deux sur huit au stade des quarts de finale. Sur les vingt-quatre équipes engagées, quinze étaient dirigées par des entraîneurs africains. Parmi elles, onze ont franchi la phase de groupes, et ces équipes ont remporté 75 % des matchs disputés jusqu’à présent, selon les statistiques de la Caf. Le futur vainqueur de la compétition sera donc forcément dirigé par un entraîneur local. Comme ce fut le cas en 2023 avec Emerse Faé à la tête de la Côte d’Ivoire, en 2021 avec Aliou Cissé au Sénégal ou en 2019 avec Djamel Belmadi et l’Algérie. Tous ont en commun d’avoir été des joueurs de haut niveau et incarnent cette nouvelle génération de techniciens africains capables d’allier rigueur tactique, leadership et connaissance intime de leur environnement. Ces modèles devraient désormais inspirer les sélections qui continuent de s’en remettre aux « sorciers blancs ». À l’image du Mali qui, ironie de l’histoire, a remercié Éric Chelle, lequel vient de qualifier le Nigeria pour les demi-finales. Le football africain n’a plus besoin d’importer de l’expertise footballistique pour briller. L’écrémage n’est pas que chez les équipes, il s’est appliqué aussi aux entraîneurs.
El Hadj Ibrahima Thiam

