Le Sénégal avance dans son mix énergétique. 29,1 % de la production nationale est « propre », selon Le Soleil, rapportant les conclusions de l’atelier de validation de l’Enquête nationale sur les énergies renouvelables en octobre 2025. Des bonus sont capitalisés dans le secteur avec, de plus en plus, un ajustement aux contraintes. Produire de l’énergie solaire ou éolienne est une chose, c’en est une autre que de pouvoir la garder pour l’utiliser au moment opportun.
Le 2 avril 2026, Axian Energy a posé une pierre dont la véritable portée dépasse largement les frontières du pays. Le groupe a, en effet, annoncé la finalisation financière de sa centrale Nea Kolda : 60 MW photovoltaïques, certes, mais surtout 72 MWh de batteries de stockage. Une première en Afrique de l’Ouest par l’ampleur du dispositif couplé au solaire. L’enjeu, dans la transition énergétique, n’est plus seulement de produire vert — c’est de le faire quand le soleil ne brille pas. Le stockage devient l’os du débat. Et c’est précisément là que Nea Kolda change la donne.
Implantée dans le Fouladou, avec une mise en service prévue en novembre 2026, la centrale doit délivrer 91 GWh par an, l’équivalent de la consommation de plus de 235 000 foyers. L’électricité sera injectée dans le réseau national via un contrat d’achat de 25 ans avec la Senelec. Son avantage, comme dit plus haut, c’est qu’elle ne se contente pas de produire, mais elle « a sous les panneaux », si l’on ose dire. Sans les batteries, cette énergie resterait tributaire des caprices du ciel.
En effet, l’équation qui demeure avec l’énergie renouvelable est qu’il faut soit l’injecter directement dans le réseau, soit la conserver. Cela nous ramène à l’enjeu du stockage, entièrement lié aux batteries, elles-mêmes reposant sur l’extraction de métaux aux propriétés physiques et chimiques uniques, majoritairement qualifiés de « métaux critiques » : lithium, cobalt, nickel, manganèse, graphite, cuivre, principalement.
On sait que la République démocratique du Congo fournit 70 % de la production mondiale de cobalt, et que l’Australie et le Chili dominent l’extraction du lithium. Il y a surtout que la Chine contrôle environ 60 à 70 % du raffinage du lithium et du cobalt. On comprend mieux alors l’assertion selon laquelle l’Empire du Milieu a une longueur d’avance dans « l’après-pétrole ».
Tôt ou tard (si ce n’est déjà le cas), les pays africains feront face au problème du stockage de l’énergie, et donc, à l’accès à de nouvelles ressources stratégiques. On pourrait bien quitter une dépendance pour tomber sur une autre, bien plus perfide…
Pour en revenir à la centrale Nea Kolda, son coût total est de 59 milliards de FCfa (90 millions d’euros), dont 47,23 milliards de FCfa (72 millions bouclés) grâce à un montage financier mené par le Emerging Africa and Asia Infrastructure Fund, aux côtés de FMO et de DEG (filiale à 100 % de la KfW). Une syndication qui en dit long sur l’appétit des bailleurs internationaux : loin de se détourner de l’Afrique, ils y voient au contraire un laboratoire pour les mix électriques de demain, où le solaire couplé au stockage devient la norme bancable.
Mais au-delà des mégawatts et des mégawattheures, le projet affiche des retombées concrètes. Pour ce qui est de l’empreinte carbone, près de 59 000 tonnes de CO₂ seront évitées à l’horizon 2030. Environ 400 emplois mobilisés localement. Et un volet social de 2 milliards de FCfa orientés vers la santé, l’éducation, le développement économique et la résilience climatique, selon les responsables de la nouvelle centrale.
Pour le Sénégal, qui vise 40 % d’énergies renouvelables dans son mix en 2030, Nea Kolda n’est pas une simple centrale de plus. C’est une brique critique, comme l’écrit Financial Afrik, celle qui permet de stabiliser un réseau encore fragile face aux intermittences (comme en hivernage). Sans stockage, la transition énergétique resterait limitée et fragile.
Preuve que le stockage d’électricité par batteries joue un rôle central dans l’évolution des systèmes énergétiques mondiaux ? Selon le rapport « Global Energy Review 2026 » publié le 20 avril par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), 108 GW de capacités ont été installés en 2025, soit une hausse de 40 % sur un an. La capacité mondiale est désormais onze fois plus élevée qu’en 2021.
samboudian.kamara@lesoleil.sn

