Mercredi 7 janvier 2026, à hauteur de Farafenni, un grave accident de la circulation s’est produit. Un bus. Un minicar. Une collision violente. Des vies perdues. Des familles brisées. Un choc de plus sur des routes déjà meurtries. Mais, à peine l’accident survenu, un autre drame s’est enclenché. Silencieux, invisible, mais tout aussi destructeur : celui de la désinformation. Sur les réseaux sociaux, un chiffre apparaît presque immédiatement : 18 morts.
Le nombre est repris, partagé, commenté. Il circule sans source précise, sans heure, sans mention officielle. Il devient viral. Pire encore, il devient une vérité provisoire, adoptée par certains médias dans la précipitation de l’instant et la course à l’alerte. Dans ce flot d’informations, peu s’arrêtent pour poser la question pourtant essentielle : qui a confirmé ce bilan ?
Le lendemain, la clarification arrive. Dans un communiqué officiel, le ministère des Infrastructures, des Transports terrestres et aériens établit le bilan réel de l’accident : 7 décès. La différence est lourde. Onze morts qui n’ont jamais existé. Onze victimes ajoutées par la rumeur. Mais, les chiffres, lorsqu’ils sont faux, ne sont jamais neutres. Ils produisent des effets bien réels.
Ce bilan exagéré a nourri une vague d’émotions, de comparaisons et de jugements hâtifs. Sur les réseaux, certains ont opposé ce drame à l’engouement populaire autour de l’équipe nationale de football : « Les Sénégalais ne se mobilisent pas pour 18 morts, mais pour 11 joueurs ». Une indignation bâtie sur une information erronée. Une colère orientée par un chiffre inventé. Une fracture alimentée par une fausse réalité. Dans ce type de situation, la désinformation ne fait pas qu’induire en erreur.
Elle manipule les émotions collectives, alimente la défiance envers les institutions et détourne l’attention des véritables enjeux : la sécurité routière, la responsabilité, la prévention, la prise en charge des victimes. Il est important de le rappeler avec force : en situation de crise, seul le bilan officiel fait foi. Les premiers chiffres qui circulent après un accident sont souvent provisoires, partiels ou inexacts. Les autorités ont besoin de temps pour vérifier, recouper, identifier.
Aller plus vite que cette réalité, c’est prendre le risque de désinformer, même involontairement. Partager un chiffre non confirmé, ce n’est pas seulement relayer une erreur. C’est parfois infliger une seconde violence aux familles. C’est aussi créer une indignation artificielle. Et souvent, c’est contribuer à un climat de méfiance généralisée. À l’ère des réseaux sociaux, chacun est devenu un relais potentiel d’information. Cela implique également une responsabilité.
L’émotion est humaine, surtout face à la mort. Mais, en matière d’information, l’émotion ne doit jamais remplacer la vérification. En effet, un drame humain n’a pas besoin d’être exagéré pour être pris au sérieux. Et la vérité, même lorsqu’elle est moins spectaculaire, reste toujours plus nécessaire que le sensationnel.
diery.diagne@lesoleil.sn


