Le président américain Donald Trump, qui a été élu sur un programme « America First », semble avoir renoué avec la doctrine interventionniste de ses prédécesseurs en Amérique latine. L’enlèvement et la déportation du président vénézuélien Nicolas Maduro aux États-Unis à la suite d’une opération aéroportée dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026 viennent attester un peu plus le retour d’un pouvoir hégémonique en Amérique latine.
Cette opération spectaculaire marque une rupture avec la rhétorique isolationniste de campagne et consacre le retour d’une diplomatie de la canonnière actualisée aux réalités du XXIe siècle. L’administration américaine qui a publié sa nouvelle « Stratégie de Sécurité Nationale » des États-Unis le vendredi 5 décembre dernier, indique que tous les pays de l’hémisphère ouest ont l’obligation d’aligner leur politique économique et étrangère sur les intérêts américains.
Dans cette optique, cette opération au Venezuela marque une reprise en main géopolitique de l’Amérique du Sud avec des opérations militaires qui risquent de s’étendre vers d’autres pays « hostiles » comme Cuba, la Colombie et le Nicaragua. Le but de l’administration Trump à travers ce document de sécurité consacre le retour de la doctrine « Monroe » avec comme objectif d’assurer un meilleur contrôle sur toutes les chaînes de valeur concernant les minéraux critiques, les terres rares et le pétrole.
La reconstitution du pré-carré américain a poussé Washington à reprendre en main le canal de Panama en avril 2025 dernier, avec le droit d’y déployer des militaires américains. Sans oublier ses velléités répétées de contrôler le Groenland (territoire sous administration danoise) considéré comme un enjeu de sécurité nationale. Ce retour de l’empire, selon les experts, vise surtout à rebâtir une sorte de forteresse américaine indépendante de toutes influences russes ou chinoises tout en garantissant l’autonomie énergétique et minérale des États-Unis.
Dans le cas du Venezuela, il s’agit d’une opération de prédation visant à mettre la main sur les immenses ressources énergétiques du pays, évaluées à 303 milliards de barils de pétrole. Toutefois, ce retour de l’empire américain risque de se heurter à l’hostilité des peuples latino-américains.
Dans un communiqué conjoint, des pays latino-américains comme le Brésil, l’Uruguay, le Chili et la Colombie ont dénoncé cet impérialisme et la volonté américaine de mettre la main sur les ressources vénézuéliennes. Par ailleurs, cette volonté interventionniste risque de se heurter à la réalité économique qui place la Chine comme premier partenaire économique et financier de l’Amérique latine. Les États-Unis, autocentrés sur l’Amérique du Nord, n’ont pas pu développer une aire de coprospérité dans tout le continent, ouvrant ainsi la voie à la Chine dont les échanges commerciaux avec le sous-continent ont atteint 500 milliards de dollars en 2022.
Cette asymétrie économique limite considérablement la capacité de Washington à imposer sa volonté par la seule force militaire. Cela révèle le décalage entre ambitions hégémoniques et moyens d’influences réelles. Ainsi, la mission des administrations américaines est de rebâtir une nouvelle architecture diplomatique autour de pays alliés comme le Salvador, l’Argentine et le Chili, permettant à Washington de préserver une certaine primauté dans les affaires américaines comme à la fin du XIXe siècle, avec la conquête de Cuba et de Porto Rico.
Ce retour de l’empire américain risque d’ouvrir la voie à une reconfiguration géopolitique du monde et l’émergence des sphères d’influences : l’Amérique pour les États-Unis, l’Asie pour la Chine et l’Europe de l’Est et le Caucase sous influence russe.
Ce mouvement de « refragmentation » du système international selon des logiques territoriales néo-impériales marque l’échec du projet globaliste et le retour d’une géopolitique classique des grandes puissances.
La course aux matières premières comme les terres rares et les minerais stratégiques relance une confrontation géopolitique entre les principales puissances (États-Unis, Chine, Russie…), marquant ainsi la fin de l’ordre international basé sur le respect des principes de non-ingérence et d’intégrité territoriale.

